Moyen-Orient. Washington durcit ses menaces, la guerre gagne la mer Rouge
Les hostilités entre Téhéran et Washington, reprises le 7 juillet, ont franchi un nouveau seuil. « À partir de maintenant, chaque fois que la République islamique d'Iran tirera sur un navire dans le détroit d'Ormuz (...), les États-Unis bombarderont et détruiront UN PONT OU UNE CENTRALE ÉLECTRIQUE, y compris ceux situés près de, ou dans, la capitale Téhéran », a averti Donald Trump mercredi sur sa plateforme Truth Social. Le président américain avait assuré la veille n'en avoir « pas fini du tout » avec l'ennemi iranien.
Sur le terrain, les frappes se succèdent. Un missile américain a touché mercredi l'île de Larak, dans le détroit d'Ormuz, où de fortes explosions ont été entendues, selon l'agence iranienne Tasnim, qui indique que les autorités tentaient d'évaluer « l'étendue des dégâts potentiels ». Dans la nuit, la grande ville de Tabriz, au nord-ouest, et la province du Khouzestan avaient déjà été ciblées. « Nous avons encore du mal à subvenir à nos besoins les plus élémentaires et maintenant nous devons en plus faire face aux ravages de la guerre », se désespère Aïda, brodeuse de 34 ans d'Iranshahr, jointe par l'AFP, déplorant l'inflation, la pauvreté et « les missiles sur nos villes chaque nuit ».
Au cœur du différend figure le contrôle de Téhéran sur Ormuz. La République islamique n'y autorise qu'un seul itinéraire, le long de ses côtes, menace tout navire contrevenant et veut instaurer des frais de service. « Nous restons ouverts à la diplomatie », a souligné le secrétaire d'État Marco Rubio en marge d'une réunion à Manille, « mais pour l'heure, les Iraniens ne semblent pas prendre cela au sérieux ». Il s'était plus tôt inquiété d'un « très dangereux précédent » si l'Iran conservait ce contrôle, rappelant que la Chine, important partenaire de Téhéran, était « opposée à toute forme de péage ou de restriction ».
Des frappes américaines, le 17 juillet 2026, ont endommagé des ponts dans la province du Hormozgan, près de Bandar Abbas en Iran. Photo Sipa/Morteza Akhoondi
Le pétrole s'envole, les Houthis menacent Ryad
Les marchés ont réagi vivement. Le baril de Brent a clôturé mercredi en hausse de 3,36 % à 94,07 dollars, après être repassé en séance au-dessus des 95 dollars pour la première fois depuis près de six semaines. Son équivalent américain, le West Texas Intermediate, a gagné 2,95 % à 86,83 dollars. « Les opérations militaires ont repris avec une intensité sans précédent, et le ton des déclarations est particulièrement virulent », commente John Kilduff, analyste d'Again Capital.
La menace ne vient plus seulement d'Ormuz. Les Houthis pro-iraniens ont annoncé un blocus des ports d'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, et adressé des avertissements radio aux navires. Selon des données analysées par l'AFP, au moins neuf bateaux ont fait demi-tour en mer Rouge ou aux abords de Bab el-Mandeb, goulet d'étranglement reliant l'Asie à l'Europe via le canal de Suez. « Cela pourrait entraver l'exportation de millions de barils de pétrole, ce qui, conjugué au blocus actuel du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, pourrait entraîner de graves pénuries d'approvisionnement », avertit David Morrison, du courtier Trade Nation. Le Pakistan, médiateur entre Téhéran et Washington, s'est dit « profondément inquiet des tentatives visant à entraîner le Royaume d'Arabie saoudite dans le conflit ».
Aux États-Unis, la réserve stratégique a encore fondu de 5 millions de barils la semaine passée. Plus de 100 millions y ont été puisés depuis le début de la guerre, sur les 172 millions que Washington s'est engagé à libérer. « Nous avons désormais utilisé la majeure partie de ce matelas de sécurité », relève John Kilduff. Le conflit, déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines, a déjà coûté 37,5 milliards de dollars aux États-Unis, selon le ministre de la Défense Pete Hegseth. Avant de recevoir les dépouilles de trois soldats morts ces derniers jours, Donald Trump a rejeté les sondages montrant l'impopularité de la guerre auprès des électeurs américains, alors que la hausse des prix pèse sur le coût de la vie.
L'Iran riposte chaque jour contre les alliés de Washington. En Jordanie, l'armée a intercepté missiles et drones iraniens, les Gardiens de la Révolution affirmant y avoir visé des bases américaines. Des sirènes d'alerte ont également retenti à Bahreïn. L'Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne a déconseillé aux compagnies de survoler la Jordanie, évoquant « un risque accru ».
Le nucléaire revient au centre du jeu
Donald Trump a par ailleurs menacé de frapper le mont Kolang, dans le centre de l'Iran. « Nous allons frapper cette zone probablement très bientôt. Et ils ne peuvent rien y faire », a-t-il déclaré mardi, quelques jours après avoir évoqué une « cible possible pour un bon gros tir, droit dans la porte d'entrée ». Cette montagne, dont le nom signifie « pioche » en persan, est soupçonnée d'abriter un complexe nucléaire profondément enfoui, en construction depuis 2020 à proximité du site d'enrichissement de Natanz.
Téhéran dément. « L'obsession de Washington pour Kolang Kouh, où aucune activité nucléaire n'a lieu, n'est rien d'autre qu'un prétexte fabriqué de toutes pièces pour justifier l'agression, la destruction et le sabotage », a réagi le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, assurant que les activités du pays sont « intégralement déclarées » auprès de l'AIEA.
Épargné jusqu'ici par les frappes, y compris pendant la guerre des douze jours de juin 2025, le site poserait un sérieux défi militaire. Selon l'Institut pour la science et la sécurité internationale, l'installation, encore inachevée, se trouverait « au moins 100 mètres » sous la montagne, bien au-delà de la capacité de pénétration supposée des bombes antibunker GBU-57. D'éventuels bombardements pourraient toutefois faire s'effondrer les tunnels d'accès, estime James Acton, de la Fondation Carnegie. Selon le Wall Street Journal, les renseignements israéliens ont assuré à Washington que des milliers de centrifugeuses y avaient été transférées à l'automne. « Le moment choisi pour ces fuites ne doit rien au hasard », juge Ali Vaez, de l'International Crisis Group : elles « semblent conçues pour pousser à une nouvelle escalade, afin de fermer la porte à toute voie diplomatique ».
Sur un autre terrain, Washington prévoyait d'annoncer mercredi un accord doterait l'Arabie saoudite d'un programme nucléaire civil. Valable trente ans, il prévoirait selon le Wall Street Journal la construction par des entreprises américaines d'un complexe d'enrichissement d'uranium, si une étude conjointe en établit la justification.
Enfin, au Liban, le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé mercredi depuis Zawtar al-Gharbiya, localité du sud où l'armée s'est déployée la veille, que son pays œuvrait à un « retrait israélien global ». Une déclaration au lendemain de la rencontre entre le président Joseph Aoun et Donald Trump à la Maison Blanche, où le chef de l'État libanais avait insisté sur la nécessité d'un « retrait total » pour faire avancer l'accord-cadre conclu le mois dernier sous l'égide des États-Unis.