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    Jul 25, 2026

    Moulins de légende. Sur les pas des meuniers à l’origine de la ville de Mulhouse

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    • Sur les pas des meuniers à l’origine de la ville de Mulhouse

    La roue à aubes rouge sur fond blanc, symbole de création de la ville de Mulhouse, continue symboliquement de tourner. Mais nulle trace visible de ces moulins à eau qui ont occupé des générations de meuniers. Où dénicher des indices de cette histoire longue de mille ans ?

    Karine Dautel -

    Aujourd’hui à 07:00

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    Le tableau « La Légende de Mulhouse » de Peter Becker-Harvey (1897), ou le mariage d’un soldat blessé avec la fille du meunier qui l’avait recueilli.  Photo fournie par le Musée historique de Mulhouse
    Le tableau « La Légende de Mulhouse » de Peter Becker-Harvey (1897), ou le mariage d’un soldat blessé avec la fille du meunier qui l’avait recueilli.  Photo fournie par le Musée historique de Mulhouse

    Le village d’origine, Milhusen, Mulihusen, Mulinhusin, Mulihuson, Mülenhusen, Mullenhusen, Mülhusen, Mülhausen, est la maison du moulin. La ville de Mulhouse, enserrée dans deux bras de l’Ill, s’est bâtie sur une histoire d’eau. Devant ses remparts et à proximité de ses tours, tournaient ses moulins. Dans leur Nouvelle histoire de Mulhouse , Odile Kammerer, Bernard Jacqué et Marie-Claire Vitoux , expliquent pourquoi une agglomération s’est fixée ici : « Il est plus que vraisemblable qu’il y ait eu un moulin au bord de l’Ill. »

    Éliane Michelon, directrice des Archives municipales de Mulhouse, a rassemblé des documents qui citent la présence des premiers moulins, entre légende et carte du XVIIIe siècle que l’on déplie sur cinq mètres.   Photo Karine Dautel

    Éliane Michelon, directrice des Archives municipales de Mulhouse, a rassemblé des documents qui citent la présence des premiers moulins, entre légende et carte du XVIIIe siècle que l’on déplie sur cinq mètres.   Photo Karine Dautel

    Il y avait des grains à moudre

    Les Carolingiens du IXe siècle avaient perfectionné leurs équipements techniques, dont le moulin hydraulique. Sur place il y avait des grains à moudre, des paysans dont on sait toujours peu de choses , et des abbayes pour mettre en valeur les ressources du terroir.

    Place de la Concorde ou Porte de Bâle ?

    La place de la Concorde est « désignée comme le lieu mythique de fondation de la ville, l’endroit où aurait été bâti le premier moulin qui a donné son nom à Mulhouse », lit-on dans l’ouvrage Les Rues de Mulhouse, histoire et patrimoine, du Conseil consultatif du patrimoine mulhousien. « Un cours primitif de l’Ill, le Stadbächlein, passe dessous », on peut l’imaginer en longeant la place du côté de ses façades paires.

    Double symbole sur la place de la Concorde, qui affiche la roue de Mulhouse là où le premier moulin a peut-être vu le jour.   Photo archives Jean-François Frey

    Double symbole sur la place de la Concorde, qui affiche la roue de Mulhouse là où le premier moulin a peut-être vu le jour.   Photo archives Jean-François Frey

    Selon d’autres sources, le premier moulin connu aurait été installé à la Porte du Bâle, mais attention, celle d’origine située dans la rue du Sauvage actuelle, entre la rue des Cordiers et le passage de la Demi-Lune. Jules Lutz, en 1900 dans Le Bulletin du Musée historique de Mulhouse , le situait sur le Traenkbach, un bras de l’Ill entre la Porte de Bâle (Gebhardsthor) et la tour du Bollkwerk.

    Alfred Fleck, en 1954-1955, a fait des « Essais de reconstitution du Vieux-Mulhouse vers 1600 ». On comprend mieux la situation des moulins, par rapport aux portes et au mur d’enceinte. Document fourni par la Bibliothèque municipale de Mulhouse

    Alfred Fleck, en 1954-1955, a fait des « Essais de reconstitution du Vieux-Mulhouse vers 1600 ». On comprend mieux la situation des moulins, par rapport aux portes et au mur d’enceinte. Document fourni par la Bibliothèque municipale de Mulhouse

    Une guerre pour six deniers

    Le moulin de la Porte de Bâle est cité la première fois en 1236, lorsque la ville en cède gratuitement la moitié aux chevaliers teutoniques. L’un des tenanciers, Hermann Klee d’Esslingen, est à l’origine de la guerre des Six Deniers , suite à un arriéré de salaire par la ville. Le conflit armé gagne la Haute-Alsace, il sera remporté par la République de Mulhouse et ses alliés suisses. À partir du XVIe siècle, le moulin prend le nom de Baselmühle. La maison du meunier déménage au 16 rue de la Justice, c’était pratique, l’arrière de la maison était face au moulin.

    Mulhouse croquée en 1625 avec son système défensif et l’un de ses moulins.   Photo fournie par la Bibliothèque municipale de Mulhouse

    Mulhouse croquée en 1625 avec son système défensif et l’un de ses moulins.   Photo fournie par la Bibliothèque municipale de Mulhouse

    Porte de Bâle : « Le plus ancien et le dernier de Mulhouse »

    Les noms des meuniers sont restés. Au hasard des siècles : Jean Ber (1462), Grégoire Andrès (1566), Abraham Hirn (1647), Anna Erhart sa veuve (1667), Jean Stefann (1785-1789)… Le 5 mars 1798, le Baselmühle, a été vendu comme bien communal (comme tous les autres) à Pierre Boehringer, qui l’avait déjà tenu de 1767 à 1776. Il a été agrandi après la démolition de la Porte de Bâle en 1810. Les héritiers l’ont exploité jusqu’en 1830, avant qu’il ne disparaisse au profit d’une imprimerie. Selon Jean Lutz, il était « le plus ancien et le dernier moulin de Mulhouse ».

    Un incendie Porte du Miroir

    Le Spiegelmühl, quant à lui, était situé rue des Trois-Rois, sur le Traenkbach, s’appuyant sur les remparts. Le 4 juin 1423, l’ordre des Chevaliers teutoniques le céda « au meunier Jean Techan pour un canon de 48 quartauts de blé par an », lit-on dans Les Moulins du Sundgau. En 1741, les cloisons de bois qui protégeaient la roue ont été remplacées par un encadrement de pierre de taille. Lors de la réunion de Mulhouse à la France, en 1798, le moulin est vendu au boulanger Jean Georges Benner. Une partie est démolie en 1826, une autre incendiée en 1864.

    Le plan Zetter de 1710 qui révèle l’existence de quelques moulins à Mulhouse et ses environs.   Document fourni par les Archives municipales de Mulhouse

    Le plan Zetter de 1710 qui révèle l’existence de quelques moulins à Mulhouse et ses environs.   Document fourni par les Archives municipales de Mulhouse

    Des meuniers pas accommodants ?

    Les meuniers devaient prêter serment et jurer de respecter les devoirs de leur profession. De nombreuses obligations leur étaient imposées, comme ne pas laisser aller les oies et les canards sur la rivière (1740), ou ne pas quitter leur moulin la nuit (1741). « Mais dès le XVe siècle, on constate grâce aux archives, qu’ils n’étaient pas toujours des gens accommodants, ni recommandables », observent Marc Gloetz et Guy Meyer dans l’un des tomes de Moulins du Sundgau. « Entre eux et la ville, il y eut de fréquentes discussions et contestations pour inobservation des règlements, mauvaise qualité de la farine ou non respect des mesures de poids. Les fraudes étaient fréquentes et les plaintes répétées. »

    Quatre à Mulhouse, un à Modenheim

    Au début du XVe siècle, Mulhouse compte quatre moulins (Baselmühle, Spiegelmühle, Walkenmühle et Bleulatmülhle), implantés sur le Traenkbach, aux pieds des fortifications . « En 1417, la ville de Mulhouse obtient le droit de dévier les eaux de l’Ill. De la fin du Moyen Âge au XIXe siècle, elle est entourée de sept fossés remplis d’eau : au sud, le Traenkbach, le Mittelbach, le Karpfenbach, le Sinnenbach ; et au nord, le Traenkbach II, le Walkenbach, et le Dollergraben. »

    Une gravure après 1623 où les plans se découpent les uns des autres. Deux des moulins sont bien visibles. Document fourni par la Bibliothèque municipale de Mulhouse

    Une gravure après 1623 où les plans se découpent les uns des autres. Deux des moulins sont bien visibles. Document fourni par la Bibliothèque municipale de Mulhouse

    À Modenheim, pillé et saccagé

    Il y a en plus le moulin que Mulhouse possède à Modenheim, acheté en 1437 aux comtes de Wurtemberg en même temps qu’Illzach. Loin de la ville et de sa protection, il a été souvent pillé et saccagé, comme en 1468, et pendant la Guerre de trente ans. En 1798, il avait cinq tournants à farine, un à huile et un à chanvre. Il comprenait en plus du moulin à blé, un moulin à tan et un marteau à cuir. Il a été détruit totalement en 1936.

    Le moulin de Dornach, qui ne faisait pas encore partie de Mulhouse, identifié en 1731 par Caspar Weiss. Document remis par les Archives de Mulhouse

    Le moulin de Dornach, qui ne faisait pas encore partie de Mulhouse, identifié en 1731 par Caspar Weiss. Document remis par les Archives de Mulhouse

    Une scierie et un foulon

    La rue du Moulin (Mehlàgass), au centre-ville, est mentionnée dès 1530. Plusieurs moulins fonctionnaient à deux pas, en bordure du Traenkbach. Devant la tour dite Bleulat, tournait en 1451 le Richartsmühle, du meunier Ulric Richart. Le plan de Matthaüs Merian de 1642 indique son emplacement sur le fossé près de la Porte Jeune (Jungenthor). Devenu le Bleulatmühle, il a été acheté par la ville en 1773. Il a été le seul moulin de Mulhouse à adopter le beffroi avec plusieurs paires de meules.

    Le plan Mérian (1642) montre Mulhouse derrière ses remparts. Les quatre moulins sont proches des portes, en haut à gauche et droite, Baselmühle et Spiegelmühle. En bas à gauche, Bleulatmühle et, au centre, Walkenmühle. Document fourni par les Archives municipales de Mulhouse

    Le plan Mérian (1642) montre Mulhouse derrière ses remparts. Les quatre moulins sont proches des portes, en haut à gauche et droite, Baselmühle et Spiegelmühle. En bas à gauche, Bleulatmühle et, au centre, Walkenmühle. Document fourni par les Archives municipales de Mulhouse

    Des malandrins sur les routes

    Le meunier Abraham Kohler était prospère et livrait sa farine jusqu’en Forêt-Noire. Il a noté dans son journal combien les routes étaient peu sûres, avec des attaques de malandrins. Devenu une scierie en 1850, le moulin a fabriqué des lambourdes (de longues pièces de bois) pour mettre les planchers de l’époque à l’horizontale. Les bâtiments ont complètement disparu en 1910.

    Les tournants du Walkenmühle en 1786, moulin situé près de la rue des Franciscains. Photo Karine Dautel

    Les tournants du Walkenmühle en 1786, moulin situé près de la rue des Franciscains. Photo Karine Dautel

    Sur le fossé Walkenbach, existait aussi un foulon utilisé par les drapiers et les mégissiers (qui travaillent et préparent les peaux des petits animaux). Longtemps propriété de la famille de Rodophe Kist (à partir de 1715), il a été acheté par la ville et a cessé toute activité après 1840 et sa démolition. Sur son emplacement a été construite une partie de l’école Cour-de-Lorraine. Du côté de la Porte Haute (Oberthor), on trouvait aussi un moulin à aiguiser et un moulin à tan (écorces de chêne des tanneurs).

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