Mort de Philippe Bouvard : casinos, Rolls Royce, virées nocturnes, soutien à David Lisnard… les secrets de ses années à Cannes, « sa ville de cœur »

À Cannes, Philippe Bouvard était un joueur incurable aux Casinos et un amateur gourmand de bons restos. Un penseur jouisseur, qui préférait admirer la baie de Cannes depuis sa terrasse panoramique, ou jadis au volant d’une belle décapotable, plutôt que d’arpenter la Croisette à pied. D’autant plus que cet amoureux inconditionnel de la cité des festivals préférait néanmoins garder ses distances avec l’eau salée, car « je ne sais toujours pas nager, et avec la mer, nous nous regardons de loin. », nous avait confié ce journaliste qui surfait pourtant avec succès sur toutes les ondes médiatiques.

D’ailleurs, l’infatigable chroniqueur n’en demeurait pas mois un observateur critique de la vie publique dans sa ville d’adoption.

Fervent partisan de son maire David Lisnard, Philippe Bouvard était devenu un soutien officiel et populaire pour sa candidature à la prochaine élection présidentielle. « J’ai découvert un homme exceptionnel par son humanité, sa culture, l’attention portée aux gens. Je suis persuadé qu’un jour, David Lisnard sera installé au sommet », nous avait ainsi prédit Philippe Bouvard dès 2020, sans avoir pu retenir son souffle jusqu’à vérifier la pertinence de ces propos en 2027.

Dès qu’un micro ou un transistor était tendu au célèbre journaliste-chroniqueur et animateur, tous ses sens se mettaient en éveil maximal, même à plus de 90 ans.
Dès qu’un micro ou un transistor était tendu au célèbre journaliste-chroniqueur et animateur, tous ses sens se mettaient en éveil maximal, même à plus de 90 ans.
Patrice Lapoirie / Nice-matin

Une estime, une amitié réciproque puisque l’édile cannois estime que « Cannes perd l’un de ses plus illustres habitants, la France perd l’une de ses plus grandes voix, exigeante, espiègle et talentueuse, celle d’une personnalité hors du commun qui traversa les dernières décennies pour s’imposer naturellement comme une référence de l’audiovisuel français. »

En novembre 2024, le fondateur du parti Nouvelle Énergie avait par ailleurs contribué à organiser la dernière sortie publique de l’homme de presse. C’était en décembre 2024 au théâtre Croisette, à l’occasion de la projection grand écran du documentaire Les milles et une vies de Philippe Bouvard. Très affaibli sur son fauteuil roulant, Philippe Bouvard y avait été ovationné comme jamais, confiant à l’assistance : « A 8 ans, je voulais vivre à Cannes, et ne pas mourir ailleurs. »

Philippe Bouvard, lors de sa dernière appartition publique à Cannes en compagnie du maire David Lisnard, pour la projection d’un documentaire qui lui était consacré.
Philippe Bouvard, lors de sa dernière appartition publique à Cannes en compagnie du maire David Lisnard, pour la projection d’un documentaire qui lui était consacré.
Nice Matin

Cannes dans son cœur depuis un cadeau d’anniversaire

C’est en effet ce cadeau de l’enfance, des vacances azuréennes offertes par ses parents pour son anniversaire, qui a conduit Philippe Bouvard à souffler ses dernières bougies ici, après tant d’années à y séjourner. « Je suis arrivé en train, j’ai vu les palmiers, la grande bleue, la Croisette, les Casinos… Tout ce qui devait nourrir le meilleur de ma vie », nous avait-il affirmé lors d’une récente interview.

Philippe Bouvard, ici en 2013 à Cannes, où il aimait mener grand train
Philippe Bouvard, ici en 2013 à Cannes, où il aimait mener grand train
Patrice LAPOIRIE / PHOTOPQR/NICE MATIN

Sur le célèbre boulevard de bord de mer, le jeune Bouvard (pas encore célèbre, lui) avait soudain vu sortir d’une limousine, un petit homme aux cheveux blancs.

« C’était Jean Cocteau, et longtemps, j’ai cru que les poètes étaient plus riches que leurs rimes », rigolait ce fin d’esprit, qui aura tôt fait, à l’apogée de sa carrière, de suivre ce dispendieux mode d’existence. Sous le soleil de préférence ! Quitte à ce que cette « Grosse tête » prenne parfois le cigare, il en convenait aussi.

Avant d’emménager dans son appartement de centre-ville, Philippe Bouvard rayonnait depuis sa villa sur les hauteurs de la Californie à Cannes
Avant d’emménager dans son appartement de centre-ville, Philippe Bouvard rayonnait depuis sa villa sur les hauteurs de la Californie à Cannes
Sébastien Bottella

« Durant toute ma carrière, tous les prétextes étaient bons pour revenir sur la Côte d’Azur », revendiquait Philippe Bouvard, d’abord niché dans une somptueuse villa sur les hauteurs de la Californie, avant que le poids des ans ne lui fasse prendre l’ascenseur pour un dernier étage en plein centre-ville à Cannes.

Avec Bernard Tapie en Rolls Royce durant le Festival de Cannes

Pour lui qui avait interviewé les plus grandes vedettes du 7e art, d’Alain Delon à Brigitte Bardot, de quoi se faire tout un Festival à Cannes. Notamment en compagnie de son vieil ami Bernard Tapie, « qui avait loué une Rolls Royce pour parader durant cet événement et était accueilli comme une véritable star de cinéma ! »

Avec Maurice Bessy, ancien délégué général du Festival du film, Philippe Bouvard nous avait également confié avoir fait les « 400 coups ». Sensibles aux atours de la gent féminine, à une époque où ne triomphait pas encore le mouvement MeToo, les deux compères avaient parcouru le Carlton « à la recherche d’une starlette, et il y en avait beaucoup », leur faisant miroiter un accès aux plateaux de tournage, contre une visite médicale dans le plus simple appareil ! « Avec le recul, j’en ai honte, mais on s’est tellement amusés », soufflait cet éternel séducteur, par ailleurs marié à sa chère Colette durant plus de soixante-dix ans.

Jacques Médecin, son invité clandestin

Citoyen cannois honoré de la médaille de la Ville par David Lisnard en 2018, Philippe Bouvard se montra plus mitigé à l’égard d’un autre maire, Michel Mouillot. Ce dernier l’avait pourtant placé à la présidence de Cannes Radio.

Philippe Bouvard pour une interview Nice-Matin/Cannes Radio  sur son dernier ouvrage autobiographique : à propos de la mort, cet agnostique  confiait : « c’est la fin de tout si on ne croit à rien. Si j’y pense trop, c’est quelque chose qui me gâche un peu la vie »
Philippe Bouvard pour une interview Nice-Matin/Cannes Radio sur son dernier ouvrage autobiographique : à propos de la mort, cet agnostique confiait : « c’est la fin de tout si on ne croit à rien. Si j’y pense trop, c’est quelque chose qui me gâche un peu la vie »
Photo A. Carini

« Ce fut une collaboration généreuse, à titre gracieux, et j’y ai mis fin plus tôt que prévu, lorsque je me suis rendu compte que Mouillot ou ses sbires faisaient payer aux commerçants une interview ou un passage chez eux. », se souvenait le journaliste hyperactif, lors d’un déjeuner avec notre confrère Philippe Muller de Cannes Radio.

Autre personnalité sulfureuse qu’il accueillit à son domicile cannois, l’ancien maire de Nice, Jacques Médecin, devenu invité clandestin depuis son exil en Uruguay.

« On a débuté dans la presse le même jour, lui pour L’Aurore et moi pour Le Figaro. C’était un garçon charmant mais il avait une faiblesse, comme d’autres politiques, il se croyait au-dessus des lois. Quand il a été nommé ministre du Tourisme, il a décidé de faire la tournée des maisons de plaisirs dans le monde ! Puis, il a eu de graves ennuis, a été obligé de prendre du recul, mais quand il revenait en France clandestinement, il passait me voir, naturellement », justifiait Philippe Bouvard.

Éditorialiste durant quatorze ans à Nice-Matin (qu’il continuait de lire ou se faire lire assidûment), l’ancien directeur parisien du Figaro ou de France Soir y avait découvert avec délectation une proximité capitale avec ses lecteurs, à nulle autre pareille.

« Il arrive souvent qu’on m’interpelle à un feu rouge sur la Croisette pour me dire : j’ai lu votre billet, et je suis tout à fait d’accord avec vous ! », se réjouissait celui qui nous gratifiait quotidiennement de son humour à la plume acérée.