Mort de Paul Barril, ancien patron du GIGN au parcours marqué par les scandales
Paul Barril, décédé mardi soir à l'âge de 80 ans, a été un brillant officier du GIGN avant d'être impliqué dans deux scandales de l'ère Mitterrand, les Irlandais de Vincennes et les écoutes illégales de l'Élysée, et d'être mis en cause après le génocide du Rwanda.
Publié le : 21/10/2026 - 14:21
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Mince, l’œil gris-bleu ironique, un cheveu sur la langue et la répartie cinglante, cet ancien capitaine de gendarmerie a participé à la création en 1974 du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) dont il sera le numéro deux. Il s’est reconverti, dans les années 1980, dans la sécurité privée et la protection de personnalités et a conseillé différents chefs d’État, notamment en Afrique, et plus particulièrement au Rwanda.
En 2014, il avait confié à l’AFP être très malade, atteint de la maladie de Parkinson et d’un cancer de la thyroïde, et sous traitement médical lourd. Ce traitement provoquait des périodes de confusion et a entraîné en juin 2014 un quiproquo avec une intervention de la police à son domicile car il était décrit comme « retranché et armé ».
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Fils et petit-fils de gendarme
Né le 13 avril 1946 à Vinay (Isère), fils et petit-fils de gendarme, Paul Barril sort major de sa promotion de l’école des officiers de gendarmerie. Ceinture noire de karaté, parachutiste confirmé, nageur de combat, tireur d’élite, passionné d’armes et de gadgets antiterroristes, il participe en 1974 à la création du GIGN, sous la direction du chef d’escadron Christian Prouteau.
Prouteau définit la stratégie et Barril l’applique sur le terrain avec un goût prononcé pour les « trouvailles » explosives, paralysantes ou autres. C’est lui qui, en 1979, conseille sur le terrain les autorités saoudiennes pour mater une révolte sur les lieux saints de La Mecque. En juillet 1982, Barril remplace provisoirement à la tête du GIGN Prouteau, appelé à l’Élysée pour créer la cellule antiterroriste.
Dès lors, il accumule erreurs et bavures. Un mois plus tard, trois Irlandais, « dangereux terroristes » selon l’Élysée, sont arrêtés à Vincennes par une équipe du GIGN menée par le capitaine. L’instruction judiciaire fait apparaître de graves irrégularités et les trois Irlandais seront libérés. Barril, accusé par un informateur d’avoir déposé armes et explosifs au domicile des Irlandais, échappera finalement à toute poursuite. « Cette affaire, c’est 20 ans d’emmerdes mais juridiquement, c’est moi le grand vainqueur », dira-t-il.
Gravement blessé à l’entraînement en 1983, il doit quitter le GIGN alors que l’affaire des Irlandais est devenue une affaire d’État. À sa demande, en 1984, il est mis en disponibilité de la gendarmerie pour cinq ans.
Il écrit deux livres, dont Missions spéciales, dans lequel il évoque le « piège irlandais », puis crée « Secrets », une société de sécurité privée. Sa réputation lui ouvre les portes des émirats du Golfe ou de pays d’Afrique noire, où il vend ses compétences en matière d’antiterrorisme.
Dans l’affaire des écoutes de l’Élysée, il fait partie des sept prévenus sanctionnés en 2005 par le tribunal correctionnel de Paris. Il écope de six mois d’emprisonnement avec sursis et de 5 000 euros d’amende pour recel de documents portant atteinte à la vie privée. Une peine confirmée en appel et en cassation.
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Dossier du génocide rwandais
Fin 2007, il passe un peu plus d’un mois en prison aux Baumettes à Marseille dans le cadre de l’enquête du cercle de jeux parisien Concorde. Il sera finalement relaxé. Mais c’est le génocide au Rwanda de 1994 qui lui vaudra sa plus grave mise en cause.
Paul Barril a été entendu à plusieurs reprises par le juge Marc Trévidic dans l’enquête française sur l’attentat d’avril 1994 contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, déclencheur des tueries (800 000 Tutsi et Hutu modérés massacrés). Des ONG l’accusent de complicité et d’avoir fourni des armes aux génocidaires quelques semaines après le début des massacres, ce qu’il a toujours contesté.
Il est placé en 2020 sous le statut de témoin assisté, mais les espoirs des parties civiles sont vite douchés par une expertise médicale concluant que la maladie de Paul Barril ne lui permet « plus de soutenir ni audition ni confrontation ». « J’aurais bien finalement aimé finir tout simplement général de gendarmerie », confiait-il en 2018 à L’Essor.
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