Monture Sony E : ce que contient vraiment la liste des titulaires de la licence
Depuis le 3 août, une page du site de support de Sony Imaging circule dans toute la presse photo. Elle recense neuf partenaires titulaires d’une licence pour la monture E, et aucun fabricant chinois n’y figure. Beaucoup y ont vu la révélation d’un système à deux vitesses, longtemps caché : certains constructeurs auraient accès aux protocoles AF des boîtiers Sony, d’autres non. Le document est plus modeste que cela, et ses conséquences concrètes plus limitées.
Sommaire
- Une page de support, pas un communiqué
- Ce que Sony avait déjà annoncé en 2011
- Ce que donne la licence, et ce qu’elle ne donne pas
- Les objectifs tiers tous logés à la même enseigne
- Sony A7 V : une compatibilité bridée avec les optiques tierces ?
- On ignore toujours ce qu’apporte vraiment la licence
Une page de support, pas un communiqué
Une simple liste, et le web est en émoi. Depuis quelques semaines, bon nombre d’articles font état d’une page « publiée par Sony » mentionnant le nom de neuf fabricants « qui répondent aux critères de qualification définis en amont » par la marque japonaise. Ce document existe bel et bien… mais il mérite d’être lue de près. Et il convient (surtout) de ne pas se livrer à des surinterprétations.

Première précision, qui a son importance : Sony n’a rien annoncé. Ni communiqué, ni conférence, ni prise de parole. Le document est seulement une page du support technique hébergée sur le site japonais de Sony Imaging, intitulée « E-mount License Partner », et qui aligne neuf noms sous une date de mise à jour, juillet 2026, et rien d’autre.
Voici donc les neuf partenaires, par ordre alphabétique : Carl Zeiss AG, Cooke Optics Limited, Cosina Corporation, Fujifilm Holdings Corporation, Kenko Tokina Corporation, LK Samyang CO., LTD., Sigma Corporation, Tamron Corporation et Thales LAS France SAS.
Deux noms détonnent. Celui de Fujifilm, que l’on peut attribuer aux quelques objectifs cinéma Fujinon proposés en monture E, sans que Sony ne le confirme. Et celui de Thales, spécialiste français de la défense et qui est aussi le propriétaire d’Angénieux.
Ce que Sony avait déjà annoncé en 2011
Toutefois, ce document n’a rien d’inédit. Dès le 8 février 2011, en marge du CP+, Sony publiait un vrai communiqué (en bonne et due forme), intitulé « Sony Discloses Basic Specifications of the « E-mount » for Interchangeable Single Lens Cameras without Fee ».
Le constructeur y annonçait l’ouverture des spécifications de base de sa monture aux fabricants d’objectifs et de bagues d’adaptation, sans redevance, à compter du 1er avril 2011. Le texte précisait que cette communication interviendrait après un processus d’approbation prédéfini et la signature d’un accord de licence. Quatre entreprises étaient nommées dans ce communiqué : Carl Zeiss, Cosina, Sigma et Tamron.

La distinction entre fabricants sous licence et fabricants hors licence est donc publique depuis quinze ans. Mieux : les quatre opticiens de 2011 figurent toujours parmi les neuf de 2026. Cinq noms se sont ajoutés depuis. Ce qui est nouveau en juillet 2026, c’est l’évolution de la liste… et non le système qu’elle décrit.
Ce que donne la licence, et ce qu’elle ne donne pas
Toujours en 2011, une seconde page, encore plus discrète, détaille les conditions d’accès. Aucune redevance n’est due, mais une partie des frais liés à la fourniture des spécifications par Sony est facturée au demandeur. L’usage est circonscrit aux objectifs et aux bagues d’adaptation destinés aux boîtiers hybrides Sony.

Les critères de qualification ne sont communiqués qu’après acceptation d’un accord de confidentialité. Et surtout, Sony écrit noir sur blanc que les spécifications côté boîtier ne sont pas divulguées. Le constructeur ajoute que la divulgation vise la compatibilité, et qu’elle ne garantit ni le fonctionnement ni la qualité de toutes les fonctions.
À aucun moment Sony ne décrit cette licence comme un accès au fonctionnement de l’AF de ses boîtiers. C’est pourtant la lecture qui s’est imposée en quelques jours sur certaines plateformes.
Les objectifs tiers tous logés à la même enseigne
Deux constats simples suffisent à montrer que la différence se situe ailleurs. D’abord, trois des neuf licenciés ne fabriquent pas d’objectifs AF. Thales conçoit des systèmes de défense et des optiques cinéma manuelles. Cooke Optics produit des objectifs cinéma à mise au point manuelle. Cosina, sous la marque Voigtländer, propose en monture E une gamme manuelle. Une liste dont un tiers des membres ne fait pas d’autofocus n’est donc pas relative au partage (ou non) des protocoles AF.
Ensuite, sur les Sony A1 II, A9 III, A7 V et A7R VI, les objectifs tiers sont plafonnés à 15 i/s en rafale et en autofocus continu, là où les objectifs Sony montent à 30 i/s, voire à 120 i/s sur l’A9 III. Ce plafond frappe aussi les optiques de Sigma et de Tamron, qui sont pourtant titulaires d’une licence depuis l’ouverture de la monture. La licence n’offre donc pas un comportement identique à celui des objectifs maison. Un grief de longue date, soit dit en passant.
Déjà interrogés par nos soins à de multiples reprises, les représentants de Tamron ou de Sigma, en France ou au Japon, ont toujours répondu qu’ils exploitaient au maximum les possibilités offertes par Sony, mais sans jamais en dévoiler davantage.
Sony A7 V : une compatibilité bridée avec les optiques tierces ?
Pour comprendre l’origine de la polémique avec l’autofocus non partagé, il faut revenir à décembre 2025 et à la sortie de l’A7V. Le vidéaste Kai Wong signale alors des problèmes avec plusieurs optiques autofocus chinoises, notamment Viltrox. La rumeur d’un verrouillage volontaire de la monture E se répand en quelques heures, quand d’autres testeurs, dont nous-mêmes, ne constatent rien. Sony, de son côté, se contente de renvoyer vers les fabricants d’objectifs.
Voir aussi

Sony a7 V: Partially-Stacked Speed Demon with a Third-Party Lens Twist
C’est Viltrox qui met fin à la polémique, en démentant l’hypothèse d’un sabotage : rien de ce que la marque a observé ne suggère « un comportement intentionnel côté boîtier », d’après les propos de son responsable marketing Frank Fang rapportés par nos confrères de PetaPixel en décembre 2025.
M. Fang attribue le phénomène à la complexité de la communication entre boîtier et objectif selon les modèles, les versions de firmware et les situations d’usage. Une mise à jour corrige le tir dans la semaine.
De là à penser que ces optiques ont rencontré un problème parce que Viltrox n’est pas un constructeur « licencié », il n’y a qu’un pas… que beaucoup ont franchi. Tout au plus, le contrat de 2011 mentionne une optimisation de la compatibilité avec les acteurs titulaires d’une licence et non un partage complet des avancées autofocus de Sony.
On ignore toujours ce qu’apporte vraiment la licence
Cette liste mise à jour en 2026 ne change rien à votre matériel. Un objectif d’une marque qui n’y figure pourra parfaitement fonctionner. Elle ne constitue pas davantage un label de qualité optique : elle dit qui a signé un contrat, pas qui fabrique le mieux ses optiques ni qui bénéficiera d’une « prime à l’autofocus ». Et l’on y trouve des spécialistes de l’optique de cinéma manuelle quand plusieurs des opticiens qui ont le vent en poupe en sont absents.
La seule conséquence concrète pourrait tenir au calendrier. Acheter une optique autofocus d’un fabricant non titulaire d’une licence, c’est accepter d’attendre parfois plusieurs jours ou semaines après la sortie d’un nouveau boîtier, le temps qu’une mise à jour firmware permette un fonctionnement complet.
Et encore, le phénomène ayant été très limité, vous ne serez peut-être pas concerné. Par ailleurs, certaines limitations s’appliquent à tout le monde : le bridage de la rafale en AF continu sur les boîtiers les plus rapides touche toutes les optiques tierces, celles issues d’opticiens licenciés comme celles des autres. Et ceci n’est, a priori, pas près de changer.
Reste ce que ce document apporte réellement, et ce n’est pas rien : il met des noms sur une frontière qui existait déjà, sans avoir jamais été rendue visible. Ce n’est donc pas une révolution, mais une simple mise à jour de ce que Sony avait annoncé en 2011.