Migrations: cinq pays européens avancent dans la mise en place des «hubs de retour » pour migrants déboutés
Le Danemark, l'Autriche, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Grèce ont franchi vendredi une première étape vers la création de centres de retour pour les migrants déboutés, avec l'objectif de conclure un accord avec un pays tiers début 2027
Publié le : 05/09/2026 - 07:37
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Le Parlement européen avait approuvé en juin un règlement sur les retours de migrants déboutés du droit d'asile, incluant la possibilité pour ses pays membres de conclure des accords afin d'installer des centres de rétention hors des frontières de l'Union. Ces hubs pourraient accueillir les demandeurs d'asile déboutés qui ne peuvent pas rentrer dans leur pays d'origine.
Les cinq pays, qui se sont réunis à Copenhague, ont assuré que ce modèle de hubs de retour contribuerait à rendre le système migratoire plus « humain ». D'après ses principes-cadres, il « sera également un outil pour briser le modèle économique de cyniques passeurs de migrants qui exploitent des personnes vulnérables risquant leur vie lors de voyages périlleux vers l'Europe ».
Ces centres de retour ne sont pas des « camps », a assuré le ministre danois des Migrations Morten Bødskov, hôte de la réunion. « Il s'agit d'offrir une nouvelle chance aux migrants en situation irrégulière qui ne peuvent pas retourner aujourd'hui dans leur pays d'origine et qui n'ont aucun fondement juridique pour rester dans notre pays », a-t-il déclaré, rapporte l'Agence France presse.
Quels pays d'accueil ?
Aucune mention de pays pressenti n'a été faite pendant la conférence de presse organisée dans la capitale danoise. Pour l'instant, l'Ouganda et surtout le Rwanda sont considérés comme des destinations possibles. Le Rwanda a confirmé en août avoir entamé des « discussions préliminaires » avec plusieurs États européens, sans préciser lesquels. Un précédent gouvernement danois avait engagé des négociations directes avec ce pays avant d'y renoncer pour trouver une solution européenne.
Le ministre grec des Migrations et de l'Asile, Thanos Plevris, a confirmé que « des discussions (avaient) déjà eu lieu avec différents pays hors UE, qui en sont à un stade avancé ». Dans une interview en août dernier, il avait aussi proclamé son admiration pour le président des États-Unis. « Pour moi, la meilleure chose que le président Trump ait faite, c'est d'avoir changé la politique migratoire aux États-Unis, mais aussi en Europe », avait déclaré Thanos Plevris, dans un long entretien au site conservateur américain Breitbart News.
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Inquiétude des défenseurs des droits humains
Ce règlement, destiné à accélérer les expulsions, suscite les inquiétudes de défenseurs des droits humains. Le Conseil de l'Europe a envoyé des lettres aux commissaires chargés de la politique migratoire de ces cinq pays de l'UE, leur soumettant des recommandations pour lever les potentielles atteintes aux droits humains liés à ces centres.
La législation n'a d'ailleurs pas fait l'unanimité au sein des 27. Le président français Emmanuel Macron l'a jugée inefficace et non conforme aux valeurs de l'Europe.
« Nous sommes en train de transformer la politique d'asile et de migration de l'UE », rétorque le ministre danois. Pour l'eurodéputée écologiste Melissa Camara au contraire, « la réunion qui s'est tenue à Copenhague marque une étape de plus dans le renoncement aux valeurs fondamentales de l'Union européenne et au bafouement de la dignité des personnes exilées ».
Pour Sara Prestianni, directrice du plaidoyer de l'ONG EuroMed Rights, rien n'a été anticipé pour assurer le respect des garanties fondamentales dans ces hubs de retour, explique-t-elle au micro de Thomas Saint-Léger de RFI : « ... Quelles sont les garanties et sur quelles bases les négociations avec ces pays vont se faire ? Est-ce qu'il y a une vraie analyse du respect des droits par ces pays des personnes qui devraient être renvoyées ? Quelle sera le futur de ces personnes envoyées dans ces pays... Beaucoup trop de questions, pas assez de réponses et un vide qui ne rassure pas sur les garanties de droits fondamentaux qui doivent être respectés ! »
« Les tentatives précédentes de créer des centres de renvoi sous diverses formes se sont révélées extraordinairement coûteuses, engluées dans des obstacles administratifs et juridiques, et n'ont finalement pas réussi à influer sur les décisions et les comportements des demandeurs d'asile et des migrants en situation irrégulière », a pour sa part relevé l'ONG Danish Refugee Council.
Le Royaume-Uni a dû abandonner un dispositif similaire qui prévoyait d'expulser vers le Rwanda des migrants en situation irrégulière, tandis que les centres gérés par l'Italie en Albanie se sont heurtés à des recours juridiques et à une mise en oeuvre lente.
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