Meurthe-et-Moselle. Privée d’eau, une commune doit être alimentée par camion-citerne
« J’habite ici depuis 1980 : c’est déjà arrivé, mais comme ça, c’est la première fois. » Jacqueline, habitante du hameau de Dommarie, est bien obligée de revoir sa consommation d’eau depuis le 17 juillet dernier. C’est à cette date qu’ont commencé les livraisons d’eau par camions-citernes à Dommarie, faute de réserves suffisantes dans la nappe phréatique utilisée habituellement.
Une fois par semaine, le syndicat des eaux de Pulligny et du Saintois, avec son prestataire la SAUR [Société d’aménagement urbain et rural], apporte en effet une citerne d’eau au réseau local, « soit entre 30 et 35 m3 d’eau », explique Julien Laurent, agent d’exploitation à la SAUR. L’eau en question coule donc au robinet comme d’habitude, ou presque.
Des citernes et des packs d’eau
« C’est de l’eau potable qu’on prend quelques kilomètres plus loin, continue l’agent. Mais par contre, à partir du moment où on la fait passer par des citernes, bien que ce soient des citernes alimentaires désinfectées au préalable, l’eau n’est plus considérée comme apte à la consommation humaine ensuite. »
Elle est donc plutôt destinée aux douches, lessives et autres usages non alimentaires. D’où un second approvisionnement en eau, sous forme de packs cette fois, à venir chercher dans un local du village.
Dans son garage, Jacqueline a entreposé ses bouteilles d’eau, pour se brosser les dents, cuisiner et boire. Photo Géraud Bouvrot
« Celle-là, on s’en sert pour boire bien sûr, raconte Jacqueline, mais aussi pour se laver les dents, cuisiner ou laver nos fruits et légumes frais. » Tous les lundis et vendredis, elle et les autres habitants peuvent aller se recharger en bouteilles d’eau, sans limites.
« C’est embêtant quand même », avoue Chantal, autre habitante de Dommarie. Même si elle a posé une bouteille d’eau dans sa cuisine et une autre dans sa salle de bains, son réflexe d’utiliser le lavabo automatiquement est difficile à mettre de côté.
Des camions jamais utilisés à cette époque
Eric Deprugney est le maire de cette commune de 90 habitants en comptant les deux hameaux. « En temps normal, explique-t-il, l’eau arrive à Eulmont, ensuite à Dommarie. Mais là le niveau est tellement bas qu’on est obligés de faire comme cela. Les années précédentes, ça s’était déjà vu mais plutôt à la fin de l’été, jamais à la mi-juillet. »
Jusqu’en 2024, la commune gérait elle-même son approvisionnement en eau, sous forme de régie. Depuis, c’est le syndicat des eaux de Pulligny et du Saintois qui s’en occupe. À l’automne prochain, il va entamer des travaux pour raccorder Dommarie-Eulmont au reste du réseau qu’il gère, ce qui devrait éviter de futurs approvisionnements par citernes et packs d’eau.
« On croise les doigts pour que cela soit fini d’ici la prochaine période estivale », dit Julien Laurent, l’agent de la SAUR. En attendant, s’il ne pleut pas d’ici fin septembre, les habitants du hameau vont devoir s’habituer à ce système. Plusieurs captages privés existant sur la commune, certains comme Jacqueline peuvent profiter d’un puits pour arroser leur jardin. « C’est le ciel qui va décider, conclut le maire. Mais c’est sûr que là, on voit très clairement le changement climatique. »
La seule commune du département dans ce cas
Sollicitée, la préfecture de Meurthe-et-Moselle indique que la commune de Dommarie-Eulmont est pour l’instant la seule du département à connaître de telles mesures. Toutes les communes sont soumises à des restrictions de l’usage de l’eau, certaines communes connaissent des ruptures d’approvisionnement qui sont provisoires, mais Dommarie-Eulmont est la seule à devoir être alimentée par citernes en raison d’un manque de ressource en eau potable.