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  • 2026-07-22 20:16:47 +0000 UTC

    Jul 22, 2026

    Mercato: 137 millions d'euros pour Morgan Rogers à Chelsea, jusqu'où la folie des transferts ira-t-elle?

    Recruté ce 21 juillet par Chelsea, le milieu offensif d'Aston Villa, Morgan Rogers, est devenu le joueur de football anglais le plus cher de l'histoire. Mais comment expliquer qu'un transfert de ce type atteigne un tel montant? Et, surtout, les sommes déboursées vont-elles continuer d'augmenter sans cesse?

    Il y a 10 ans, début août 2016, Paul Pogba faisait les gros titres de la presse internationale pour son transfert record de la Juventus vers Manchester United. Le montant déboursé? 105 millions d'euros, une somme colossale pour l'époque. Une décennie plus tard, la réalité est tout autre. Il est devenu la norme de voir des transferts dépasser la centaine de millions, même pour des joueurs loin d'être des superstars du football mondial.

    Derniers en date: les Anglais Elliot Anderson et Morgan Rogers, respectivement recrutés 135 et 137 millions d'euros par Manchester City et Chelsea. Comment les clubs de football (principalement de Premier League) en sont-ils arrivés-là? Les montants continueront-ils de monter dans les prochaines années? Pour Christophe Lepetit, directeur des études économiques au Centre de droit et d'économie du sport (CDES), il est surtout question de revenus, et notamment de droits TV...

    L'inflation impacte aussi le football

    "La Premier League avait dépassé les huit milliards d'euros de revenus sur la saison 2024-2025. Donc en fait, on a une augmentation des indemnités de transfert qui s'explique dans le temps par cette croissance très forte des revenus", explique-t-il. Les droits TV, les billets au stade, le sponsoring... Le championnat anglais génère toujours plus d'argent. Mais les sous ne viennent pas que du football. "Il y a aussi des investisseurs qui sont arrivés récemment à la tête des clubs, par exemple à Chelsea avec BlueCo. Ils sont dans des logiques de reconstruction d'effectifs et donc dans des logiques d'investissement extrêmement marquées", analyse Christophe Lepetit.

    Il y a donc de l'argent, c'est indéniable. Et il est dépensé. "Il y a des clubs qui changent de managers et on sait qu'en Angleterre, c'est un mouvement qui est important. C'est le cas à Chelsea, mais on pourrait aussi parler de Tottenham qui a fait une saison sportive cataclysmique et qui a failli être rétrogradé avec Roberto De Zerbi. Ces nouveaux coachs arrivent dans ces clubs qui ont beaucoup d'argent, avec des actionnaires qui injectent, et ils demandent beaucoup de nouveaux joueurs", détaille le directeur des études économiques du CDES. Sans oublier que ces transferts sont souvent réalisés entre clubs anglais et que le club vendeur réinvestit, voire surinvestit, cet argent par la suite.

    Dernier élément, et non des moindres: si l'économie européenne et mondiale s'est fragilisée ces dernières années, le football ne fait évidemment pas exception. En comparaison du transfert de Pogba en 2016, les 105 millions d'euros investis n'ont aujourd'hui plus la même valeur. "Il faut tenir compte, entre 2016 et 2026, de l'inflation. L'euro de 2026 n'a pas la même valeur que l'euro de 2016. Donc, pour vraiment comparer tout cela, il faudrait intégrer les effets de l'inflation pour pouvoir comparer des prix finalement à valeur constante", poursuit l'économiste du CDES.

    Les transferts à 200 millions vont devenir la norme? Pas forcément mais...

    Les indemnités de transfert sont ainsi toujours plus élevées. Mais est-ce que cela va continuer au point de voir régulièrement des transferts autour des 200 millions d'euros devenir la norme dans une dizaine d'années? Pour Christophe Lepetit, rien n'est sûr: "Ce n'est pas tout à fait certain. Les projections de croissance des revenus sont quand même un peu moins florissantes. On va mettre la Ligue 1 un petit peu à part, mais sur la Premier League, la Liga, ou la Bundesliga, les taux de croissance des droits TV sont plutôt en réduction." Autrement dit, les droits TV continuent d'augmenter, mais beaucoup moins rapidement qu'il y a quelques années.

    Pas certain de voir un bond des transferts donc... Mais pas impossible non plus. Christophe Lepetit prévient: si les revenus continuent d'augmenter, le train de vie des clubs pourrait aller de pair avec cette croissance. "Ce n'est pas totalement exclu. On peut quand même avoir des revenus qui continuent de croître, soit les revenus d'investisseurs qui viennent injecter eux-mêmes de l'argent dans les clubs, soit les revenus organiques du football (droits TV, sponsoring, etc.)"

    Les championnats sont d'ailleurs constamment en train de chercher à générer du profit. Par exemple, en tentant de délocaliser des matchs à l'étranger. Et ça ce n'est pas anodin. "S'ils trouvent des nouveaux relais de croissance et que dans dix ans les revenus ont encore été multipliés par deux, on se reparlera... Les indemnités de transfert qui sont aujourd'hui à 5,10 millions, là ça sera 30. Là où c'était 30, ça sera 80. Là où c'était 80, ça sera 160. Et le record sera à 350 ou 400 millions d'euros", développe-t-il.

    Un retour en arrière quasi impossible

    Il est impossible de prédire si ces montants verront vraiment le jour. En revanche, il semble plus facile de s'avancer sur un point: Un retour en arrière sur les montants semble difficile. Certes, Morgan Rogers a des qualités indéniables. Mais il n'est pas une star comme l'était Pogba en 2016 ou Neymar en 2017. Et un transfert comme celui du milieu offensif anglais va avoir des conséquences sur les autres ventes.

    "Ce qu'on voit souvent en économie, c'est une forme d'effet cliquet. C'est-à-dire qu'à partir du moment où vous êtes monté à un niveau, vous avez du mal à redescendre. Ce transfert, les autres clubs le voient et se disent: 'Finalement, si Rogers vaut ce prix-là, pourquoi mon joueur qui est sensiblement du même âge, avec le même temps de jeu, une situation contractuelle relativement équivalente, ne vaudrait pas 137 millions?'", conclut Christophe Lepetit. Alors qu'il reste plus d'un mois avant la fin du mercato estival 2026, il ne serait donc pas improbable de voir d'autres transferts ahurissants d'ici le 1er septembre prochain. Voire même, si l'on se projette plus loin, dans les années à venir...

    Antoine Brard

    2026-07-22 20:16:47 +0000 UTC