Menace sur les visites médicales à l’école : face à la pénurie de médecins scolaires, la ministre Lescrenier annonce quatre mesures, « c’est une mission d’ordre public majeure ! »

Menace sur les visites médicales à l’école : face à la pénurie de médecins scolaires, la ministre Lescrenier annonce quatre mesures, « c’est une mission d’ordre public majeure ! »

Face à une pénurie de médecins scolaires qui s’accroît, les visites médicales des élèves peuvent tomber à l’eau. Or, ces rendez-vous sont loin d’être anodins. La ministre annonce un plan composé de quatre mesures, à court terme.
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Par Sabrina Berhin

Journaliste à la Rédaction générale Publié le 17/09/2026 à 20:07

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Tous les deux ans, les élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles passent par la case « visite médicale ». Dans la majorité des cas. Car une pénurie de médecins scolaires met aujourd’hui à mal ce passage pourtant essentiel. « L’an dernier, certaines visites n’ont pas pu se faire », déplore la ministre Valérie Lescrenier. « Dans la situation actuelle, il existe un risque que ces bilans de santé proposés gratuitement ne se fassent pas. »

Loïc Noël, directeur du centre liégeois de Médecine Préventive, est confronté à cette pénurie. A certains endroits, ses équipes doivent désormais se passer de médecins et ont donc doublé les effectifs infirmiers pour permettre, malgré tout, un bilan, mais partiel.

Pour le Dr Florence Renard, conseillère médicale PSE, cette réalité s’est fortement accrue ces dernières années. « La situation est peut-être aussi davantage préoccupante à Bruxelles, dans le Hainaut et dans la région de Liège », souligne-t-elle. Sa consœur, le Dr Sophia Hall Prezado Alves, pointe aussi d’importantes disparités entre les pouvoirs organisateurs (PO). « Il y a des subsides de l’ONE mais certains PO aident avec des compléments. Il y a aussi des demandes différentes, avec des populations qui ont besoin de davantage d’aide. »

Médecins comme politiques pointent pourtant l’importance de la médecine scolaire. « Beaucoup d’enfants n’ont pas de médecin traitant », détaille pour sa part le Dr Hall Prezado Alves. « Cela leur permet de voir un médecin au moins une fois tous les deux ans. Ce que nous réalisons, ce sont des dépistages de masse. »

C’est aussi un des rares moments où un enfant se retrouve seul avec un médecin. Ce qui permet de déceler certains problèmes, notamment en matière de maltraitance. « Indépendamment de la question des visites, il y a aussi une vraie difficulté pour les équipes qui n’ont pas de médecin de répondre à des appels des écoles en cas de suspicions de maltraitance », pointe le Dr Renard. « Cela risque de différer l’examen de l’enfant qui ne pourra, par exemple, être vu que le lendemain. La crainte est que l’enfant ne puisse pas être examiné et pris en charge rapidement. En effet, seul un médecin est habilité à réaliser un certificat de constat de lésions.

La vaccination en perte

Enfin, la vaccination. « La Promotion de la santé à l’École (PSE) est un grand vaccinateur, mais cette pénurie induit une baisse de la vaccination à certains endroits », déplore le Dr Hall Prezado Alves. La possibilité donnée aux infirmières de vacciner ne compense pas suffisamment. « Cela a ouvert une porte mais je ne peux pas dire dans quelle mesure toutes ont activé cette possibilité. Certaines sont aussi peut-être moins à l’aise, notamment face aux risques de réactions allergiques qui sont pourtant extrêmement exceptionnelles. »

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L’objectif affiché de la ministre est clair : qu’en 2027, tous les élèves qui doivent passer un bilan médical le passent, quitte à ce qu’il ne soit que partiel. « C’est une mission d’ordre public majeure ! » Un point que ne démentira pas Loïc Noël : « Investir dans la prévention c’est aussi réduire les coûts des soins de santé par la suite. »

Par « bilan partiel », Valérie Lescrenier vise un bilan réalisé au moins par le personnel infirmier. Une situation qui n’est toutefois pas optimale, selon les médecins. « C’est mieux que rien mais on passe quand même à côté de pas mal de choses sans le médecin », répond Dr Hall Prezado Alves. « Pour déceler certains problèmes de santé tel qu’une un souffle au cœur, un problème de vue, une puberté précoce, une scoliose… »

Le plan de la ministre ne s’arrête toutefois pas là. « La deuxième chose, c’est de réfléchir à la mise en place d’équipes mobiles, de médecins qui puissent venir épauler les structures en difficulté. »

La formation des médecins est ensuite avancée par Valérie Lescrenier. « Il faut faciliter l’accès aux certificats nécessaires à la pratique. Pour cela, nous voulons offrir la possibilité aux médecins assistants de suivre cette formation. Mais également donner accès en ligne à celle-ci pour offrir davantage de souplesse. »

Revaloriser le métier

Enfin – et c’est un point sur lequel insistent également les Drs Hall Prezado Alves et Renard –, il faut mieux valoriser et faire connaître le métier de médecin scolaire. « Dans le cursus universitaire, la médecine scolaire est peu mentionnée », regrette Sophia Hall Prezado Alves. « Or le rôle du médecin scolaire est primordial puisqu’il peut agir préventivement, permettre des dépistages et agir avant que les mauvaises habitudes ne soient instaurées. Les enfants passent la grande majorité de leur temps à l’école. C’est là qu’on peut avoir un impact pour donner une chance égale à tous. »

La ministre se dit consciente de l’enjeu et annonce d’autres actions, à plus long terme. « On travaille ici principalement sur la pénurie de médecins scolaires mais on sait qu’il y a d’autres points de blocage comme le coût des trajets pour se rendre à la visite médicale. » D’après Loïc Noël, certains PSE ont vu les frais de transport exploser de 400 % ! « Est-ce que la médecine ne peut pas se déplacer au cœur de l’école ? », interroge la ministre. « C’est un des axes de travail qui vont arriver sur la table. »

La Fédération Wallonie-Bruxelles consacre un budget de 33 millions d’euros à la médecine scolaire. Un montant que Valérie Lescrenier s’est engagée à maintenir en l’état. « Il ne sera pas une source d’économies potentielles au regard des difficultés budgétaires que connaît aujourd’hui la Fédération », assure-t-elle. Une mesure destinée à rassurer le secteur qui salue l’intérêt et la volonté affichée de la ministre. Même s’ils estiment, toutefois, qu’un renforcement des moyens ne serait pas de trop pour préserver ce maillon considéré comme essentiel dans l’accompagnement de l’enfant.

Comment l’IA va révolutionner les devoirs de vos enfants : « Ceux qui la maîtriseront auront plus de chances sur le marché de l’emploi »

L’IA bouleverse les devoirs et les apprentissages. Entre risques de triche et nouvelles compétences à acquérir, les écoles doivent désormais apprendre aux élèves à faire avec.
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Par Sabrina Berhin Journaliste à la Rédaction générale Publié le 31/08/2026 à 04:00

Qu’on le veuille ou non, l’IA est là. Et ce serait un leurre de croire que les élèves ne saisissent pas cette opportunité. « Il ne faut pas faire l’autruche », lance d’emblée Mathias Thyssens, directeur du Collège Sainte-Véronique à Liège. « Les derniers chiffres montrent que plus de 90 % des élèves l’utilisent déjà. » Et évidemment, c’est au niveau des devoirs que son utilité est la plus intéressante.

Une réalité qui représente un énorme challenge, si pas « le plus important des années à venir », glisse Alain Koeune, directeur du Collège Notre-Dame à Dinant. Comment, dès lors, s’assurer de la bonne formation des élèves si l’IA fait tout à leur place ? Une question qui est aujourd’hui sur toutes les lèvres. « Les devoirs, ça sert à pratiquer », reconnaît Mathias Thyssens. « Et le risque, c’est que, à l’examen, comme par hasard, l’élève ne sache pas comment faire… »

Mais ce que les deux directeurs affirment aussi, c’est que, déjà avant l’IA, les professeurs n’avaient pas forcément la certitude que le devoir était le fruit de l’élève. L’arrivée de Wikipédia avait suscité des craintes dans le monde de l’enseignement. Sans compter la « cartouche » que représentent les parents pour certains élèves. Quel professeur n’a jamais suspecté que le travail fourni par l’élève soit issu de la plume de papa ou maman ? « L’inégalité a toujours existé dans le travail à domicile », souligne Vincent Romain, responsable du soutien et de l’accompagnement des écoles libres (Namur-Luxembourg) en matière d’IA. « Elle est maintenant renforcée. »

Face à l’IA, il y a deux solutions : soit on la diabolise, soit on l’intègre. La seule option pour s’assurer que l’élève n’y recoure pas, c’est de réaliser les devoirs en classe. Et certains profs le font déjà. « Mais cela se fait au détriment des apprentissages », déplore Vincent Romain.

Vigilance accrue

Il faut donc trouver un juste milieu. C’est ce que fait Caroline, professeure de français en province de Luxembourg. « Pour les gros travaux, ça devient compliqué », dit-elle. « Les ateliers d’écriture, par exemple, se font exclusivement en classe. L’IA peut être une aide, mais les élèves doivent être capables de le faire par eux-mêmes. »

Pour le directeur du collège liégeois, les enseignants ont toutefois des moyens de vérifier que l’élève a réellement travaillé à la maison et qu’il n’a pas « bêtement » retranscrit le travail de l’IA. Cela peut se faire en découpant le travail, avec une partie réalisée en classe et l’autre à la maison. En questionnant oralement l’élève sur le devoir fourni. Ou en demandant de temps en temps, en classe, un travail similaire à celui réalisé à la maison. « Il ne faut pas arrêter de donner des devoirs. Il faut juste être plus vigilant. »

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C’est là un premier enjeu. « Il faut continuer à apprendre aux élèves à pouvoir réfléchir par eux-mêmes, sans recours à l’IA », résume Alain Koeune, du collège dinantais. « Mais il y a aussi un deuxième enjeu : celui d’apprendre aux élèves à utiliser intelligemment l’IA et à avoir un regard critique par rapport à ça. »

Comprenez : s’il faut savoir faire sans l’IA, il faut savoir aussi faire avec. « On n’arrivera pas à faire marche arrière, donc il vaut mieux apprendre aux jeunes à l’utiliser », estime Vincent Romain. « Les élèves qui maîtriseront l’IA, ce seront aussi ceux qui, demain, auront plus de chances sur le marché de l’emploi. »

Et les devoirs peuvent être un moyen d’éduquer à l’IA. Certains enseignants ont déjà adapté leur manière de donner du travail à la maison, en demandant par exemple aux élèves de travailler sur des prompts différents (les consignes données à l’IA, NdlR), de comparer les résultats livrés par l’intelligence artificielle et d’avoir un regard critique sur le résultat fourni. « Cette création de requêtes est intéressante car elle-même nécessite une réflexion, une analyse », pointe Alain Koeune. « On a des professeurs qui travaillent beaucoup la réponse de l’IA, qui la mettent en parallèle avec une vérification par des sources fiables. »

La transparence et une relation de confiance sont deux autres éléments qui semblent indispensables pour relever le défi de l’IA. Vincent Romain constate ainsi que de plus en plus d’écoles encouragent leurs élèves à indiquer quand ils ont utilisé l’IA et pour quoi. « Comme quand, il y a 20 ans, le professeur d’histoire demandait de mentionner l’utilisation de Wikipédia », illustre Mathias Thyssens.

Des savoirs utiles ?

Tout ceci ne peut se faire sans une formation adéquate des enseignants, mais aussi des élèves (lire ci-contre). Et il n’y a pas de temps à perdre. « Le phénomène est très récent, mais le développement de l’IA va très vite. Beaucoup plus vite que l’adaptation des programmes », glisse Alain Koeune.

Pour Vincent Romain, adapter les programmes, c’est aussi bien délimiter les savoirs nécessaires. « Si on doit sortir sa calculette pour faire 6 fois 8, ça ne va pas », exemplifie-t-il. « La question à se poser, c’est : quelles sont les compétences dont on a vraiment besoin pour se servir de l’IA, pour qu’on puisse avoir nos informations, qu’elles soient fiables, vérifiées, et qu’on ne soit pas à côté de la plaque parce que l’IA nous a raconté des conneries ? »

La question des savoirs indispensables n’est pas une mince affaire. Vincent Romain va même jusqu’à remettre en question le caractère indispensable de la compétence rédactionnelle, qui figure certainement parmi les plus menacées par l’IA. « Pourquoi apprendre à écrire une lettre ? », s’interroge-t-il. « L’IA pourra le faire. Mais à condition d’avoir un bon prompt. Sans cela, l’élève risque d’être à côté de la plaque. Mais il ne se trompera pas parce que l’IA n’est pas capable. Il se trompera parce que lui n’a pas été capable de bien l’utiliser. Et donc c’est ça qu’il faut apprendre aux jeunes. »

Une chose est sûre : l’IA est déjà dans les cartables, aux côtés des manuels scolaires et il va falloir faire avec. « C’est un nouvel outil qui est un peu inquiétant », reconnaît Alain Koeune. « Mais c’est aussi un outil extraordinaire. »

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