Menace russe, prix des carburants, risque de Gilets jaunes… Ce qu’il faut retenir de l’interview choc d’Emmanuel Macron

Face aux tensions internationales et à la menace d’une crise sociale liée à la hausse des carburants, Emmanuel Macron défend la voie diplomatique, refusant pour l’heure de sortir le carnet de chèque.

Dans une période de tensions géopolitiques accrues sur le front russo-ukrainien et au Moyen-Orient, et alors que la grogne sociale monte aussi vite que les prix des carburants ces derniers jours, la prise de parole du président de la République était très attendue.
Jeudi soir, au 20 heures de TF1 et France 2, Emmanuel Macron était face à Gilles Bouleau et Caroline Roux pour tenter d’apporter des réponses à des Français de plus en plus inquiets, et éviter qu’une nouvelle vague jaune ne recouvre les ronds-points.

Russie : "Des années qu’on est attaqué"

Le Président est d’abord revenu sur la menace russe, reconnaissant que les actes de provocations se sont "multipliés" ces derniers mois. À la question de savoir si un épisode comme celui du drone chargé d’explosifs pouvait arriver en France, "la réponse est oui", estime Emmanuel Macron.

"La Russie considère que l’Europe, c’est la profondeur stratégique de l’Ukraine. Ça fait des années qu’on est attaqué, sur le plan de l’information, sur le plan cyber. Elles se sont intensifiées ces dernières années, et ces dernières semaines, il y a eu l’attaque de Leipzig, qui a échoué, mais si elle avait réussi il y aurait eu des morts sur le sol allemand", a-t-il poursuivi. Il a également réitéré son soutien indéfectible à l’Ukraine.

Concernant le ciblage des infrastructures énergétiques, côté russe comme ukrainien, le Président a rappelé sa proposition de signer un moratoire pour épargner ces industries stratégiques qui impactent directement le prix des carburants, notamment en France. La Russie y a opposé une fin de non-recevoir à la tribune de l’ONU.

Questionné ensuite sur la crise énergétique, Emmanuel Macron s’est dit "conscient de ce que vivaient nos compatriotes", assurant que la France s’était "mise en situation" d’avoir ce dont elle avait besoin jusqu’à la fin de l’année. Le chef de l’État a ajouté que les stocks stratégiques de la France étaient désormais comblés à hauteur de 80 % en gaz et en pétrole.

Carburant : "Faire baisser les prix plutôt que les taxes"

Et pour éviter la pénurie comme pour faire baisser les prix, le Président veut "d’abord agir diplomatiquement". "Le cœur de notre action est de faire baisser la tension au Moyen-Orient et rouvrir le détroit d’Ormuz", a-t-il indiqué. Dans le Golfe Persique, il prévoit d’"envoyer des moyens militaires pour protéger les installations pétrolières de Yanbu en Arabie Saoudite". En résumé, sa stratégie consiste à "faire baisser les prix des carburants plutôt que de baisser les taxes", comme le réclament certains membres de l’opposition.

Si la situation géopolitique s’améliore, il assure que "les prix baisseront vite". En attendant, pas question de "laisser les Français de côté", "le gouvernement agit pour aider les filières économiques qui en ont le plus besoin", rappelle le chef de l’État, en référence au plan d’aide de 450 millions d’euros annoncé mardi.

Mais alors que 70 % des Français jugent ces annonces sont insuffisantes, la crise sociale des Gilets Jaunes menace de réapparaître dans les prochains jours. Une colère sourde qu’Emmanuel Macron dit "comprendre", dès lors que "les gens n’arrivent pas à boucler la fin du mois". Pour autant, il estime qu’un "mouvement social généralisé […] ne nous aiderait pas collectivement" et serait inopportun, étant donné que "les causes de la hausse des prix sont géopolitiques".

Budget : "Des efforts proportionnés à tout le monde"

À quelques jours des discussions sur le budget, le président de la République a également été interrogé sur la pertinence des 54 milliards d’efforts supplémentaires demandés aux Français. "C’est un budget de responsabilité et les axes définis me paraissent justes parce qu’ils demandent des efforts proportionnés à tout le monde", a-t-il répondu. Il a en revanche écarté l’idée d’une potentielle dissolution en cas de blocage, qui "ajouterait de l’instabilité à l’instabilité […] à huit mois de l’élection présidentielle", tout en défendant son choix très critiqué d’il y a deux ans.

Pas question non plus de désigner son candidat favori pour cette élection à venir : "Mon devoir c’est d’agir, d’éclairer les Français et les forces politiques en leur faisant partager les connaissances que j’ai du réel. Je ne veux pas dire ce que je ferai dans la dernière ligne droite, nous n’y sommes pas. Je ferai en responsabilité ce que je dois faire."