Pompiers suisses en Gironde : solidarité et défis face aux incendies
Publié3. août 2026, 18:34
Pompiers romandsMégafeu en Gironde: «Ce qui m'a le plus marqué, c'est l'humain»
Les premiers sapeurs suisses rentraient dimanche d'une semaine de lutte contre les feux de forêt en France. Deux d'entre eux racontent leurs impressions du terrain.

Le sergent-chef Christophe Guichard est pompier à Genève depuis 23 ans. C'était pourtant la première fois qu'il traitait un feu de forêt de cette ampleur. Pour lui comme pour le Major vaudois Ruben Romero - pour sa part formé et ayant pratiqué au Monténégro l'an dernier - la théorie a laissé place au terrain. De retour de leur «OPEX» (opération extérieure) en Gironde dimanche dans la nuit, tous deux ont accepté de revenir sur leurs émotions sur place, juste avant de prendre un repos bien mérité.
Réviser dans le convoi
«Au vu des actualités, j'imaginais bien que nous allions être appelés bientôt, situe Christophe Guichard. Au moment où l'alarme sonne pour l'ordre officiel, le délai est clair: on sait qu'on part pour une semaine. C'est rassurant pour les familles.» Samedi, une trentaine de pompiers vaudois, neuchâtelois et genevois se réunissent alors pour partir en bloc depuis Genève.
Dans les 11 véhicules du convoi, les ressentis sont variés, se souvient le Genevois: «Pour moi c'était l'appréhension face à la nouveauté, au manque d'habitude.» Les émotions laissent ensuite place à la révision: «En groupe, nous avons revu le contenu de nos formations, relu les dossiers, ciblé les points auxquels il fallait faire attention. Puis, sur les 11 heures de route, certains ont dormi, lu, conduit.»

Un silence assourdissant
À l'arrivée, les sens sont mis à rude épreuve: «Ce qui marque immédiatement, c'est l'odeur persistante de fumée, relate Ruben Romero. Elle ne vous quitte jamais.» Au point, pour certains, de dormir avec un masque, lorsque les lieux de repos - campements rudimentaires dans des salles communales, lycée ou tennis-club de la région - se trouvent face au vent.
«Il n'y a pas un criquet qui grésille, pas un oiseau qui chante. C'est dérangeant.»
L'ampleur des dégâts est sans commune mesure: «On parle de kilomètres de forêt calcinée encore fumante, de centaines d'engins et de milliers d'intervenants: la réalité dépasse largement ce qu'on peut imaginer». Après trois jours d'actions offensives et de défense de points sensibles - une ferme de panneaux photovoltaïques et des bâtiments forestiers - les renforts suisses se sont vu attribuer des secteurs, notamment des lisières de forêt et des zones déjà maîtrisées. «Des lieux à haut risque de reprise, précise Christophe Guichard. Les parties vertes peuvent s'enflammer, par le vent qui propage des braises contenues dans des souches, ou encore par le sol, à travers des racines qui peuvent faire mèche sous terre.» Leur mission? Les noyer.
Une image de ces rondes restera gravée dans les mémoires: «Dans ces hectares de bois entièrement noirs, brûlés à perte de vue, régnait un silence de cathédrale, se remémore le sergent-chef genevois. Tout à coup, une biche passe, sans bruit, sans que l'on sache d'où elle vient.» La scène est inhabituelle par son mutisme: «Il n'y a pas un criquet qui grésille, pas un oiseau qui chante. C'est particulièrement dérangeant.» Son collègue vaudois se souviendra aussi longtemps de la minute de silence organisée à la suite du décès de deux pompiers de la Gironde et des étreintes spontanées ayant suivi entre collègues, redevenus simplement «des femmes et hommes profondément touchés».

Solidarité et générosité
Sur place, pompiers suisses et français de toutes les régions travaillent main dans la main. «Nous parlions exactement le même langage opérationnel», résume Ruben Romero. «Gradés ou non, il n'y avait pas d'ego, mais une belle complémentarité», renchérit Christophe Guichard. Un exemple? Samedi, son camion vide d'eau et sans réseau, il tente tant bien que mal de joindre ses collègues. «La solidarité a primé: des officiers français m'ont laissé monter sur leur camion pour mettre mon téléphone le plus possible en l'air et réussir enfin à contacter les renforts.»
Et la générosité ne s'arrête pas au seul corps de pompiers: «Les civils locaux nous ont appelé des traiteurs, nous ont préparé à manger, salue le Genevois. Ils prenaient soin de nous malgré leur propre détresse.» Leur aide logistique a également compté pour savoir où passer avec les camions. «Il faut rester humble: ce sont les terres des agriculteurs, des chasseurs du coin. Ils les connaissent mieux que nous.»
«Les photos ne transmettent ni la chaleur, ni l'odeur, ni la fatigue, ni la tension permanente»
Après avoir transmis leur secteur et les informations nécessaires à la relève ce week-end, il s'agit désormais pour Christophe, Ruben et leurs collègues de se reposer auprès de leur famille. Car, précise le porte-parole des pompiers genevois Nicolas Millot, leur mission est loin d'être terminée: «Nous ne sommes que début août, il y aura bien d'autres feux à éteindre d'ici la fin de l'été.»

Milena Michoud (mmd) est journaliste au sein de la rubrique Genève de 20 Minutes depuis juin 2026. Elle traite notamment de thématiques de société, de mobilité ou d'agriculture.