Mark Carney part à la conquête d’une «alliance unique» avec l’Europe
Le rapprochement entre le Canada et l’Union européenne (UE) pourrait bientôt franchir un nouveau cap. Après un an et demi de visites répétées sur le Vieux Continent, Mark Carney ambitionne désormais de conclure une « alliance unique » entre le Canada et l’Europe.
Si les détails entourant ce partenariat sont encore flous, le premier ministre canadien aura bientôt l’occasion de les préciser. Il s’envolera mardi vers Strasbourg, dans le cadre de son 19e voyage officiel en Europe depuis son arrivée au pouvoir. Il prendra la parole jeudi devant les 720 députés du Parlement européen pour livrer un discours qui sera « très important » et qui s’annonce déterminant, selon une source haut placée.
Les spéculations se sont multipliées à l’approche de l’événement. Le Wall Street Journal rapportait ce week-end que le Canada souhaitait obtenir un statut de « membre associé » de l’UE — une révélation qui a provoqué de vives réactions, notamment dans les rangs de l’opposition.
M. Carney s’est toutefois empressé de rectifier le tir. « Nous ne cherchons pas à devenir membre de l’Union européenne », a-t-il assuré dimanche soir en marge du Festival international du film de Toronto. « Ce que nous cherchons, et ce pour quoi nous allons entamer des discussions, c’est une alliance unique entre le Canada et l’Union européenne. »
Cette nuance est surtout d’ordre sémantique, note Achim Hurrelmann, codirecteur du Centre d’études européennes de l’Université Carleton, qui rappelle d’ailleurs que le statut de « membre associé » n’existe pas à proprement parler au sein de l’UE. « Je ne crois pas qu’il soit très utile de s’attarder à l’appellation que prendra ce partenariat. Les deux traduisent essentiellement la même volonté de resserrer les liens. »
Chose certaine, cette alliance risque bel et bien d’être unique en son genre. Ni le modèle norvégien, ni celui du Royaume-Uni, ou encore celui d’un autre partenaire de l’UE ne pourraient s’appliquer à la réalité canadienne, fait observer le professeur des politiques européennes. « Je pense que c’est ce que Mark Carney veut dire lorsqu’il parle d’une “alliance unique” : il s’agirait de quelque chose que le Canada et l’UE pourraient réellement concevoir sur mesure », explique M. Hurrelmann.
Une alliance vraiment nécessaire ?
Dès les premiers jours de son mandat, l’an dernier, le premier ministre a multiplié les appels au rapprochement avec l’Europe dans des secteurs stratégiques, comme l’énergie, les minéraux critiques, la cybersécurité et la défense.
« Je pense qu’aucune de ces pistes [de collaboration] n’exige l’octroi d’un nouveau statut officiel au Canada, affirme toutefois Achim Hurrelmann. Elles peuvent très bien se concrétiser dans le cadre existant de la relation Canada-UE. »
D’autant qu’une nouvelle alliance ne ferait pas disparaître les obstacles bien réels au commerce transatlantique. Pour les entreprises canadiennes, s’y tourner demeure plus complexe et coûteux que de commercer avec les États-Unis, notamment en raison de la distance, des barrières linguistiques et des différences réglementaires. Le Canada et l’Europe doivent aussi mener à terme l’Accord économique et commercial global (AECG), conclu il y a près d’une décennie. Celui-ci n’est toujours pas pleinement entré en vigueur, faute d’avoir été ratifié par tous les États membres de l’UE.
Mark Carney a d’ailleurs profité d’une entrevue accordée lundi au Financial Times pour inciter les 10 États membres qui n’ont pas encore ratifié l’AECG à le faire, affirmant qu’une alliance économique consolidée rendrait le Canada et l’Europe « plus résilients et plus indépendants » face aux pressions de la Maison-Blanche.
Après son séjour à Strasbourg et à Liverpool cette semaine, M. Carney rencontrera le président français, Emmanuel Macron, sur l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon ce dimanche.
Les Canadiens appuient l’idée
L’idée d’un rapprochement avec l’Europe fait largement consensus au Canada. Selon un sondage d’Abacus Data publié lundi, quatre Canadiens sur cinq y sont favorables. Près de la moitié se disent même ouverts à une éventuelle adhésion du Canada à l’UE.
Le chef de l’opposition officielle, Pierre Poilievre, ne partage pas cet enthousiasme. Ce dernier a vivement réagi à l’article du Wall Street Journal rapportant qu’Ottawa cherche à obtenir un statut de « membre associé » de l’UE. « Nous ne serons JAMAIS le 51e État américain. Et nous ne serons JAMAIS le 28e État de l’Union européenne », a écrit le chef conservateur sur ses réseaux sociaux dimanche.
Une adhésion du Canada à l’UE demeurerait de toute façon hautement improbable, puisqu’elle nécessiterait des changements politiques et institutionnels majeurs.
Autre signe que le gouvernement canadien et l’UE accélèrent leur rapprochement : le Parlement européen ouvrira prochainement un bureau satellite à Ottawa, devenant le dixième bureau du Parlement européen situé en dehors de l’UE.