« Je savais les risques que je prenais »… Robert Ménard assume son refus
20 Minutes avec AFP
Publié le 30/09/2026 à 21h54 • Mis à jour le 30/09/2026 à 22h03
Le maire de Béziers Robert Ménard a défendu, mercredi, devant le tribunal correctionnel de Montpellier, sa décision de ne pas célébrer en juillet 2023 le mariage entre une Française de sa commune et un ressortissant algérien en situation irrégulière sous obligation de quitter le territoire français (OQTF). Poursuivi pour ce refus, l’élu risque jusqu’à cinq ans de prison, 75.000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité. « Je savais les risques que je prenais », a-t-il déclaré devant la justice.
Le parquet de Montpellier a requis 7.500 euros d’amende contre l’élu. Le procureur Thierry Lescouarc’h a rappelé que « les maires ne peuvent refuser de célébrer un mariage », tout en réclamant une peine très inférieure au maximum prévu par la loi.
Ménard affirme qu’il reprendrait la même décision
Le procureur a insisté sur le cadre légal, rappelant que « le respect de la liberté du mariage est une composante de la liberté personnelle, protégée par la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 » et que le maire est chargé de « l’exécution des lois et règlements ». « En conséquence, les maires ne peuvent refuser de célébrer un mariage », a-t-il affirmé.
A la barre, le maire avait insisté sur ce qu’il considère comme une contradiction entre ses fonctions. « Je suis officier d’état civil et je sais que je dois marier des gens. Mais je suis aussi OPJ (officier de police judiciaire) et à ce titre, je m’occupe de la sécurité, de la tranquillité », a-t-il expliqué. Selon lui, « un maire ne doit pas être obligé de marier quelqu’un qui ne doit pas être sur le territoire ». Interrogé par le président du tribunal sur ce qu’il ferait si une situation similaire se présentait à nouveau, il a répondu « oui » à la question de savoir s’il prendrait la même décision.
Plusieurs responsables politiques cités à comparaître par le maire de Béziers sont venus soutenir sa position. Le sénateur Stéphane Demilly (UDI), auteur d’une proposition de loi visant à interdire le mariage aux personnes en situation irrégulière en France, a estimé que « la loi actuellement est obsolète, dépassée ». Bruno Retailleau (LR), ancien ministre de l’Intérieur et candidat à la présidentielle, a déclaré que « marier ce couple, c’était neutraliser une décision de l’Etat », ajoutant qu’à la place de Robert Ménard, « je ne l’aurais pas marié ». David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, a également défendu la décision de l’élu.
Une situation « ubuesque » pour Emmanuel Macron
La question avait déjà suscité des réactions au sommet de l’Etat. En 2025, Emmanuel Macron avait qualifié d'« ubuesque » la situation dans laquelle se trouvent les maires contraints de célébrer le mariage de personnes en situation irrégulière. Au Parlement, les députés ciottistes cherchent à faire aboutir la proposition de loi de Stéphane Demilly, tandis que la gauche s’y oppose jusqu’à présent.
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Eva M. a de son côté décrit devant le tribunal les conséquences du mariage annulé. Elle a évoqué un « traumatisme » et raconté qu’après l’annonce publique du refus du maire, « on s’est fait huer sur la place de la mairie, mes enfants aussi ». « Monsieur Ménard s’est mis tout seul dans cette situation », a-t-elle estimé, s’interrogeant : « Pourquoi a-t-il publié les bans ? Pourquoi a-t-il fixé une date de mariage ? ». Son avocate, Me Vanessa Edberg, a demandé à Robert Ménard si son choix avait été dicté « par conviction politique », ce qu’il a contesté : « Non madame, mes convictions politiques n’ont rien à voir là-dedans ».