Marcel, Marseille et moi
Dans cette nouvelle série d’été, la comédienne Ariane Ascaride retrace la vie et l'œuvre de Marcel Pagnol à travers le prisme de sa propre histoire marseillaise. Accompagnée du comédien Laurent Stocker, de la Comédie-Française, elle mêle sa voix à celle de l'écrivain pour raconter "son" Pagnol.
Pour Ariane Ascaride, comprendre Pagnol, c'est d'abord comprendre Marseille. Née dans la ville, elle se revendique héritière d'une culture et d'un langage bien particuliers : "Moi, je suis né à Marseille. C'est une ville qui me constitue, comme pratiquement chaque Marseillais qui se respecte et se revendique en tant que tel." Elle évoque un art de la parole forgé par le bruit de la mer et des embouteillages : "Parfois, comme disait ma mère, nous avons le verbe haut, ce qui veut dire qu'il nous arrive de parler fort et dans un langage imagé."
C'est cette langue-là, dit-elle, que Pagnol a su "faire résonner" bien au-delà de la Provence, jusqu'à l'universaliser. La comédienne rappelle à ce titre une formule attribuée à l'écrivain irlandais William Butler Yeats, souvent citée par les auteurs régionalistes : "in art if you would speak to all men, speak of one man to all men", que l'on peut résumer par l'idée que parler de son village permet de parler au monde entier.
Des répliques entrées dans le langage familial
Ariane Ascaride raconte comment les dialogues de la trilogie Marius, Fanny, César se sont infiltrés dans le quotidien de sa propre famille, sans qu'elle en ait toujours conscience enfant. Elle se souvient d'une expression de son père à propos d'un mari trompé : "On sait que c'est dans la marine française qui a le plus de cocus. 40." Ce n'est qu'en découvrant plus tard le film Marius, et sa fameuse scène de partie de cartes, qu'elle en a compris l'origine.
Pour la comédienne, cette capacité des mots de Pagnol à devenir langage commun est la marque des plus grands auteurs : "Ne dit-on pas pour certaines situations que c'est une Pagnolade, ou que certains personnages sont pagnolesques ? Est-ce devenir un nom commun ou un adjectif qualificatif ? C'est pour moi le sommet de l'art, le sommet de la réussite."
De La Gloire de mon père à Marius et Jeannette , des liens tissés dans le temps
La première rencontre d'Ariane Ascaride avec l'œuvre de Pagnol remonte à son cours préparatoire, avec un livre illustré d'extraits de La Gloire de mon père. Elle y a puisé un texte qu'elle affectionne particulièrement, sur le rapport de l'écrivain enfant à ses parents : "Ils étaient mon père et ma mère, de toute éternité."
Elle établit aussi, avec un mélange d'amusement et d'émotion, un parallèle inattendu avec sa propre carrière : le film Marius et Jeannette, réalisé avec Robert Guédiguian il y a plus de vingt ans, portait déjà en lui l'empreinte de Pagnol. Une manière, dit-elle, de rendre hommage "inconsciemment" à cet homme qui a "donné à voir la Provence au monde entier".
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France Inter
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