Manifestations du 17 octobre à Toulouse : "On a vécu l'enfer", des policiers débordés et en colère après les violences
l'essentiel Au lendemain d’une manifestation marquée par des heures d’affrontements, de pillages et de poursuites dans le centre de Toulouse, la colère monte dans les rangs policiers. Plusieurs fonctionnaires dénoncent un dispositif sous-dimensionné face à des violences d’une intensité qu’ils disent n’avoir jamais connue.
Les mortiers éclatent au milieu des fumées de gaz lacrymogène. Des pierres, des bouteilles et des morceaux de mobilier urbain sont lancés en direction des forces de l’ordre. À peine un groupe dispersé, un autre se reforme quelques rues plus loin. Les policiers chargent, se replient, repartent en courant. Dans le centre de Toulouse, la manifestation du 17 octobre a fini par se fragmenter en une multitude d’affrontements, de poursuites et de face-à-face qui se sont prolongés durant des heures, jusqu'à ce que la nuit devienne noire.
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Des vitrines sont brisées, des commerces pillés, des poubelles incendiées. Les groupes les plus mobiles empruntent les rues adjacentes, contournent les barrages, réapparaissent ailleurs. "D’habitude, ça pète à un endroit. Là, c’était partout en même temps", raconte un policier présent sur le terrain. "On était débordés. Ils ont tout pillé, c’était ingérable."
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Au lendemain de cette journée chaotique, une colère sourde traverse désormais les rangs policiers. Plusieurs fonctionnaires engagés dans le dispositif estiment avoir été envoyés face à une situation d’une ampleur sous-évaluée, avec des effectifs insuffisants. "Hier, on a vécu l’enfer, en sous-effectif total. On nous a envoyés au front en chair à canon", lâche l’un d’eux. "Il y a une colère générale chez nous. Énormément de blessés, sans gravité heureusement. Mais quel dégoût d’avoir été jetés dans ce chaos. J’en veux à notre direction."
Des milliers de grenades
Un autre fonctionnaire, qui dit avoir vingt ans de police derrière lui et de nombreuses manifestations à son actif, assure n’avoir "jamais vu ça". Selon lui, la difficulté n’a pas seulement tenu à la violence des projectiles, mais à leur multiplication sur plusieurs points à la fois, dans un cortège qui comptait jusqu’à 32 000 personnes au plus fort de la mobilisation. Le bilan établi après la manifestation donne la mesure de l’intensité des heurts. Près d'une centaine de policiers ont été blessés. Les moyens de dispersion ont été employés à très grande échelle : près de 500 grenades à main et plus de 1 500 grenades tirées au lanceur.
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Selon un fonctionnaire le dispositif lors de la mobilisation n'était pas à la hauteur. "Pour les lycéens, on sort l’artillerie lourde, beaucoup de collègues. Et là ? Pas assez", déplore-t-il. Des rappels sur la base du volontariat ont été effectués. "Beaucoup ont répondu présent, et heureusement", glisse-t-il.
Au total, 107 personnes ont été interpellées, dont 24 mineurs. 102 ont été placées en garde à vue, cinq laissées libres ou reconvoquées. 24 véhicules ou équipements administratifs ont par ailleurs été dégradés. Dans les heures qui ont suivi, les syndicats policiers ont relayé cette colère. Alliance Police nationale 31 dénonce des "scènes d’émeutes et de pillages" et estime que "la violence a franchi un nouveau cap". UN1TE 31 insiste, lui, sur l’épuisement des fonctionnaires, certains enchaînant selon le syndicat des journées de plus de douze heures depuis plus de deux semaines : "Malgré l’épuisement et les risques, ils restent professionnels et assurent leur mission."
Alors que de nouvelles mobilisations sont annoncées, les policiers redoutent désormais de repartir sur le terrain avec le sentiment d'être trop vite débordés.