Manifestation du 24 octobre : armée, GIGN, blindés… Que sait-on du dispositif de sécurité ?
Des CRS déployés dans une rue de Paris, le 17 octobre 2026. DAVOOD MAEILI/MIDDLE EAST IMAGES VIA AFP
Des soldats de Sentinelle, des unités d’élite, des hélicoptères et des blindés. Après l’échec sécuritaire du 17 octobre, le gouvernement promet davantage de moyens et de mobilité pour la nouvelle journée de mobilisation sociale, le 24 octobre. Fragilisé par ce fiasco, avec des forces de l’ordre débordées dans plusieurs villes de France, Laurent Nuñez – dont la démission a été refusée lundi par Emmanuel Macron – détaillera le dispositif jeudi 22 octobre.
Le ministre de l’Intérieur en a annoncé les grandes lignes mardi, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, après que le Premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu une organisation « trop statique et pas assez mobile » lors du week-end précédent. De la protection des sites aux interventions sur le terrain, quelles seront les missions des différentes forces mobilisées ?
• L’armée en renfort pour décharger policiers et gendarmes
Des soldats de l’armée en renfort, mais pour quelles tâches ? Les militaires de Sentinelle seront « déployés en substitution des forces de sécurité intérieure » et « principalement affectés à des missions de sécurisation statique », a indiqué la Place-Beauvau. Autrement dit, ils prendront le relais sur la protection de certains sites afin de « dégager des policiers et des gendarmes pour les missions de maintien de l’ordre ». Leur nombre et les lieux concernés restent à préciser.
Lancée après les attentats de janvier 2015, l’opération Sentinelle participe déjà à la protection du territoire et assure notamment celle de gares, de lieux de culte ou de sites touristiques face à la menace terroriste. Ses soldats n’ont pas vocation à encadrer les cortèges ou à disperser les manifestants, missions qui relèvent des policiers et des gendarmes.
Le dispositif annoncé rappelle celui adopté pendant le mouvement des « gilets jaunes ». Le 23 mars 2019, pour « l’acte XIX », après de lourds dégâts survenus le samedi précédent sur l’avenue des Champs-Elysées, Sentinelle avait été mobilisée de manière renforcée pour sécuriser des bâtiments officiels et d’autres points fixes. Le ministère de l’Intérieur soulignait alors que les militaires n’avaient pas vocation à effectuer des missions de maintien de l’ordre. L’objectif était déjà de libérer des effectifs policiers.
• Le GIGN, le Raid et la BRI pour intervenir
Le gouvernement a annoncé qu’il mobilisera également « le GIGN [groupe d’intervention de la gendarmerie nationale], la BRI [brigade de recherche et d’intervention] et le Raid ». Des unités spécialisées qui appartiennent aux forces de sécurité intérieure : le GIGN est composé de gendarmes, de statut militaire, tandis que le Raid et la BRI relèvent de la police.
Prises d’otages, attaques terroristes, interpellations dangereuses. Leurs missions habituelles diffèrent de celles des Compagnies républicaines de Sécurité (CRS) et des gendarmes mobiles, spécialement formés au maintien de l’ordre. Dans un contexte de violences urbaines, ces unités peuvent être mobilisées pour procéder à des interpellations dans des situations particulièrement risquées. Samedi, la doctrine du maintien de l’ordre sera « plus axée sur la réactivité et la mobilité pour aller chercher les groupes épars très mobiles et éclater le dispositif », explique le ministère de l’Intérieur à l’AFP.
Le GIGN, le Raid et les BRI avaient déjà été engagés lors des émeutes de juin et juillet 2023, après la mort de Nahel Merzouk, tué par un policier à Nanterre. Dès le 29 juin, environ 130 gendarmes du GIGN central et de ses antennes avaient été déployés pour interpeller des émeutiers grâce à leur « rapidité de déplacement », rapportait « l’Essor », média spécialisé dans l’actualité de la gendarmerie.
Le recours à ces unités lors des émeutes de 2023 avait toutefois présenté des lacunes. Dans un rapport du 9 avril 2024, le Sénat soulignait que ces forces spécialisées avaient été engagées dans des missions inhabituelles, « sans véritable doctrine d’emploi préalablement établie ». Tout en saluant quand même les « effets extrêmement positifs de leur déploiement ». Le rapport recommandait de mieux les former aux violences urbaines et aux opérations menées avec les autres forces.
• Des blindés et des hélicoptères en appui
Hélicoptères, blindés Centaure de la gendarmerie et engins lanceurs d’eau compléteront le dispositif. Ces moyens étaient déjà mobilisés le 17, avait souligné Laurent Nuñez mardi 20 octobre, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, tout en estimant qu’« il faut aller au-delà ».
L’objectif est toujours de pouvoir intervenir plus rapidement face aux violences dispersées. Selon le ministère de l’Intérieur, les services de renseignement estiment que « des mouvements de casseurs extrêmement mobiles, y compris d’ultragauche, sont possibles samedi ».
Ce renforcement pourra s’accompagner d’interdictions visant les « manifestations non déclarées et porteuses de troubles », mais aussi celles déclarées « lorsque l’organisateur ou le service d’ordre ne permet pas d’avoir l’assurance que la manifestation ne dérapera pas », précise Beauvau à l’AFP. Les préfets pourront également décréter des couvre-feux partiels, comme dans plusieurs villes depuis lundi 19 octobre. Un dispositif que doit encore détailler Laurent Nuñez jeudi.
Par Timothée Maubon