Lorsque l'industrie transforme le lait en... eau

La filière laitière est "une force pour notre région", a tenu à rappeler la ministre wallonne de l'Agriculture, Anne-Catherine Dalcq, présente mercredi matin sur le site de l'entreprise Solarec à Recogne (Libramont), choisie pour illustrer l'engagement du secteur à s'engager pleinement dans la durabilité. "Sur les dix dernières années, les émissions de CO2 et la consommation d'énergie et d'eau ont baissé de près de 30 %."

Alors, pourquoi cette visite chez Solarec ? "Cette entreprise est le lieu le plus approprié pour parler de la durabilité du secteur laitier", a d'ailleurs justifié Philippe Mattart, directeur général de l'Apaq-W, l'Agence wallonne pour la promotion d'une agriculture de qualité.

Et pourtant, le nom Solarec ne vous dit probablement pas grand-chose alors que l'usine transforme 1,6 milliard de litres de lait par an.

"Nous sommes dans une situation où le prix du lait va rester élevé"

C'est logique en soi : sa production de 50 000 tonnes de beurre, 100 000 tonnes de poudre de lait et 25 000 tonnes de mozzarella, produite à Baudour (Hainaut) est essentiellement vendue à des industriels et des professionnels, dont des exportations vers 80 pays.

Le "Véritable lait d'Ardenne"

C'est aussi quelque 170 millions de litres de lait, dont l'un de ses produits phares est par contre très connu, le "Véritable lait d'Ardenne", avec du lait bien entendu récolté dans les Ardennes.

C'est surtout le fournisseur de lait de la marque distributeur d'enseignes de la grande distribution, dont Aldi, Colruyt ou encore Intermarché, comme l'a montré la visite de l'usine. Quelque 6 à 8 millions de litres de lait peuvent être stockés.

"Notre bassin laitier s'étale sur l'ensemble du pays", précise Geoffrey Paulus, Directeur général de Solarec. Le lait est collecté auprès de quelque 1 900 éleveurs belges par la coopérative Laiterie des Ardennes, dont Solarec est la filiale. C'est un peu plus de la moitié de lait collecté en Wallonie (55 %) et un peu moins de la moitié au nord du pays, avec aussi quelques légers approvisionnements venant des pays voisins, notamment de France pour la production du lait Fermes de France.

L'un des premiers axes en faveur de la durabilité est un incitant sonnant et trébuchant en faveur des exploitants. "Il y a tout d'abord un prix stable pour le litre de lait auquel peut s'ajouter une prime pour la quantité, la qualité et la durabilité", explique Benoît Hoscheit, directeur général de la Laiterie des Ardennes.

Prime de durabilité

La prime peut atteindre 80 cent par 100 litres en fonction de plus de 200 critères à respecter. La principale catégorie (35 % des critères) est la santé et le bien-être animal, comme le confort des étables. Le recyclage des eaux usées, dans une autre catégorie, est également pris en compte.

Chez Solarec, l'autonomie en eau est de quelque 94 % à Recogne et de 79 % sur le site de Baudour.

Pour arriver à cette large autonomie, la valorisation des eaux récupérables est bien entendu mise en œuvre à grande échelle.

Une autre approche surprendra sans doute plus d'un consommateur. Quand le lait est transformé en poudre, il devient une source d'eau alternative. "Il y a 87 % d'eau dans le lait. C'est une ressource souvent méconnue", souligne Patrick Georges, Directeur industriel. Cette eau est récupérée et traitée et remise dans le circuit.

"Le monde agricole est dans une période de grand stress"

Cette valorisation a permis à Solarec de diminuer drastiquement sa consommation d'eau de ville. À Recogne, l'eau de ville représente en moyenne 5 % de la consommation. Le solde vient d'un puits. À Baudour, l'eau de pluie et l'eau extraite lors de la transformation du lait représentent les 79 % de l'autonomie.

Solarec consomme chaque jour 4 000 m3 d'eau mais aussi 1 million de kWh d'énergie. "100 % de l'énergie est produite sur place à Recogne et 50 % à Baudour", poursuit Patrick Georges.

Cela génère d'importantes émissions de CO2, de l'ordre de 86170 tonnes par an. À Baudour, les 1 500 panneaux photovoltaïques couvrent 1,6 % des besoins énergétiques. "Cela permet d'économiser 120 tonnes de CO2. Au total, tous nos efforts permettent de faire baisser nos émissions de 7630 tonnes de CO2 par an. On s'améliore, mais le défi reste majeur", relève Hugues Hanosset, Ingénieur projet.

Chaque détail compte. Solarec construit un nouveau frigo géant où il pourra stocker des milliers de tonnes de beurre, contre une capacité actuelle de 400 tonnes. Cela permettra d'éviter les longs trajets vers différents sites de frigoristes. De quoi, là encore, diminuer les émissions de CO2.

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