Leuze : pourquoi ces anges font-ils un doigt d'honneur, face à l'ancien site du Manoir ?

Ne vous fiez pas à leur tête d'ange si vous les apercevez sur le devant de la magnifique propriété située juste en face de l'enseigne Aldi, rue du Bois Blanc. Sur les dépendances de cette maison de maître se dressent quatre statuettes en zinc qui semblent dresser leur index vers le ciel. Sauf qu'à y regarder de plus près, ces chérubins nous "gratifient" de… doigts d'honneur depuis des décennies. En voilà des manières !

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Les anges provocateurs sont visibles sur les pavillons de la propriété. ©EdA

Peu de Leuzois, même parmi les férus d'histoire locale, soupçonnent la signification de ce geste provocateur. Et vers qui est-il adressé ? Pour en percer le mystère, il faut se plonger dans le riche passé de l'ancien site du Manoir, qui a connu plusieurs vies.

Du Manoir à Aldi, un domaine aux multiples vies

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L'hôtel-restaurant du Manoir. ©Frédéric Delforge

L'histoire commence en 1878 quand Jules Dugniolle fit bâtir un petit château dont il confia l'occupation à sa petite-fille, laquelle avait épousé à un certain René Dumanoir. Un superbe domaine de villégiature niché au cœur d'un écrin de verdure où il faisait bon s'y promener.

Le Manoir se mua progressivement en un lieu propice à la flânerie et aux rencontres. C'est ainsi qu'en 1926, la propriété fut transformée en hostellerie. L'endroit était devenu "the place to be" en accueillant une foule d'animations. Quand certains venaient taper la petite balle jaune sur les courts de tennis, d'autres sirotaient un verre à la brasserie-restaurant ou profitaient simplement de jeux divers et du cadre, rythmé par des musiques orchestrales tous les dimanches.

Des murs trop hauts… et des majeurs en guise de réponse

Un véritable éden pour les visiteurs mais plus vraiment pour le voisin d'en face, qui n'apprécia guère une décision de Monsieur Dugniolle. Ce dernier fit ériger tout autour du parc du Manoir des murs de plus de deux mètres de haut afin d'offrir au site un peu d'intimité et de mieux contrôler l'accès aux terrains de tennis.

Il se raconte alors que le sang du propriétaire de la villa Delhaye, implantée de l'autre côté de la rue du Bois Blanc, ne fit qu'un tour. Et pour exprimer son mécontentement, il eut l'idée originale d'installer (en guise de provocation ?) ces petits anges exhibant fièrement leur majeur tourné vers le ciel.

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©EDA

Aujourd'hui encore, ces œuvres continuent de veiller sur la rue du Bois Blanc, telles des témoins silencieux d'une vieille rivalité dont elles semblent avoir immortalisé le souvenir avec un humour aussi piquant qu'inattendu.

S'il ne subsiste qu'une infime partie de ces murs de la "discorde", les statuettes de la maison de maître, appartenant désormais à un médecin, ont traversé les époques. Tout le contraire du domaine du Manoir, acquis par la Commune de Leuze en 1953 et reconverti dix ans plus tard en clinique-maternité. Des milliers de patients ont été soignés entre ces murs qui ont aussi vu de nombreux bébés pousser leur premier cri. Puis, ce fut au tour des personnes âgées d'y séjourner lorsqu'au début des années 2000, le vaste complexe intégré dans le giron du CPAS fut reconverti en home.

Les jours du Manoir sont comptés

En 2018, une nouvelle page se tourna avec la démolition complète des bâtiments, laissant place à un immeuble à appartements et aux nouvelles infrastructures commerciales d'Aldi. Une effervescence bien différente depuis lors, marqué par le ballet des voitures sur le parking et le bruit des caddies.

Ces informations précieuses, nous avons pu les récolter au gré de nos recherches, de nos multiples contacts et surtout du remarquable travail de documentation du Centre culturel, en étroite collaboration avec le comité de quartier Cœur de Loup, des passionnés d'histoire, et le CHAL (Cercle d'histoire et d'archéologie de Leuze).

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