Chronique des matières premières - Les prix élevés du gaz soutenus par les difficultés d'approvisionnement en Europe

Les prix du gaz continuent de grimper et sont désormais à leur niveau le plus élevé depuis le début de la crise du détroit d'Ormuz, axe stratégique par lequel transitait 20% des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL) avant le début du conflit au Moyen-Orient. Les prix de référence en Europe – le TTF néerlandais – sont deux fois plus élevés que l'année dernière.

Les prix du gaz ont connu une augmentation de 35% depuis début août et se situent à plus de 70 €/MWh, comme le pointe l'analyste Gaz de l'Agence internationale de l'Énergie Greg Molnar. Il y a, comme souvent, plusieurs raisons à cette hausse. La première est la tension autour du détroit d'Ormuz, zone encore plus stratégique pour le gaz que pour le pétrole. L'offre mondiale de GNL a chuté de plus de 6% sur un an en raison du blocage des flux de gaz naturel liquéfié du Qatar et des Émirats arabes unis.

Preuve de ces difficultés, Qatar Energy a informé, selon Reuters, plusieurs de ses acheteurs en Asie et en Italie qu'il prolongeait la force majeure plusieurs semaines, ce qui veut dire qu'indépendamment de sa volonté, l'entreprise ne pourra pas honorer ses contrats en temps et en heure. Résultat : les flux de gaz du Moyen-Orient vers l'Europe sont à leur plus bas depuis 2019, pointe le cabinet de conseil en énergie Omnegy.

Stockage européen à la peine

Ces prix européens qui grimpent reflètent aussi le manque de stock en Europe. Les stocks physiques sont remplis à un peu plus de 65% au niveau européen ; c'est moins que l'année dernière à la même époque et moins que la moyenne de ces cinq dernières années.

L'association allemande des entreprises de transport de gaz (FNB Gas) a d'ailleurs estimé courant août que l'objectif légal d'avoir des stocks remplis à plus de 70% au 1er novembre 2026 était pratiquement impossible à atteindre. L'Allemagne n'est aujourd'hui qu'à 53% de stockage. 

Les stocks ont aussi pâti de la canicule. La chaleur et la sècheresse ont entraîné des arrêts de la production nucléaire et hydroélectrique, ce qui a profité à l'électricité produite au gaz : en juillet et août, les européens ont consommé 15% de gaz en plus que les années précédentes. Pour compliquer la situation, les Européens doivent aussi faire face à une baisse de la production de Norvège : un des principaux champs du pays tournera au ralenti jusqu'en février 2027, pour des raisons techniques.

Concurrence grandissante à l'approche de l'hiver

Cette hausse actuelle des prix européens est appelée à continuer, à l'approche de la période de chauffage. Une bonne nouvelle pour les Européens cependant : l'écart de prix entre l'Europe (TTF) et l'Asie (JKM) s'est resserré. Cela devient moins avantageux pour un trader de vendre aux acheteurs asiatiques. Au mois d'août, six cargaisons de GNL ont été redirigées vers l'Europe, selon le cabinet Omnegy.

Plus on approche de l'hiver, plus la demande devrait cependant augmenter. Les experts en énergie s'accordent à dire que la concurrence pour les cargaisons de GNL qui n'ont pas été pré-vendues et qui sont encore disponibles sur le marché devrait s'intensifier dans les prochaines semaines.

Hassan Yatim, analyste prix pour Capitole Énergie-Groupe EPSA, résume : « L'Europe entre dans l'automne avec trois vulnérabilités qui se cumulent : un retard de remplissage important, une prime de risque géopolitique déjà intégrée dans les prix et une dépendance au GNL qui pourrait être remise sous pression par le retour des acheteurs asiatiques. »