Reportage France - Les passionnés de l’espace: collectionneur, gardien de la mémoire spatiale [5/5]

Pour le dernier épisode de notre série de reportages sur les passionnés de l’espace, rencontre avec Victor Martin-Malburet, collectionneur amoureux de la conquête spatiale. Depuis l’âge de 15 ans, il chine aux quatre coins du monde des photos retraçant les expéditions lunaires de la Nasa.

Une boîte anti-acidité, du film plastique et une manipulation délicate. Victor Martin-Malburet protège ses photos comme on protège un trésor. Les mille cinq cents pépites de son impressionnante collection reposent à l’abri de la lumière dans une cinquantaine de coffrets empilés sur l’étagère de son salon. « Apollo 9 », « Apollo 10 », « Apollo 11 »… Ils sont tous soigneusement classés et retracent onze années de conquête de la Lune par la Nasa, de 1961 à 1972.

Victor Martin-Malburet saisit le coffret « Apollo 11 », celui du premier pas de l’Homme sur la Lune, le 21 juillet 1969. Le passionné s’arrête sur la photo avec laquelle il a commencé sa collection. « Sur cette image, on voit Buzz Aldrin en combinaison spatiale sur le sol lunaire. Dans le reflet de sa visière, on aperçoit Neil Armstrong qui prend la photo, décrit-il. C’est un peu la Joconde lunaire. »

De Mercury à Apollo, en passant par Gemini, toutes les missions spatiales habitées de la Nasa sont documentées. « On ne se rend pas compte que ces expéditions étaient aussi des expéditions photographiques, explique le passionné. À cette époque, chaque minute est une première et chaque mission est l’occasion d’une nouvelle vision extraordinaire que l’Homme n’avait encore jamais vue et que les astronautes immortalisent. »

Ces tirages sont réalisés par la Nasa quelques jours après le retour des astronautes sur Terre. Leur valeur tient donc à leur authenticité, à la texture du papier et à la qualité des couleurs captées par les appareils Kodak, « qui enregistrent la lumière comme ne le fait pas le numérique », appuie Victor Martin-Malburet. Chaque cliché possède un numéro d’identification ainsi qu’un tampon original de la Nasa, accentuant encore un peu plus la valeur de ces tirages.

Un tirage original de la Nasa représentant Buzz Aldrin en combinaison spatiale, photographié par Neil 
Armstrong, dont le reflet est visible dans la visière de l’astronaute.

Un tirage original de la Nasa représentant Buzz Aldrin en combinaison spatiale, photographié par Neil Armstrong, dont le reflet est visible dans la visière de l’astronaute. © Baptiste Coulon / RFI

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Les astronautes sont des artistes

Le collectionneur a débuté cette fastidieuse entreprise à l’âge de 15 ans. Il a parfois mis jusqu’à dix ans pour trouver certains originaux. « Je suis allé en récupérer dans les archives d’astronautes, d’ex-employés de la Nasa ou de scientifiques qui travaillaient sur ces programmes lunaires », témoigne-t-il.

Si cette quête a été aussi longue, c’est en partie parce que l’agence spatiale américaine a tout simplement… jeté certains tirages, n’ayant pas conscience, à l’époque, de leur valeur. « La photographie était surtout utilisée à des fins scientifiques. On ne se rendait pas compte de sa valeur artistique », raconte Victor Martin-Malburet. À ses yeux, les astronautes sont des artistes : « Ils ont ce statut de découvreurs. Ils ont rapporté à l’humanité un nouveau vocabulaire visuel qui dépasse la science et qui devient de l’art. »

Cette collection de photos unique n’a pas vocation à rester dans le salon de Victor Martin-Malburet. Le collectionneur est en contact avec des musées pour exposer cette aventure visuelle au grand public. L’idée va de soi, dit-il, au moment où l’humanité se prépare à poser à nouveau le pied sur la Lune.

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