Les marchands de colère

Ils étaient venus dire leur colère, ils repartent avec l'image de casseurs. Des vitrines brisées plutôt que des revendications entendues. Les étudiants qui ont manifesté ces derniers jours en Fédération Wallonie-Bruxelles avaient pourtant des griefs : économies dans l'enseignement, professeurs surmenés et absents, réformes contestées, minerval en hausse, abonnements de bus plus chers. Derrière, un malaise plus large, que l'on devine sur les réseaux : l'intelligence artificielle qui menace leurs études et futurs emplois, le réchauffement climatique, un monde géopolitique anxiogène.

Ce fourre-tout de revendications, une partie du monde politique et syndical tente de l'instrumentaliser pour radicaliser le mouvement. C'est une trahison envers des demandes largement légitimes. Les casseurs, eux, ont commis un hold-up : ils ont volé aux manifestants leur moment de contestation et capté l'attention, sans être davantage réprimés. La réponse des autorités a manqué de fermeté, laissant nombre d'entrepreneurs et de commerçants voir leurs biens partir en fumée.

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La vraie question est de savoir comment répondre à ce mal-être, et elle se pose à deux niveaux. Le premier est immédiat. Des choix budgétaires ont été posés dans l'enseignement ; ils n'ont pas été compris. Il faut les expliquer, et renouer un dialogue quasi inexistant depuis des années. Cela suppose de recevoir, d'écouter, puis de répondre point par point. Traiter ces étudiants en interlocuteurs plutôt qu'en problème d'ordre public : le désordre est réel, mais il concerne d'autres personnes, dont on espère qu'ils seront mis hors d'état de nuire.

Le second niveau est plus lointain. L'anxiété diffuse née du climat, de la guerre, de l'inflation ou de l'IA, aucun ministre de la Fédération ne peut la lever. Chacun peut en revanche s'attaquer à ce qui l'aggrave : le sentiment d'impuissance, qui nourrit le fatalisme, et le fatalisme la défiance envers toutes les institutions. Il n'y a pas de secret : décider, puis expliquer et décortiquer les décisions avec pédagogie.

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Cette jeunesse n'a pas besoin qu'on la rassure sur l'état du monde. Elle a besoin qu'on lui redonne prise sur ce qui la concerne directement. Ignorer cette attente, c'est laisser le champ libre aux marchands de colère. C'est une affaire de volonté – et pas d'instrumentalisation – politique. Les pouvoirs publics comme les parents notamment, ont cette capacité.

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