Les lunettes connectées, gadget ou révolution technologique ?
Emmanuel Duteil, directeur de la rédaction de Challenges, apporte son éclairage sur une actualité économique.
Meta (maison mère de Facebook) vient de présenter cette semaine ses nouvelles lunettes connectées. Et on peut de demander si elles ne sont pas tout bonnement un gadget.
Cette semaine, Mark Zuckerberg a présenté ses nouvelles Ray-Ban Meta. Un modèle sans caméra, équipé de son intelligence artificielle Muse, douze heures d'autonomie, vendu 349 euros. Meta veut clairement en faire le prochain grand objet technologique du quotidien.
Et pourtant, si on regarde les chiffres. L'an dernier, il s'est vendu dans le monde 8,7 millions de lunettes équipées d'intelligence artificielle. 8,7 millions ! Autrement quand une paire de lunettes IA est vendue, il se vend dans le même temps plus de 100 smartphones.
Le marché progresse quand même très vite ?
Énormément. Les ventes ont plus que quadruplé en 2025. Et Meta écrase le marché : plus de 80 % des lunettes IA vendues au premier semestre viennent de chez lui.
Mais il faut se méfier des pourcentages spectaculaires quand on part de presque rien.
C'est d'ailleurs toute l'histoire de la tech : pour devenir un produit de masse, une innovation doit répondre à une question extrêmement simple : à quoi ça sert vraiment ? Le smartphone nous permettait d'avoir Internet dans la poche. La montre connectée a trouvé la santé, le sport, les notifications. Et les lunettes ? Filmer, prendre des photos, écouter de la musique, traduire une conversation, interroger une intelligence artificielle... C'est pratique. Mais est-ce indispensable ?
Et Meta semble justement chercher encore la réponse ?
Oui. Le nouveau modèle est passionnant pour cela.
Meta retire la caméra, notamment après les polémiques sur les personnes filmées à leur insu. En France, la CNIL s'interroge sur le consentement et certaines entreprises ou restaurants commencent à les interdire.
Alors finalement, que reste-t-il ? Des lunettes qui permettent essentiellement d'écouter de la musique, de téléphoner et de parler à une intelligence artificielle. Une sorte d'écouteurs… posés sur le nez.
Alors, gadget ou future révolution ?
C'est justement impossible à trancher aujourd'hui. Parce que les lunettes ont un immense avantage : près de deux milliards de personnes en portent déjà. Meta n'a donc pas besoin de nous convaincre de mettre un nouvel objet sur notre corps. Mais il lui reste à nous convaincre de payer plusieurs centaines d'euros pour le connecter. Et c'est peut-être ça, le vrai défi de ces lunettes : trouver leur application évidente, celle qui nous fera nous demander dans quelques années comment nous faisions avant. Le smartphone l'a trouvée très vite.
Pour les lunettes connectées on la cherche encore.