Les Houthis du Yémen s’emparent du détroit de Bab el-Mandeb

Les Houthis pro-iraniens ont pris le contrôle vendredi de la côte yéménite sur la mer Rouge et des îles du détroit de Bab el-Mandeb, au terme d'une offensive éclair qui consolide leur emprise sur ce passage stratégique reliant l'Europe à l'Asie.

Dans un développement salué par Téhéran, ces combattants, qui contrôlaient jusque-là une grande partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa et Hodeida (ouest), ont avancé vers le sud en quelques jours à peine.

Tout ce qui était sous notre contrôle sur la côte occidentale est tombé, a indiqué à l'AFP un responsable militaire du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale et soutenu par Riyad.

L'Arabie saoudite voisine, premier exportateur mondial de brut, se retrouve prise en étau, alors que le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, est verrouillé par l'Iran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

Et le royaume a dû fermer temporairement son oléoduc est-ouest, utilisé pour contourner Ormuz, après avoir été visé par des drones en provenance d'Irak, selon Riyad, qui avait déjà accusé cet été des groupes armés liés à l'Iran d'avoir voulu frapper son territoire.

Les autorités irakiennes ont ensuite confirmé que l'attaque avait bien été lancée depuis leur territoire, dans la province de Missan (sud) à la frontière de l'Iran.

Signe de la fébrilité des marchés, après six mois d'une guerre régionale qui ébranle l'économie mondiale, les cours du pétrole ont franchi le seuil symbolique des 100 dollars, le baril de Brent, référence internationale, évoluant vendredi autour de 104 dollars.

Toutefois, les Houthis ont cherché à rassurer la communauté internationale.

La navigation est sûre pour toutes les compagnies à l'exception des navires saoudiens, qui ont déjà été interdits d'accès.

Victoire éclatante

Les pétroliers et navires commerciaux empruntent le détroit de Bab el-Mandeb pour rallier la mer Rouge, puis le canal de Suez et la Méditerranée, et en sens inverse vers l'océan Indien.

En cas de blocage, la seule option, beaucoup plus longue et coûteuse, est de contourner l'Afrique par le sud et le cap de Bonne-Espérance.

Les Houthis, qui avaient entamé leur offensive la semaine dernière, se sont emparés jeudi du port de Mokha et de l'île de Zugar, avant la conquête décisive de celle de Mayyoun (connue aussi sous le nom de Périm), située au cœur du détroit, et enfin des deux dernières îles du couloir maritime, la Grande et la Petite Hanish, d'après des sources gouvernementales.

Cette image extraite d'une vidéo de l'AFPTV datée du 9 septembre 2026 montre des panaches de fumée s'élevant lors d'affrontements entre les forces gouvernementales yéménites soutenues par l'Arabie saoudite et les combattants houthis dans la région d'Al-Kadha, à l'ouest de la province de Taïz, le 8 septembre 2026.

Des affrontements ont opposé les forces gouvernementales yéménites soutenues par l'Arabie saoudite et les combattants houthis dans la région d'Al-Kadha, à l'ouest de la province de Taïz.

Photo : Getty Images / -

Pour tenter de stopper leur avancée, l'Arabie saoudite a mené des frappes sur l'aéroport de Mokha, selon la chaîne de télévision Almasira, affiliée aux Houthis.

Les forces armées gouvernementales ont aussi annoncé des raids, appelant les civils à éviter certaines routes.

Alors que les chefs de la diplomatie iranienne et saoudienne se sont entretenus jeudi de la situation dans la région, un conseiller du guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a qualifié vendredi de victoire éclatante la dernière percée des Houthis.

Abdulhamid Dhaifallah, un habitant de Sanaa, a lui aussi salué des succès majeurs, qui ont permis de libérer les îles de la mer Rouge en l'espace de 72 heures. Ils se préparaient à ce front depuis quatre ans.

Précipice

Après des années d'accalmie, le Yémen a replongé dans la guerre en juillet, entraîné dans le conflit régional déclenché fin février par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran.

Les Houthis avaient annoncé dans la foulée un blocus maritime de l'Arabie saoudite, visant des navires pétroliers.

Depuis la semaine dernière, les affrontements au Yémen ont fait des centaines de morts dans les deux camps, principalement des combattants, et jeté sur les routes près de 46 000 personnes, selon l'Organisation internationale pour les migrations.

Une boule de feu visible après une explosion.

Cette image montre une explosion qui serait survenue à la frontière entre l'Arabie saoudite et le Yémen.

Photo : Reuters / Centre des médias des Houthis

Je pense que les Saoudiens ont tout essayé pour éviter cette guerre, mais je ne pense pas qu'ils aient encore le choix à ce stade.

Selon le média américain Axios, citant des responsables américains, le président américain Donald Trump aurait refusé d'ordonner des frappes contre les Houthis au Yémen, à la suite d'une demande de Riyad.

La situation au Yémen a fait l'objet d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, jeudi. L'envoyé spécial de l'ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a réclamé un engagement actif de cette instance pour s'éloigner de ce qui pourrait être le précipice vers un conflit bien plus dangereux.

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