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  • 2026-07-31 05:43:00 +0000 UTC

    Jul 31, 2026

    Les doutes sur la crédibilité de la banque centrale américaine effraient les marchés

    Ce matin, Guillaume Benoît, rédacteur en chef adjoint du service Marchés des Échos, revient sur le choix mercredi soir de la banque centrale américaine de ne pas monter ses taux d’intérêt, ce qui a créé un malaise sur les marchés. Mais que s’est-il passé ?

    Publié le vendredi 31 juillet 2026 à 07:43

    La réaction a été épidermique. Le rendement que doivent payer les États-Unis quand ils se financent à 30 ans a bondi à 4,23%, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis 2007. Sur les marchés, c’est une sanction. Alors pourquoi ? Eh bien parce que l’une des principales missions de la Réserve fédérale, comme les autres banques centrales dans le monde, c’est de juguler l’inflation. Celle-ci ne doit pas dépasser 2%. Et pour atteindre cet objectif, elle dispose d’un outil puissant, les taux directeurs. Ils portent ce nom car ils donnent le « la » au coût du crédit dans toute l’Amérique.

    Schématiquement, si la FED- le petit nom de la banque centrale - veut éviter une surchauffe de l’économie qui fait flamber les prix, elle monte ses taux. Emprunter devient plus cher. Donc les ménages consomment moins, les entreprises baissent leurs investissements et l’inflation retombe. Le problème est que ça fait cinq ans que l’inflation est au-dessus de la cible de la Fed. Et que son gouverneur Kevin Warsh a tenu un discours de rigueur, promettant de faire tout ce qu’il faudrait pour contenir la hausse des prix. Sauf que, depuis sa nomination en février, il y a déjà eu deux réunions de politique monétaire. Et à chaque fois elles n’ont pas débouché sur une hausse des taux directeurs. Ce qui fait un peu désordre.

    Ne pas joindre le geste à la parole et ses conséquences

    Il commence à y avoir des doutes sur sa crédibilité. Or cette crédibilité est un des trésors les plus précieux pour une banque centrale. Car si les marchés ne croient plus que la Fed peut réussir à contenir l’inflation, alors ils vont commencer à paniquer. Et demander une rémunération de plus en plus élevée pour prêter à l’État car l’inflation fait baisser la valeur de la monnaie qui servira pour le remboursement. Mais il y a plus préoccupant encore. Certains se demandent si Kevin Warsh ne joue pas un double jeu. Il a en effet été nommé par Donald Trump. Ce dernier rêve depuis sa réélection de voir la Fed baisser ses taux. Au risque de rendre l’inflation incontrôlable. Il a même fait déclencher une procédure judiciaire contre le précédent patron de la Fed pour faire pression sur lui. Le discours de fermeté de Warsh serait-il un trompe-l’œil destiné à calmer les marchés mais sans réelle intention de monter les taux ? Ce serait très grave.

    Une attitude de banque centrale américaine, une menace pour l’Europe ?

    À première vue le lien n’est pas évident. Mais il faut savoir que la dette d’État américaine constitue le plus gros marché obligataire au monde. On parle d’un montant total de 31 000 milliards de dollars. Et quand il tousse, ce sont toutes les autres dettes d’État qui s’enrhument. Si les coûts d’emprunts des États-Unis sur les marchés augmentent, cela se répercutera en partie sur les obligations d’État françaises. Or le taux des emprunts d’État à 10 ans de la France est déjà proche de 4% son plus haut niveau depuis 2009. S’il monte à nouveau, ce sera douloureux pour les finances publiques. Mais aussi pour les particuliers. Le taux à 10 ans sert en effet de référence pour les emprunts immobiliers.

    À écouter

    France Inter

    14 min

    Et voilà comment l’hésitation d’un banquier central outre Atlantique peut frapper les Français au portefeuille.

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