Les déchèteries font leur révolution
Les déchèteries françaises sont en train de se réinventer.
Direction Rennes pour commencer. Dans quatre déchèteries de la ville et de ses alentours. un de mes collègues à Ouest-France, Mathieu Coureau, y a passé plusieurs jours.Ouverture dans un nouvel onglet
Et c’est un concentré de notre société qu’il a découvert. Il y a Aude, qui vient jeter certaines affaires de son amoureux, décédé. Il y a cette famille qui vide la maison pleine de gadgets d’un acheteur compulsif. Il y a Guy, 78 ans, qui rapporte une trentaine de paires de chaussures qu’il ne peut plus mettre à cause de l’arthrose.
“Derrière chaque objet que l’on jette, il y a une histoire”, explique Anne-Marie, une agente de la déchèterie de La Harpe.
Il y a ceux qui trichouillent et jettent en douce leurs déchets au mauvais endroit. Il y a ceux qui respectent le tri scrupuleusement. Il y a ceux qui vont de benne en benne en voiture alors qu’elles sont éloignées de dix mètres.
Un agent témoigne : “En une journée, vous croisez un élu, un préfet, un chef d’entreprise, un chômeur, une retraitée. Le monde entier.”
Derrière ces histoires, on observe des tendances lourdes
Que résume Anne-Marie : “Il y a d’un côté une société qui surconsomme, c’est parfois hallucinant ; et de l’autre tout un système de récupération qui se met en place, c’est assez vertigineux.”
Illustration des deux tendances : “On nous amène souvent des jouets encore emballés”, dit Anfiati, responsable de site à Betton.
Alors le principal changement est fondamental : dans les quelque 4 600 déchèteries de France, alors qu’on y dépose près de quatre fois plus de déchets qu’au milieu des années 1990, il ne s’agit plus seulement de jeter, mais aussi de trier, réemployer et valoriser.
Il faut dire que, depuis 2020 et la loi “anti-gaspillage économie circulaire”, les déchèteries doivent prévoir des zones pour les objets encore réemployables et permettre aux acteurs de l’économie sociale et solidaire de les récupérer.
Des obligations qui changent profondément les déchèteries
Par exemple, la nouvelle déchèterie de Cléguérec dans le Morbihan, accueille une “gratuiterie” de 100 m² où on peut récupérer des objets.
À Benais, en Indre-et-Loire, la déchèterie possède une matériauthèque : on peut y déposer, mais aussi récupérer gratuitement, du bois, du carrelage, des sanitaires ou des fenêtres encore utilisables.
A la Réunion, les déchèteries du Territoire de l’Ouest, ont créé un espace éphémère baptisé Trok’Ekol. On y rapporte des fournitures scolaires en bon état, qui feront le bonheur d’autres enfants.
A Gilley dans le Doubs, un agent de la ressourcerie vient une fois par semaine intercepter les objets réemployables avant qu’ils soient jetés.
Un symbole fort à cette profonde révolution : l'évolution du vocabulaire
Parce qu’il fait penser à un lieu sale qui ne se soucie pas de ce qui se passe après, le mot déchèterie a tendance à disparaître.
Dans les Flandres, huit sont progressivement rebaptisées “écocentres”. Dans le Puy-de-Dome, elle est en train de devenir un “pôle de valorisation” à Riom et un “Éco-point” à Châtel-Guyon,.
D’ailleurs, la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies, qui les conseille dans la gestion de grands services publics locaux, préconise ces changements de noms.
Et conseille aussi de, je cite : “Rendre l’espace accueillant : la déchèterie devient un lieu d’interactions sociales.” Une idée qu’on défend aussi du côté de Rennes. Et “si on ouvrait un bar ici…”, s’amuse Anfiati, face aux discussions qui s'engagent régulièrement… sur l’interdiction de déposer sa tonte de pelouse.