Les critiques fusent à l'encontre de LFI après le concert interrompu de Barbara Butch à Grenoble
L’artiste, boycottée par des militants pro palestiniens à la suite de son soutien à la proposition de loi Yadan, a dû interrompre son concert organisé par la municipalité, samedi dernier.
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 21/07/2026 11:20
Mis à jour le 21/07/2026 14:35
Temps de lecture : 3min
La France insoumise était le 20 juillet la cible de critiques de la part du reste de la classe politique après l'interruption, samedi 18 juillet à Grenoble, d'un concert de la DJ Barbara Butch à cause d'une manifestation de militants pro palestiniens et Insoumis.
Depuis plusieurs jours, la DJ de 45 ans, figure des nuits parisiennes queer, était la cible d'un appel au boycott de la part de militants pro palestiniens et d'Insoumis locaux. Cet appel n'avait pas été relayé par les figures nationales du mouvement. Un tract, la qualifiant de "soutien aux génocidaires", avait été distribué par des militants Insoumis isérois.
Ils reprochaient à l'artiste, juive, la signature d'une tribune en soutien à la contestée proposition de loi Yadan visant à "lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme", retirée depuis. Ce texte entendait élargir le délit d'apologie du terrorisme. Ses opposants y voient un risque pour la liberté d'expression et un possible amalgame dangereux entre les Français juifs et Israël.
"J'ai signé une tribune, je n'aurais pas dû le faire", avait dit Barbara Butch auprès de France 24 en mai dernier, en rappelant être victime d'antisémitisme depuis l'enfance. "L'antisionisme invoqué (dans les critiques émises à l'encontre de la DJ) n'a été, à Grenoble, que le vêtement de l'antisémitisme", ont estimé l'artiste et son avocate Audrey Msellati, dans une tribune au Monde, dans laquelle elles ajoutent que "la justice donnera à ces faits toutes leurs qualifications. Les plaintes sont prêtes."
Le parquet de Grenoble a annoncé le 21 juillet l'ouverture d'une enquête pour "délit d'entrave concertée aux libertés". Ce délit est puni d'un an d'emprisonnement, a précisé le procureur dans un communiqué. L'enquête est confiée au service local de police judiciaire de Grenoble.
"J'ai eu peur", a admis Barbara Butch sur son compte Instagram, ajoutant cependant : "Je remonterai sur scène." Cette dernière avait reçu le soutien des Insoumis après la cérémonie d'ouverture des JO en 2024, quand elle avait été victime d'une vague de cyberharcèlement de la part de l'extrême droite.
Samedi soir, au bout d'une vingtaine de minutes, la mairie a pris la décision de suspendre le concert "afin de garantir la sécurité (...) de l'ensemble des personnes présentes". Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent des personnes agitant des drapeaux de la Palestine, brandissant des doigts d'honneur et faisant retentir des sifflets alors que l'artiste est sur scène.
"On est extrêmement fiers d'avoir participé à cette manifestation pacifique", a déclaré à l'AFP Allan Brunon, élu Insoumis à la mairie de Grenoble, tout en niant qu'il y ait eu des projectiles lancés sur l'artiste. La mairie, de son côté, a fait état de "jets de bouteilles en verre" et autres projectiles "visant délibérément la scène" lors du passage de la DJ. La municipalité a indiqué qu'elle allait porter plainte contre X. L'adjoint à la culture Alexis Monge a, de son côté, porté plainte pour intimidation et jets de projectile.
Les adversaires des Insoumis ont rapidement embrayé. "L'antisémitisme de LFI est tout sauf résiduel", a tonné l'ancien Premier ministre Gabriel Attal (Renaissance), en référence à la formule de Jean-Luc Mélenchon qui avait affirmé que "l'antisémitisme reste résiduel en France", s'attirant de nombreuses critiques.
Autre candidate à la présidentielle, la cheffe de file de l'extrême droite Marine Le Pen (Rassemblement national) n’a pas manqué de dénoncer, selon elle, "l'antisémitisme de l'extrême gauche, sa violence récurrente, sa nature et son projet totalitaires".
Seule contre tous, LFI est aussi critiquée par la gauche : "Ces méthodes n'aident en rien les Palestiniens et desservent les militants sincères", a estimé le patron du PS Olivier Faure."N'a-t-on pas plutôt des représentants politiques qui défendent la loi Yadan à interpeller fortement avant de s'en prendre à Barbara Butch ?", a taclé l’écologiste Clémentine Autain. D'autant que cette artiste est "une femme engagée dans le combat LGBTQI+ et contre la grossophobie, cible régulière d'attaques violentes, sexistes et antisémites", a ajouté la députée, ex-insoumise.
Sur franceinfo, le coordinateur de LFI Manuel Bompard a fait preuve d'un certain embarras : "Elle a décidé de prendre une position politique et je peux comprendre que cette position politique puisse générer une protestation" mais "à partir du moment où cette protestation est pacifique".
Le Conseil représentatif des institutions juives de France a dénoncé pour sa part une "chasse aux artistes juifs" et en a appelé au gouvernement. La ministre de la Culture Catherine Pégard a indiqué qu'elle recevrait Barbara Butch "dans les tout prochains jours".
En soirée lundi, l'Union des étudiants juifs de France a organisé un "concert sauvage" de soutien à l'artiste, devant le quartier général de LFI à Paris. Une centaine de personnes sont venues, a constaté une journaliste de l'AFP.
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