Les courses hippiques et le Pari Mutuel Urbain (PMU)

Tous les samedis, Julien Bisson, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire Le 1, nous raconte les petites mythologies de nos week-end et de ce que nous y faisons.

Julien Bisson nous emmène aujourd'hui au champ de courses…et pas n’importe lequel ! L’hippodrome de Longchamp, où se tient ce dimanche la plus grande course de chevaux d’Europe : le prix de l’Arc de Triomphe ! Une course créée il y a pile 106 ans, le 3 octobre 1920, pour offrir un peu de glamour à la France de l’entre-deux-guerres, et qui se tient chaque premier dimanche d’octobre. Le 3 octobre 1971 à l'occasion du 50ème édition du prix, la victoire est revenue à un des plus grands pur-sang de l’histoire, Mill Reef. Ce dernier remporta quatre autres courses cette année-là, dont l’Epsom Derby, la plus prestigieuse des courses britanniques, qui se tient, elle, chaque année le premier samedi de juin. Si des courses sont organisées tous les jours aujourd’hui, les grandes classiques restent encore l’apanage du week-end !

Pourquoi les courses sont-elles organisées le week-end précisément ?

Question d’histoire et de temps ! Le sport hippique, c’est l’exemple type du loisir dominical, inventé pour amuser la bonne société, à commencer par la cour du roi Louis XVI, qui importe en France cette mode aristocratique anglaise. On aime tant l’Angleterre d’ailleurs à l’époque qu’on multiplie les anglicismes, à l’instar du mot « jockey », dérivé du prénom Jack, qui arrive en France dès 1781, pour désigner les cavaliers légers qui montent les chevaux. Ou du mot « derby », qui vient, lui, du comte de Derby, qui a donné son nom à la fameuse course d’Epsom en tirant à pile ou face avec son ami, Sir Charles Bunbury ! Cette anglomanie va atteindre son apogée lors du Second Empire, pendant lequel on inaugure les hippodromes de Longchamp, en 1857, puis de Vincennes, en 1863, devant 100.000 personnes.
Les hippodromes sont alors divisés en deux mondes, celui du pesage, où sont réunis les élégants et les demi-mondaines, et celui de la pelouse, où se réunit le petit peuple des parieurs. D’ailleurs, le gazon, en anglais, se dit « turf », d’où le sobriquet turfiste pour désigner les amateurs de paris sur les chevaux.
Mais on n'essaie pas encore de deviner le tiercé gagnant parce que le principe du pari mutuel n’apparaît qu’en 1867, sous la férule de Joseph Oller, futur créateur du Moulin Rouge. Jusque-là, les paris étaient pris sur des cotes fixes, donc les bookmakers avaient intérêt à ce que les chevaux choisis perdent. Avec le système du pari mutuel, la tricherie est contournée : les parieurs jouent les uns contre les autres et se répartissent les gains, ce qui amène à l’interdiction des bookmakers en 1891.

Il ne s’agit alors encore que de deviner le vainqueur de la course. Le couplé, pari pour trouver les deux premiers arrivera en 1950, et le tiercé en 1954 – on va désormais jusqu’au quinté +, lancé par le PMU depuis 1989 !

Mais le tiercé du dimanche, c’est plutôt un loisir de café, non ?

C’est une réalité somme toute assez récente dans l’histoire du sport hippique : 1930 pour être exact, et l’autorisation donnée aux sociétés de courses d’accepter des paris hors des hippodromes : c’est l’invention du fameux PMU, pour « Pari mutuel urbain », urbain désignant ici la possibilité de parier « en ville » - d’où l’imaginaire du pari rempli le dimanche matin à la terrasse du café, un journal hippique sur les genoux pour repérer les meilleures cotes. Enfin ça, bien sûr, c’est seulement si le tiercé, c’est votre dada. Sinon, il vous reste toujours la possibilité de passer votre dimanche en famille à jouer aux petits chevaux…