Les challenges TikTok, un enfer pour les écoles : "On arrive toujours trop tard"

Pour le moment, les éducateurs ne constatent pas encore de phénomène qui agite les enfants à la cour de récré et qui pourrait être dangereux. "C'est une bonne nouvelle", lâche un directeur de primaire. Mais une autre directrice reste vigilante. "On n'est qu'au début de l'année. Ça peut aller très vite et aller très loin. Le jeu du foulard a été terrible et j'ai eu des élèves qui ont clairement imité la série 'Squid Game' car ils frappaient les perdants."

Cet été, TikTok a inspiré des jeunes à adopter des comportements extrêmement dangereux et parfois à l'issue fatale. En Irlande et en Angleterre, le "Wrong Way Driving Challenge" qui consiste à se filmer en roulant à contresens à toute vitesse a causé la mort de 12 personnes. Moins macabre mais plus scatologique, le "défi brun" fait des ravages en Espagne : les participants défèquent dans les piscines publiques. Cette "blague" peu ragoûtante entraîne la fermeture du bassin et la mise en place d'un protocole sanitaire.

Des défis créatifs au plus stupides et dangereux, les jeunes transposent ce qu'ils voient dans les cours de récré. Un phénomène qui n'a rien de nouveau, selon Patrick Verniers, directeur du conseil supérieur de l'éducation au média (CSEM). "Les réseaux sociaux sont d'autres modalités que le cinéma et les séries télé dans le passé. C'est la fonction de socialisation des médias et, avec les réseaux sociaux, il y a un fort engagement des jeunes utilisateurs", explique-t-il. "Rejouer ce qu'on voit relève du phénomène de l'imitation, de la valorisation sociale collective et de la catharsis (mettre à distance quelque chose qu'on a consommé et qui ont interpellé)."

Difficile de suivre

Le public de ces challenges se compose essentiellement de préados et d'ados. C'est la période où on se lance des défis, on transgresse les règles. "Des jeux dangereux dans les cours de récré, il y en a avant les réseaux sociaux et ils en remettent certains au goût du jour comme celui de l'étranglement, avec un phénomène d'amplification. Les réseaux sociaux ne sont pas particulièrement problématiques mais c'est le vecteur principal de ce type de comportement", analyse Patrick Verniers. "Tout ne débarque pas dans la vie réelle. On peut tout à fait rester dans le défi symbolique."

Vacances et écrans, le combo dangereux pour les jeunes: "Il faut interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans et mettre un couvre-feu "

Mais directions, professeurs, éducateurs et spécialistes constatent qu'il est difficile de rester à la page des challenges. "Ça va tellement vite. Il y a des choses qu'on croit qu'elles vont durer et finalement ça ne déclenche rien. A contrario, il y a des modes qui prennent une ampleur inattendue. C'est la réalité du fonctionnement des réseaux sociaux et hormis une meilleure régulation, on ne peut rien faire contre ça", souligne Patrick Verniers. "Faire des campagnes ne sert à rien, on arrive toujours trop tard."

Alors si l'interdiction du téléphone à l'école pour un usage récréatif a créé un espace un peu plus protégé, l'effet de rattrapage après les cours ne tient pas les challenges TikTok hors des établissements scolaires. "L'école a un rôle à jouer pour enrayer le phénomène car dans la dynamique sociale, des enfants peuvent perdre la notion de la dangerosité", insiste le président du CSEM qui prône la prévention et l'action éducative. "Il faut faire un travail de sensibilisation, créer des espaces où les jeunes peuvent partager ce qu'ils ont vu. Sans dialogue, ça peut devenir très dangereux car le jeune est dans l'entre-soi."

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