Économie | Les Bourses mondiales minées par les craintes sur l’IA

Les places boursières mondiales ont pâti lundi des appels lancés par plusieurs figures du secteur technologique à freiner le rythme de développement de l’intelligence artificielle (IA), sur fond de hausse des coûts d’emprunt des États.

En Europe, Paris a cédé 0,76 %, Francfort 0,50 % et Milan 1,68 %. Seule Londres a pris 0,44 %, profitant de la bonne forme de ses majors pétrolières grâce à la hausse des prix du brut.

À New York, la place américaine est parvenue à limiter ses pertes. Après avoir perdu jusqu’à 1,30 % en début de séance, le Nasdaq n’a finalement lâché que 0,56 %. Le Dow Jones a reculé de 0,29 % et l’indice élargi S&P 500, de 0,48 %.

« Les propositions venues de certains états-majors de l’IA visant à ralentir leur rythme de développement ne sont pas du tout bien accueillies par les investisseurs », résume Andreas Lipkow, analyste pour CMC Markets.

Depuis plusieurs mois, les investissements massifs des géants de la tech dans l’IA sont le principal moteur de la hausse des marchés d’actions, malgré les incertitudes macroéconomiques et géopolitiques grandissantes.

Les semi-conducteurs en souffrance

Dans ce contexte, les géants des semi-conducteurs et des puces électroniques — indispensables pour construire les centres de données où sont entraînés les modèles d’IA — ont perdu du terrain lundi.

Nvidia, entreprise la plus valorisée au monde, a perdu 3,36 %. Broadcom a chuté de 4,77 %, Micron de 5,25 %, AMD de 4,40 % et Intel de 5,59 %.

Première capitalisation européenne, ASML, a perdu 6,13 % à Amsterdam. À Francfort, Infineon a lâché 7,87 % et STMicroelectronics 6,50 % à Paris.

Les fournisseurs d’infrastructures pour les centres de données de l’IA ont eux aussi sombré. Schneider Electric a cédé 6,54 % et Legrand 6,70 % à Paris. Siemens a perdu 8,33 % à Francfort.

Les entreprises de logiciels ont de leur côté repris du poil de la bête, car le développement de l’IA faisait douter les investisseurs sur l’avenir de leur modèle économique. SAP a pris 5,12 % à Francfort et Capgemini 6,61 % à Paris.

À Wall Street, Palantir a gagné 3,64 %, Cloudflare a progressé de 7,78 % et CrowdStrike s’est envolé de 13,85 %.

Hausse contenue pour le pétrole

Après avoir dépassé les 109 dollars en séance, le prix du baril de Brent de la mer du Nord a finalement terminé à 105,68 dollars (+ 1,02 %).

Le baril de West Texas Intermediate a gagné 1,34 % à 101,39 dollars.

Après des attaques attribuées à des drones venant d’Irak, les autorités saoudiennes ont annoncé vendredi la fermeture temporaire de l’oléoduc Est-Ouest, voie d’exportation de brut cruciale pour contourner le verrouillage du détroit d’Ormuz.

« L’oléoduc saoudien peut transporter environ sept millions de barils par jour depuis l’est de l’Arabie saoudite jusqu’à Yanbu, sur la mer Rouge, et constitue donc le plus important itinéraire de contournement du détroit d’Ormuz », explique Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management.

Les cours ont toutefois freiné leur progression en séance après plusieurs déclarations du président américain sur son réseau Truth Social.

Donald Trump a notamment indiqué que l’Iran souhaitait « trouver un accord rapidement et désespérément ».

Le chef de l’État a aussi affirmé que l’Ukraine et la Russie s’étaient engagées à ne plus frapper les infrastructures énergétiques adverses, un jour après s’en être pris à Kiev pour ses attaques contre des raffineries de pétrole russes.

Les taux grimpent

La hausse des coûts de l’énergie alimente les risques d’inflation, rendant probables davantage de hausses des taux directeurs des principales banques centrales, avant la réunion de la Réserve fédérale américaine mercredi, de la Banque d’Angleterre jeudi et de la Banque du Japon vendredi.

Dans ce contexte, les taux d’intérêt des dettes souveraines atteignent des sommets. Le rendement à échéance dix ans de la dette américaine a brièvement dépassé lundi le seuil des 5 %, au plus haut depuis 2023, avant de refluer légèrement.

Le taux d’intérêt allemand, référence en Europe, atteignait 3,52 %, contre 3,51 % vendredi, au plus haut depuis 2009. Son équivalent français était à 4,48 %, contre 4,45 %, après avoir dépassé 4,50 %, du jamais-vu depuis 2008.