Léon XIV vu par l’ambassadeur de France : « Un courage dans la douceur »

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Charles Personnaz, l'ambassadeur de France près le Saint-Siège.

© DR

Arthur Herlin 24/09/2026 à 20:00, Mis à jour le 24/09/2026 à 20:00

Charles Personnaz, ambassadeur de France près le Saint-Siège, décrit à Paris Match une relation « excellente » entre Paris et Rome à alors que notre pays se prépare à accueillir le pape.

Arrivé à Rome au printemps, Charles Personnaz inaugure sa mission avec le voyage de Léon XIV. Selon lui, des convergences sur la paix, l'intelligence artificielle et les chrétiens d'Orient, et l'intérêt marqué d'un pape qui voit dans la France une voix singulière dans un monde fracturé sont le terreau d'une excellente relation entre Paris et le Vatican.

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Paris Match : Quel sera votre rôle pendant ces quatre jours de voyage apostolique en France ?

Charles Personnaz : Un rôle d'accompagnement, et de facilitateur s'il y a lieu, si des messages sont à faire passer dans un sens ou dans un autre, ou s'il survient de l'imprévu. Pour moi, c'est surtout important de suivre : entendre tous les discours du Saint-Père, la réponse des autorités religieuses et civiles françaises, sentir l'ambiance de tout cela. C'est une chance extraordinaire que ma mission coïncide avec ce voyage et s'ouvre avec lui. Cela me donne des lignes directrices pour la suite, en fonction de ce qui sera dit.

Comment qualifieriez-vous, aujourd'hui, la relation entre le Saint-Siège et l'État français ?

Sans aucune ambiguïté : excellente. Le dialogue est simple.

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À quoi cela tient-il ? À l'histoire, au travail de vos prédécesseurs, à la République ?

Un peu de tout cela. Il y a une histoire longue et une connaissance réciproque très forte. Les sujets de désaccord sont bien identifiés, et ils n'empêchent pas les sujets de convergence d'être au cœur du dialogue. Nous arrivons à la fin du second mandat du président de la République, avec des équipes diplomatiques stables des deux côtés, donc une vraie connaissance réciproque des personnes. Et puis il y a des convergences structurelles sur la construction de la paix, sur certaines zones géographiques, sur de grands sujets transversaux. La récente encyclique converge très fortement avec ce que la France a cherché à mettre en place sur la régulation de l'IA et la protection de la jeunesse, qui étaient encore à l'agenda du G7. Réseaux sociaux, intelligence artificielle, numérique en général : il y a là beaucoup de points communs.

Ce voyage est-il le résultat de la qualité de ce rapport, ou représente-t-il l’occasion d’ouvrir un nouveau chapitre dans cette relation bilatérale ?

Ce sont toujours des étapes importantes, pour acter ces convergences et manifester la volonté de poursuivre ensemble. Dans ce monde tourmenté, s'accorder sur la nécessité du multilatéralisme et sur celle d'une parole raisonnée dans les relations internationales structure beaucoup la relation entre le Saint-Siège et la France. Je ne parle pas ici des questions pastorales, qui sont centrales dans ce voyage. Sur ce plan, l'intérêt du Saint-Siège pour la réalité française a toujours été important : les signes de vivacité du catholicisme français intéressent évidemment Rome.

La défense des chrétiens d'Orient vous est chère. Reste-t-elle à l'ordre du jour, entre Paris et Rome ?

C'est un sujet de préoccupation partagé, comme le serait la persécution de toute personne pour des raisons religieuses. La France est attentive à la situation des chrétiens menacés partout dans le monde : c'est un point de convergence très fort avec le Saint-Siège. Il y a ensuite le cas particulier des communautés chrétiennes du Moyen-Orient, auquel la France est attachée pour des raisons historiques, mais surtout parce que ces communautés participent de la paix civile des pays où elles se trouvent, et servent souvent de médiatrices dans les conflits de la région. Le Saint-Siège est très attentif à la permanence des chrétiens sur les terres qui ont vu naître le Christ.

La France est-elle vraiment au rendez-vous ?

À travers tous les gouvernements et tous les présidents, oui, pour deux raisons. D'abord les liens historiques : ce sont des communautés attachées à la France, francophones, francophiles, qui font souvent le pont entre notre pays et le Moyen-Orient. Ensuite, et c'est peut-être plus important encore, en les aidant, on aide à la paix civile. En soutenant leurs écoles, qui accueillent chrétiens et musulmans, on soutient des lieux de construction de sociétés plus apaisées. La France aide ces communautés en ce qu'elles assurent, aujourd'hui, une mission sociale.

Qu'avez-vous perçu de l'intérêt de Léon XIV pour la France ?

Cette attention a été marquée dès le début du pontificat, par des messages, par des audiences accordées à des personnalités et à des chefs d'entreprise français. Le voyage en est une marque importante. Mais je crois que cela s'inscrit aussi dans un intérêt pour ce que la France porte dans le monde : le soutien au multilatéralisme, la recherche du dialogue dans les relations internationales, à un moment où tout cela est très chahuté, et le travail sur de grands sujets transversaux, l'environnement, l'intelligence artificielle, l'éducation. Cela s'articule avec un intérêt pour l'Europe : on l'a vu avec le voyage en Espagne, et une partie de ce voyage s'ouvrira, au-delà de la France, sur la question européenne. Il y a donc à la fois la reconnaissance d'une voix française singulière et l'inscription de la France dans une intention européenne.

Beaucoup estiment que la voix de la France s'affaiblit sur la scène internationale. Des proches du pape affirment, à rebours, qu’il perçoit dans la France une tribune pour parler au monde, à l'Unesco comme à Metz. Qu’en est-il vraiment ?

Je le crois aussi. La France agit dans un monde qui n'est plus celui de l'après-guerre ni des années soixante, mais dans un monde multipolaire. Elle n'a pas renoncé au droit international, à l'affirmation du dialogue multilatéral, à des principes internationaux : cela la singularise, et cette singularité persiste. D'autres grandes puissances ont émergé, mais force est de constater que la voie diplomatique de la France suit un chemin d'équilibre, de recherche de la paix, qui porte au-delà de la simple défense, pourtant légitime, des intérêts nationaux.

Vous êtes arrivé à Rome ce printemps. Qu'espérez-vous pour la place de la France et de la francophonie au Vatican ?

Ce n'est certes plus le catholicisme français d'autrefois. La place de l’Église a changé, comme partout en Occident. Et la place de la France au Saint-Siège est à la mesure de cela : elle est un pays parmi d'autres, et l'on est heureux de voir l'Afrique, l'Asie, les Amériques y trouver toute leur place, car le Saint-Siège est le reflet de l'Église universelle. Mais cela ne veut pas dire que la France en est absente. On m'avait parlé du déclin de la francophonie ici : je trouve pourtant plus de francophonie au Saint-Siège que dans beaucoup d'enceintes internationales. Je suis assez optimiste sur la façon dont le paysage intellectuel, spirituel et culturel français peut y trouver écho et relais.

Votre regard, plus personnel, sur Léon XIV ?

La clarté de son propos. Sa parole est synthétique et claire. C’est une caractéristique que je constate depuis mon arrivée, aussi bien sur les sujets internes à l’Église que sur les questions sociales ou plus larges. J’avais employé l’expression de « ligne claire ». C’est important dans une période de trouble, y compris de trouble du discours, où les propos sont souvent ramenés au format de capsules sur les réseaux sociaux. Nous avons là une parole qui ne refuse ni les nuances ni la complexité, mais qui demeure claire et tenue. C’est une parole dont nous avons besoin.

On commence aussi à lui reconnaître une forme de fermeté, de courage, de leadership. Est-ce votre cas ?

Oui, mais un courage dans la douceur. Un courage qui ne s'impose pas, mais qui se démontre. C'est véritablement ce qui fait que ces voyages suscitent toute une gamme de sentiments, de la curiosité à l'enthousiasme. Dans un monde très mouvant, où les repères sont difficiles à établir, il y a là quelque chose de simple et d'affirmé à la fois.