Léon XIV est-il vraiment le pape « six-seven » qu’il croit être ?

France 25/09/2026 06:01 Actualisé le 25/09/2026 07:54

En visite en France du 25 au 28 septembre, Léon XIV, élu depuis un peu plus d’un an, renvoie l’image d’un pape moderne. Qu’en est-il vraiment ?

Le pape Léon XIV, ici sur la place Saint-Pierre à Rome en septembre 2026.

ANDREAS SOLARO / AFP

Le pape Léon XIV, ici sur la place Saint-Pierre à Rome en septembre 2026.

EN BREF
• Léon XIV, élu pape à 69 ans, est perçu comme moderne et pourtant il reste aligné sur les positions traditionnelles de l’Église concernant l’euthanasie et l’avortement.
• Connu pour sa diplomatie et sa sérénité, il évite les débats houleux, sauf avec Donald Trump, qu’il critique régulièrement.
• D’origine américaine et péruvienne, il incarne un pont entre les cultures.

L’IA au HuffPost.

8 mai 2025, à Rome. La silhouette du cardinal Robert Francis Prevost apparaît sur le balcon de la basilique Saint-Pierre. À 69 ans, il vient d’être élu 267ᵉ pape de l’Église catholique. Léon XIV salue la foule, alerte, vif. Une image qui vient chasser celle de son prédécesseur, François, décédé trois semaines plus tôt et dont la dernière apparition avait laissé le souvenir d’un Saint-Père affaibli, en fauteuil roulant, peinant à s’exprimer.

La vision de cet homme, né à Chicago au milieu des années 50, en pleine possession de son corps et de sa tête, est prometteuse. Les cardinaux viennent-ils d’élire un pape moderne, qui marquera une rupture avec ses prédécesseurs ? Filmé à plusieurs reprises en train de faire le 6-7, ou « six-seven » avec ses mains, mouvement le plus en vue du moment chez les jeunes, Léon XIV va-t-il être plus aligné sur certains sujets de société et entamer un changement de doctrine au Vatican ?

Un peu plus d’un an plus tard, difficile de le cerner, mais le pape que certains qualifient de « woke » pourrait bien n’être qu’un mirage. Pour l’instant, rien dans ses allocutions ne laisse paraître une quelconque rupture, avec François, Benoît XVI ou Jean-Paul II avant lui.

Le style Léon XIV

Dans la forme, il réussit le tour de force de ne quasiment jamais prononcer les mots « euthanasie » ou « avortement » dans ses discours, comme le faisait remarquer La Croix dans un article paru le 22 juin.

Dans le fond, il se contente de rappeler la doctrine de l’Église. Comme en juin, lors d’un voyage en Espagne, pays où l’euthanasie est légale depuis 2021. « Si la vie cesse d’être reconnue comme une valeur fondamentale, quel avenir nos sociétés peuvent-elles espérer ? », s’interrogeait-il, englobant dans sa réflexion un autre sujet qui oppose l’Église à une partie de la société : l’avortement. « Peut-on qualifier de pleinement juste une communauté qui relègue dans l’ombre l’enfant à naître, la personne âgée, le malade, celui qui souffre en silence ou celui qui dépend entièrement des soins des autres ? »

Une prise de parole qui résume bien le style de Léon XIV, moins véhément que certains de ses prédécesseurs, notamment François, connu pour son franc-parler et dont la décision d’autoriser la bénédiction des couples homosexuels avait fait polémique.

« Il est plus diplomate que le pape François, il fait preuve de plus de rondeur dans ses propos », explique auprès du HuffPost Christophe Henning, auteur de Léon XIV : Le successeur inattendu et ancien journaliste à La Croix. Une volonté de ne pas trop brusquer son auditoire. « Il part du principe que les idées du Vatican sont déjà connues. Quand il a quelque chose à dire, il le dit, mais il ne cherche pas à provoquer le débat », analyse le journaliste. « Il a l’assurance qu’en étant accessible, il peut mener son pontificat avec sérénité. »

« Dire qu’il est woke est exagéré »

Une seule personne semble être capable de le faire sortir de sa réserve : Donald Trump. Le pape, américain lui aussi, comprend la culture de ce pays et en parle la langue avec une aisance que n’avaient pas ses prédécesseurs. Avant même le début de son pontificat, Léon XIV critiquait régulièrement la politique du président. En 2015, il mettait en garde contre « la dangerosité de la rhétorique antimigrants » de son concitoyen.

Dix ans plus tard, il visait directement le vice-président des États-Unis : « JD Vance a tort : Jésus ne nous demande pas de hiérarchiser notre amour pour les autres. » En novembre 2025, désormais pape, le natif de Chicago dénonçait le traitement « extrêmement irrespectueux » réservé aux migrants par les États-Unis et appelait à « traiter les gens avec humanité ».

Six mois plus tard, en avril 2026, il affirmait, en marge d’un voyage en Afrique, qu’il n’avait « pas peur de l’administration américaine » et « pas l’intention d’entrer en débat » avec le locataire de la Maison-Blanche. Des critiques formulées malgré le soutien de son deuxième frère, Louis Prevost, à Donald Trump.

C’est d’ailleurs des supporters du président américain que sont venues les « accusations » de wokisme. Un qualificatif inapproprié selon Christophe Herning. « C’est le premier pape du XXIᵉ siècle, car François était déjà d’une autre génération, mais dire qu’il est woke, c’est exagéré », concède-t-il.

Un pape du consensus

Le pape Léon XIV, une force tranquille ? « C’est quelqu’un de simple, de serein. Un homme de consensus qui écoute beaucoup », décrypte Christophe Henning. Une ouverture vers les autres et une capacité à « conjuguer » les opposés que l’on retrouve dans sa double nationalité : américaine et péruvienne.

Avant de devenir chef de l’État du Vatican, Léon XIV a effectué l’essentiel de sa carrière au Pérou, occupant dans ce pays les fonctions de missionnaire puis de Prieur général chez les Augustins, l’ordre auquel il appartient. « Il incarne à la fois la culture occidentale et la culture sud-américaine », explique Christophe Henning. « C’est un pape qui veut conjuguer des courants, des avis qui sont différents. » Quitte à ne rien changer du tout.

Pour son voyage en France du 25 au 28 septembre, le souverain pontife serait préparé à devoir dialoguer avec des représentants d’une Église très divisée, où les catholiques se déchirent sur certains sujets de société. Une neutralité qui, à en juger par l’engouement autour de sa venue, semble plaire.

La veillée de prière avec les jeunes organisée au Stade de France vendredi 25 septembre a affiché complet en quelques minutes. La messe qui aura lieu le lendemain sur la place de la Concorde devrait réunir 600 000 personnes. Et à Metz, entre 40 000 et 100 000 personnes sont attendues sur l’ensemble de la journée.