Le geste de Notre-Dame, Papamobile, logements du Pape : les coulisses du voyage de Léon XIV en France
Léon XIV en juin 2026
© RICCARDO DE LUCA / Anadolu via AFP
Arthur Herlin 23/08/2026 à 08:00, Mis à jour le 23/08/2026 à 08:21
DANS LA TÊTE DE LÉON XIV - Le pape américain s'apprête à vivre quatre jours qui vont marquer la France, qui n'a pas accueilli de pape depuis 18 ans. À un mois de son arrivée, plongée dans les coulisses d'un déplacement hors norme.
Il aura soufflé ses soixante et onze bougies onze jours plus tôt, sans doute dans la discrétion du palais de Castel Gandolfo, où il s'échappe chaque lundi pour nager, monter à cheval et taper quelques balles de tennis, son sport préféré. Le vendredi 25 septembre à dix heures, quand la porte de l'appareil s'ouvrira sur le tarmac d'Orly, Robert Francis Prevost, devenu Léon XIV, posera pour la première fois le pied en France comme successeur de Pierre. Dix-huit ans qu'un pape n'était pas venu officiellement dans le pays que l'on disait fille aînée de l'Église.
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Une voiture blanche, huit jours d'avance
Elle arrivera avant lui. Une semaine en avance environ. La papamobile - une Mercedes Classe G blindée, à toit amovible et siège pivotant pour les séquences principales et un second véhicule, pick-up ou Classe G de secours pour les configurations plus étroites - ne voyage jamais avec le pape : c'est le pays hôte qui l'achemine. La France devrait suivre le même protocole que l’Espagne en déployant un A400M de l'armée de l'air et de l'espace, une base militaire francilienne pour point de chute, et une garde assurée par les services de protection du ministère de l'Intérieur en attendant l'inspection réglementaire de la Garde suisse, qui vérifie chaque véhicule avant que le pape n'y monte.
Le véhicule attendra son prestigieux passager dans un hangar tenu secret. Il faudra bien cela : le pape doit traverser Paris à découvert entre l'Unesco et Notre-Dame, puis déambuler dans les rues de Metz, où le diocèse veut offrir au plus grand nombre la chance de l'apercevoir « en vrai ». Treize kilomètres de barrières ont déjà été loués à Lourdes. À Paris, douze mille bénévoles seront mobilisés.
C'est l'un des détails les mieux gardés du programme. Pendant ces quatre jours, Léon XIV ne prendra aucun repas en public ni même en d’autre compagnie que celle de ses collaborateurs les plus proches, notamment ses deux secrétaires particuliers, le Péruvien Edgard Rimaycuna, qui le suit depuis 2015, et l'Italien Marco Billeri. À Paris, il déjeunera et dînera à la nonciature apostolique, avenue du Président-Wilson, où il dormira également. À Lourdes, ses repas se tiendront à l'évêché, résidence de l’évêque Mgr Micas. Autre discrétion protectrice, un temps de sieste est inscrit chaque jour à son agenda.
Le geste de Notre-Dame
Le vendredi soir, sous les voûtes redevenues blanches de Notre-Dame, huit mille prêtres, diacres et personnes consacrées l'attendront, dont la plupart devront rester sur le parvis, faute de place. Le pape américain avait confié dès l'été 2025 à Mgr Ulrich, venu l'inviter à Rome : « J'aimerais beaucoup voir Notre-Dame. »
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Il y aura ce soir-là une image que personne n'a encore annoncée. Léon XIV s'approchera du reliquaire où est exposée la couronne d'épines pour un temps de prière et de vénération. Un pape américain, en silence, devant la relique que Saint-Louis fit venir de Constantinople au XIIIe siècle. De celles qui font les couvertures.
Metz, où tout se joue
C'est en Moselle que des détails d’organisation restent à définir. Le lundi 28 septembre, au Centre des congrès Robert-Schuman, doit se tenir une rencontre intitulée « Aux racines de l'Europe, pour la paix et l'unité ». Emmanuel Macron, qui a invité le pape lors de leur tête-à-tête au Vatican le 10 avril, entend y convier plusieurs chefs d'État étrangers, dont Volodymyr Zelensky, Donald Trump ainsi que Ursula von der Leyen.
Et c'est précisément là que les tensions apparaissent. Au-delà d'un certain nombre de dirigeants présents, la séquence basculerait dans une autre catégorie : celle du sommet international, avec son cortège de contraintes protocolaires et sécuritaires, et surtout, le risque de faire du pape le figurant d'un décor qui n'est pas le sien. Rome veille. Le voyage est apostolique, pas politique, rappelle-t-on du côté du comité d'organisation.
Metz reste pourtant le seul choix personnel du pape dans tout ce programme. Paris et Lourdes allaient de soi. C'est lui qui a voulu cette terre marquée par trois guerres. En revanche, il a renoncé à Scy-Chazelles, où reposent la maison et la tombe du vénérable Robert Schuman afin de ne pas donner l’impression d’influer sur le procès en béatification du père de l'Europe.
Bracelets, gourdes et casquettes
L'événement a aussi son versant très terrestre. Le diocèse de Paris a passé commande d'objets à l'effigie de Léon XIV : bracelets, gourdes, casquettes. Le groupe Média Participations, lui, offre trois cent cinquante mille drapeaux aux couleurs du Vatican. On songe irrésistiblement aux Jeux olympiques, et la comparaison n'est pas si incongrue : les places du Stade de France, quatre-vingt mille pour la veillée des jeunes, sont parties en moins d'une heure le 10 août. « Comme si c'était Beyoncé », résume un participant de vingt et un ans dans les colonnes du « Parisien ».
Derrière ces images, un budget qui donne le vertige. Dix millions d'euros annoncés en juin par l'archevêque de Paris, peut-être vingt selon plusieurs sources, contre moins de quatre pour Benoît XVI en 2008. L'État paie la sécurité, l'Église paie tout le reste, et l'Église ne vit que de dons et de mécénat : un million et demi d'euros collectés en cinq semaines, don moyen 200 euros, et une première contribution de cent mille euros signée d'un chef d'entreprise.
Une France qui n'était pas censée se déplacer
La barre des 400 000 inscrits vient d'être franchie pour la messe du samedi 26 septembre, et la jauge maximale de 500 000 fidèles, entre l'autel dressé place de la Concorde et le haut des Champs-Élysées, devrait logiquement être atteinte d'ici à l'arrivée du pape. Le paradoxe mérite d’être souligné : dans un pays où 19 % des habitants se déclarent catholiques et où 8 % d'entre eux vont régulièrement à l'église, ils étaient 200 000 à s'inscrire dans les six heures suivant l'ouverture de la billetterie, gratuite, le 10 août à midi, 355 000 une semaine plus tard. Les organisateurs, qui n'ont cessé de revoir leurs prévisions à la hausse, tablaient initialement sur 400 000 personnes. Cent cinquante mille sont attendues à Lourdes le lendemain, quinze fois une journée ordinaire. Pour mémoire, Benoît XVI en avait réuni 210 000 aux Invalides en 2008, et Léon XIV 1,2 million à Madrid en juin dernier.
C'est peut-être cela que Léon XIV vient voir. Un pays qui se déchristianise et où, dans le même mouvement, plus de vingt et un mille adultes et adolescents ont demandé le baptême à Pâques dernier, cinq fois plus qu'il y a cinq ans. « Ils veulent venir à l'Église parce qu'ils ont compris que leur vie [était] vide, manque de quelque chose, n'a pas de sens, et ils redécouvrent ce que l'Église peut offrir », confiait-il l’an dernier dans sa seule interview donnée à la journaliste américaine Elise Allen.