Lecornu promet un budget « différent » dans l’espoir de le faire passer cet automne

Avec la perspective de la présidentielle, le Premier ministre craint que les oppositions ne fassent retarder l’adoption d’un budget pour 2027.

Flambée du coût de la dette, pistes explosives... Le budget se complique déjà pour Lecornu.

THOMAS SAMSON / AFP

Flambée du coût de la dette, pistes explosives... Le budget se complique déjà pour Lecornu.

Sébastien Lecornu y tient malgré les censures déjà annoncées par certaines oppositions : il veut faire adopter le budget 2027 avant la fin de l’année. Et pour y parvenir, le Premier ministre entend miser sur un budget « différent », largement réversible après l’élection présidentielle, sans hausse d’impôts et avec un effort porté principalement par l’État, explique-t-il au Parisien, ce samedi 29 août.

« Ce budget ne sera pas le remake de celui de l’année dernière. En 2025, le désordre était surtout franco-français. Cette année, avec la guerre en Iran, le prix de l’énergie, la hausse des marchés obligataires, il est surtout international. Il appartient donc à la classe politique française de ne pas rajouter un désordre domestique au désordre international. La conjugaison des deux nous mettrait dans une situation gravissime », a-t-il avancé. Une mise en garde, comme il l’avait déjà fait mi-août, à ceux qui ne voudraient pas adopter de budget pour 2027 en raison de l’élection présidentielle à venir.

Dès sa rentrée politique, Jean-Luc Mélenchon a annoncé qu’il censurerait le budget. Et ce vendredi 28 août, c’est Olivier Faure qui a donné son avis : « Je suis pour que le débat ait lieu. Mais je ne vois pas comment Gabriel Attal ou Édouard Philippe se mettraient cette année à chercher le moindre compromis avec la gauche. Le suspense, il est faible, vous connaissez la fin, à la fin il y aura une censure ». Cette perspective de la censure ne semble pas effrayer Lecornu, davantage préoccupé par l’absence d’un budget : « Mon sort personnel m’importe peu. Je me suis préparé depuis le premier jour à être censuré ».

« « La réduction de la dépense va être absolument prioritaire »

« Le petit jeu politique s’arrête là où commence le risque financier. On peut discuter de tout, sauf de cela », a prévenu le Premier ministre dans les colonnes du Parisien. Pour parvenir à la création de ce budget « différent », Sébastien Lecornu veut compter des « mesures, pour beaucoup, réversibles, par la nouvelle majorité qui sortira des urnes ». Et d’ajouter : « Ce budget, en pratique, pourra n’être qu’un budget de premier semestre ».

Parmi ses premières pistes, le locataire de Matignon entend « prioriser certaines dépenses, en protéger d’autres et faire des choix ». « Préférer cinquante petites décisions efficaces et intelligentes, à trois ou quatre grandes spectaculaires, mais impossibles à faire voter. C’est un chemin étroit, mais c’est le seul réaliste. Il faudra prendre des mesures difficiles », explique-t-il.

Dans ses premières orientations, l’État porterait « l’essentiel de l’effort ». Ses dépenses continueraient d’augmenter, mais « moins que l’inflation ». Pour les collectivités locales, Sébastien Lecornu propose que les dépenses de fonctionnement progressent au rythme de l’inflation. Les dépenses sociales, elles, « seront mécaniquement au-dessus de l’inflation », notamment en raison du vieillissement de la population.

Le Premier ministre exclut par ailleurs toute hausse d’impôts. « La réduction de la dépense va être absolument prioritaire pour permettre la stabilité fiscale », explique-t-il. Il avance trois raisons : la fragilité de la croissance, le contexte de l’élection présidentielle et le fait que les problèmes français seraient, selon lui, « d’abord des problèmes de dépenses ».

L’Éducation, l’Écologie et les Armées verront leur budget augmenté

Malgré ce besoin de réduction des dépenses, Sébastien Lecornu met l’accent sur les budgets qui seront préservés ou augmentés. Il prévoit 6,4 milliards d’euros supplémentaires pour les Armées, 400 millions pour la Justice et 600 millions pour l’Intérieur. L’Éducation nationale bénéficierait de 800 millions d’euros supplémentaires, la Recherche de 500 millions et l’Écologie de 1,1 milliard, « pour renforcer le soutien aux énergies renouvelables et au Fonds vert, comme le demandaient notamment la gauche et le socle commun ». Le logement social et l’apprentissage seraient également préservés de toute baisse, selon les orientations présentées par le Premier ministre.

Pour l’Assurance maladie, il prévoit une hausse des dépenses, mais aussi « des efforts de bonne gestion ». Il veut ouvrir une réforme sur les arrêts maladie, estimant que « tout le monde ne peut que constater les abus qui explosent ces dernières années ». Il exclut toutefois des économies sur la Complémentaire santé solidaire et un gel du RSA ou des petites retraites.

Sur les retraites, Sébastien Lecornu affirme : « J’exclus de désindexer les petites retraites ». Pour le reste, il dit vouloir discuter avec les différentes formations politiques. Il cite notamment la possibilité d’un débat sur l’abattement fiscal de 10 % pour frais professionnels. Le Premier ministre insiste sur le caractère encore ouvert de ses propositions. « Tout cela est un point de départ dans les consultations que je vais ouvrir avec les formations politiques », explique-t-il.