Le vrai coût de l’aide française à l’Ukraine en dit long sur l’intention du RN
Comme les cadres de son parti, Marine Le Pen estime que la France, compte tenu de la dégradation de ses comptes, ne « peut plus » aider l’Ukraine. Qu’en est-il ?

JULIE SEBADELHA / AFP
Le vrai coût de l’aide française à l’Ukraine en dit long sur l’intention du RN
Une question de calcul politique. Depuis que le maire RN de Perpignan Louis Aliot a expliqué que son parti couperait le « robinet d’aides » ouvert par la France pour l’Ukraine s’il arrivait au pouvoir, Marine Le Pen et ses cadres de campagne défendent une mesure d’économie indispensable dans un contexte budgétaire si dégradé.
Pour la candidate, la France effectivement ne « peut plus » aider l’Ukraine « à proportion de ce que nous faisons jusqu’à présent. » « Ça n’est pas un acte d’hostilité. On peut continuer à former leurs soldats, leurs armées, on peut continuer à leur apporter du matériel pour pouvoir se défendre. Mais financièrement, nous ne pouvons plus. Nous ne pouvons plus », a-t-elle martelé la semaine dernière, lors de son interview de rentrée sur la chaîne LCI.
Dans son sillage, les cadres d’extrême droite essayent même de présenter ce lâchage comme un enjeu de justice sociale, sinon de priorité nationale. « On ne peut pas envoyer indéfiniment des milliards, quand on n’arrive pas aujourd’hui à boucler notre budget et que la France est au bord de la faillite », a encore assumé le député Thomas Ménagé ce mardi 22 septembre sur franceinfo, sans parvenir toutefois à donner un bilan comptable solide de ce soutien. Alors, qu’en est-il vraiment ? Couper ce robinet est-il impératif pour assainir les fuites dans nos finances publiques ?
Combien la France a-t-elle déboursé ?
De fait, il est difficile de chiffrer le coût global de l’aide apportée à l’Ukraine depuis le début de son invasion par la Russie en février 2022, tant les mécanismes et dispositifs sont divers et variés. Plusieurs données sont toutefois disponibles. Si l’on retient une définition étroite de cet appui, Paris a déboursé environ 800 millions d’euros d’aides financières directes, tout au plus. Concrètement, sur ces quatre dernières années, la France a sorti moins d’un milliard d’euros de ses caisses pour les envoyer directement à Kiev.
Si l’on élargit le spectre, le coût du bilan grimpe, même s’il reste toujours modeste au regard de la dégradation des comptes publics. Ainsi, la France a consacré l’équivalent de 26 milliards d’euros à l’Ukraine depuis l’hiver 2022, à travers des prêts, de l’aide militaire ou de la livraison de matériel, selon les chiffres de l’institut allemand Kiel. Une enveloppe globale qui comprend les aides directement débloquées par Paris (8 milliards) et celles versées via l’Union européenne (18 milliards). Mais qui n’a pas pesé d’autant sur les finances publiques.
En réalité, ces sommes ne représentent pas, pour la plupart, des chèques destinés à Kiev. Dans les huit milliards d’euros recensés pour la France (qui en font le cinquième pays donateur en Europe, derrière l’Allemagne ou le Danemark, sur ce segment précis) figure par exemple la valorisation des équipements militaires prélevés dans nos stocks et envoyés en Ukraine. Concrètement, si l’État décide de donner un canon CAESAR déjà disponible pour l’armée française, il ne débourse rien - sauf s’il remplace le matériel prélevé dans son arsenal.
C’est peu ou prou la même chose concernant les aides envoyées via l’Union européenne. Le calcul, ici, est théorique, réalisé par l’institut Kiel en fonction de la contribution de la France au budget de l’UE. Surtout, ce soutien n’est pas d’un bloc et représente lui aussi tout un tas de choses, des prêts aux garanties, en passant par le financement d’équipements produits en France ou dans d’autres pays européens. Il est donc difficile de le présenter comme un manque à gagner direct pour nos finances publiques.
Ce que cherche le RN
De toutes ces nuances, le Rassemblement national ne dit rien. Il ne dit pas grand-chose non plus du poids réel de ces différents dispositifs sur le budget de l’État et ses comptes. Pour cause, même si l’on retient la fourchette large (et imparfaite) qui recense 26 milliards d’euros d’aides en quatre ans, l’ordre de grandeur de cet appui apparaît bien léger face aux difficultés de la France. Avec un coût ramené à 6 milliards d’euros par an, celui-ci représente en comparaison 4 % du déficit budgétaire de 2025, lequel s’est élevé à 150 milliards d’euros.
Dès lors, « couper le robinet » à Kiev ne permettra en rien d’assainir les finances publiques. Pire, cela pourrait s’avérer contre-productif pour l’économie, si l’Ukraine est défaite et que la Russie ressort ragaillardie de ce conflit. Mais là n’est pas l’important pour le Rassemblement national, parti souvent ramené à sa « russophilie » autrefois assumée, et moins enclin que les autres à soutenir le pays de Volodymyr Zelensky depuis le début de la guerre.
Avec cette position, martelée à huit mois de la présidentielle, Marine Le Pen et ses troupes semblent surtout s’adresser à un électorat susceptible de croire que des économies faciles sont réalisables sur des mannes plus ou moins cachées, tout en essayant de marquer une rupture nette avec Emmanuel Macron. Ce président impopulaire qui, estiment-ils, s’est toujours tourné vers l’international, sans se préoccuper des souffrances des Français.
Une stratégie qui répond ni plus ni moins à la logique de « proximité » chère aux programmes politiques l’extrême droite, laquelle consiste à d’abord aider sa famille, puis ses voisins, et ensuite son village. « On ne peut pas dire d’un côté il n’y a pas un euro (...) pour indexer les retraites mais, en revanche, il y a des milliards pour la contribution nette à l’Union européenne », résume ainsi Marine Le Pen. Tant pis si les montants, la nature de ces « coûts », ou leur portée stratégique, n’ont rien à voir entre eux. Chacun son calcul.