Le vaccin contre la grippe ne sera plus gratuit pour tous cet automne

À compter de cet automne, la vaccination contre l’influenza ne sera plus accessible gratuitement pour toute la population québécoise, a appris Le Devoir. Contrairement aux années précédentes, les doses sans frais seront réservées à certains groupes, notamment aux personnes les plus à risque de complications.

L’information figure dans une note transmise à des pharmacies québécoises, que Le Devoir a pu consulter.

Lors de la campagne de vaccination, Québec réservera donc les doses gratuites contre la grippe aux gens âgés de 65 ans et plus ainsi qu’aux résidents des CHSLD, des résidences privées pour aînés et autres milieux collectifs comptant de nombreuses personnes vulnérables.

Les immunodéprimés, les personnes atteintes d’une maladie chronique et les femmes enceintes qui sont au deuxième ou au troisième trimestre auront aussi droit à la couverture sans frais. Même chose notamment pour les travailleurs de la santé et les proches aidants, d’après la note consultée.

Pour le reste de la population, il faudra désormais se tourner vers les pharmacies, où des frais seront exigés. Le coût total à débourser pour se faire immuniser contre l’influenza n’était toutefois pas encore connu.

La date à laquelle s’amorcera la campagne de vaccination n’a pas été rendue publique pour le moment. L’an dernier, la prise de rendez-vous avait démarré début octobre.

Changement de cap

En 2022, le gouvernement québécois avait annoncé que la vaccination contre la grippe allait être gratuite pour tous, dans un contexte de fort achalandage des urgences durant la pandémie de COVID-19. La mesure avait été reconduite chaque année depuis.

Pour expliquer le changement de cap cette année, le ministère de la Santé et des Services sociaux dit s’appuyer sur les recommandations du Comité sur l’immunisation du Québec. « La vaccination contre l’influenza sera offerte gratuitement de façon prioritaire aux clientèles les plus à risque et pour qui les avantages de la vaccination sont plus importants », écrit la porte-parole Marie-Pierre Blier.

Les décisions concernant les programmes de vaccination reposent sur plusieurs critères, dont les bénéfices attendus pour la population et des analyses coût-efficacité, précise-t-elle.

De son côté, le Dr Donald Vinh, infectiologue au Centre universitaire de santé McGill, craint toutefois que la fin de la gratuité universelle envoie le mauvais message, soit que la vaccination contre la grippe n’est utile qu’aux gens les plus sujets à développer des complications.

« Pour les personnes en bonne santé, il y a quand même un bénéfice du vaccin sur certaines choses, comme l’absentéisme de l’école ou du travail », souligne-t-il.

Le Québec à contre-courant

Avec cette décision, le Québec se distingue de la plupart des autres provinces. Celles qui ont répondu aux questions du Devoir, dont l’Ontario, la Colombie-Britannique et le Manitoba, ont confirmé qu’elles continueraient d’offrir la vaccination contre la grippe sans frais à l’ensemble de leur population encore cette année.

Le gouvernement québécois avait déjà mis fin, l’an dernier, à la gratuité universelle du vaccin contre la COVID-19.

Cette mesure découlait de la fin du financement fédéral des doses, qui oblige désormais les provinces à acheter elles-mêmes leurs vaccins contre le coronavirus responsable de la maladie. Dans ce contexte, le Comité sur l’immunisation du Québec avait recommandé aux autorités de cibler en priorité les groupes à risque afin d’atteindre une couverture optimale.

Jointe par Le Devoir, l’Association québécoise des distributeurs en pharmacie n’a pas souhaité émettre de commentaires au sujet de l’abandon de la gratuité universelle du vaccin contre la grippe.

« La décision des critères d’admissibilité à la gratuité des vaccins du Programme québécois d’immunisation revient au gouvernement. C’est lui qui communiquera les modalités au moment opportun », s’est limité à dire le directeur général de l’association, Hugues Mousseau.