Le trône de Macbeth sur un trou fumant

Les sorcières et leur sabbat, le sanglant assassinat du Roi, le spectre de Banco, les apparitions, le défilé des anciens rois, la forêt de Birnam qui se met à marcher ou le somnambulisme de Lady Macbeth : dans le grand répertoire, Macbeth est probablement un des opéras qui appelle le plus d'images fortes. C'est que Verdi voulait, consciemment, composer un opéra dans le genre fantastique.

À la Piranèse

Logique, donc, que l'ORW ait confié l'œuvre à Stefano Poda, homme-orchestre (il réalise toujours mise en scène, décors, costumes et lumières) qui avait déjà signé à Liège des visions puissantes de Falstaff, Faust et surtout des Contes d'Hoffmann. Occupant toute la cage de scène dans sa largeur, sa profondeur et sa hauteur, son dispositif est une fois encore impressionnant : des murs faits de corps pétrifiés et blanchis, des escaliers symétriques à la Piranèse sur lesquels évoluent des personnages mystérieux, des sorcières pendues au plafond et, au centre de la scène, un immense trou béant, fumant, par-dessus lequel viendra prendre place un immense disque noir descendu des cintres et sur lequel sera posé le trône royal.

Macbeth, une plongée dans "l'étroit abîme qui sépare le cauchemar de la réalité monstrueuse"

Les costumes vont du médiéval à la Renaissance, il y a de belles idées visuelles (le mikado de branches de la forêt) et une grande lisibilité de l'action. Mais le dispositif, pour spectaculaire qu'il soit, ne suffit pas à créer du sens théâtral. Poda multiplie les images, au risque parfois de noyer l'essence de l'action sous l'anecdote. Il privilégie des mouvements hiératiques, et laisse à chaque soliste le soin d'investir son personnage.

Le Macbeth de Luca Michieletti est vocalement élégant et sonore, capable de mordre comme de caresser, et son jeu, empreint d'une riche intériorité, est félin et raffiné. Ewa Plonka incarne de son côté une Lady plus traditionnelle : voix à l'aise dans tous les registres même si l'aigu reste son terrain de prédilection, sensualité ostentatoire et jeu expressionniste. Le reste du plateau est sans faille, avec notamment le Banco puissant de Gianluca Burrato et le Macduff délicat de Matteo Desole.

Avec les ballets

L'œuvre est donnée, comme de coutume, dans la version révisée de 1865 (avec notamment le fameux air La luce langue de Lady M), mais aussi – et c'est plus rare – avec les ballets ajoutés pour l'Opéra de Paris à l'acte III. On aurait pu s'en passer : parce que la musique, même considérée comme parmi les meilleures partitions de ballet de Verdi, est sensiblement moins inspirée que le reste de l'œuvre, parce que ces longs intermèdes font retomber la tension dramatique comme un soufflé trop vite sorti du four et allongent inutilement la soirée, et parce que Poda, nul n'est parfait, est moins créatif comme chorégraphe que comme artiste visuel.

"Macbeth" est-elle maudite ?

Heureusement, même s'il n'y a pas de fumées qui en sortent, ce qui se déroule dans l'autre trou – la fosse d'orchestre, devant la scène – n'est pas moins incandescent. Giampaolo Bisanti a minutieusement préparé son orchestre, qui répond au quart de tour et sonne idéalement, et il conduit la soirée avec un mélange idéal d'incisif et de souple, avec notamment des déchaînements telluriques (début de l'acte IV !) ou de flamboyants finals d'actes. Et les chœurs sont en belle forme aussi, notamment dans le fameux Patria oppressa.

Liège, Théâtre Royal, les 22, 24 et 26 septembre ; www.operaliege.be

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