"Le travail, c’est le meilleur remède à tout"… Paul Mirabel, ce faux dilettante montpelliérain derrière lequel se cache un vrai stakhanoviste de l’humour
L’humoriste Paul Mirabel était ce vendredi 25 septembre au siège de Midi Libre, à Saint-Jean-de-Védas, pour une rencontre avec une centaine de lecteurs. Avec un plaidoyer pour le travail qui paye !
Paul Mirabel, longue tige d’un 1,90 mètre à la Gaston Lagaffe, tee-shirt de foot du Montpellier Hérault, jean noir et baskets, arrive à Midi Libre. "Le grand blond avec des lunettes", comme on l’a longtemps vu, vient pour une rencontre avec nos lecteurs, ce vendredi 25 septembre, à l’occasion de la sortie sur Prime vidéo de la série Paul. Il évite l’ascenseur. "Je suis claustrophobe."
L’humoriste a beau passer pour cool et dilettante, il est d’un naturel stressé, timide. Et s’il évite d’être enfermé, il ne veut pas non plus être approché de trop près. Il prendra sur lui une heure plus tard pour le long cortège des gens voulant une photo avec lui, collés serrés. On lui caresse parfois les cheveux "comme si j’étais un lion". Une femme, dans un train, "m’a jeté carrément son bébé dans les bras pour faire une photo". Il craint, avec une jolie formule, "les gens tactiles ou qui manquent de tact".
J’ai sacrifié beaucoup de choses pour que ça marche, en termes de vie personnelle, de loisirs, de sommeil, de vacances.
Un peu de distance, ou de politesse, n’est pas pour lui déplaire. D’autant plus, donc, qu’il est réservé de nature : "Je n’avais pas de prédisposition pour monter sur scène, j’étais terrifié, je tremblais au début". Il dit ne pas avoir beaucoup changé, "même si ça devient de plus en plus facile" : "Je fais le même type de blagues que quand j’étais petit, c’est mon clown. J’étais vraiment timide très tard, jusqu’à mardi dernier", sourit-il. Et pourtant, le petit Paul rêvait d’être sur scène. "Je savais que c’était ce que je voulais faire de ma vie." Un job de vendeur n’a fait que le convaincre un peu plus. "Au bout d’un mois à plier des tee-shirts, je savais que je ne voulais pas plier des tee-shirts." Il s’est donné du mal pour y arriver. "J’ai sacrifié beaucoup de choses pour que ça marche, en termes de vie personnelle, de loisirs, de sommeil, de vacances."
L’effort et l’entraînement, comme au foot
Derrière le faux dilettante se cache un vrai stakhanoviste. "Le travail, c’est le meilleur remède à tout. J’ai pris des bides, mais on continue", remettant sans cesse l’ouvrage sur le métier, partant tester "avec mon petit scooter" des blagues dans des caves. Avec humilité. Et un peu d’agacement à observer certains humoristes en herbe : "Je vois des jeunes qui essaient de mettre en avant leur visibilité plutôt que leur travail. Mon obsession, à l’époque, c’était d’apprendre mon métier. Jamais n’est entré en compte le fait de devenir connu." Il ne jure que par l’effort et l’entraînement, comme au foot ou en cuisine. Il se méfie "de la mode de l’impro". Pas assez de boulot !
Les coulisses de "Paul, la série"
La série Paul, diffusée à partir du 2 octobre, est sa nouvelle actualité. On suit son clone qui s’apprête à jouer la première de son spectacle sans en avoir écrit une ligne. "On s’est inspiré du réel mais c’est extrapolé, on a grossi certains traits. J’aime bien que les gens puissent se poser la question de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux. Il est tout à fait possible que le moment avec la communauté gitane soit une vraie histoire". Il s’était fait forcer la main, à l’époque, pour faire un sketch dans un mariage "pas si loin d’ici".
L’acolyte de Paul, le comédien Abraham Wapler "est vraiment l’équivalent du réalisateur qui est l’un de mes meilleurs amis". Le rôle incarné par la comédienne Eva Huault "n’était pas forcément écrit comme tel à la base mais elle a proposé quelque chose de génial au casting". La série, coécrite à quatre scénaristes, l’a fait plonger dans un autre univers que le one man show, avec une équipe de cinquante personnes en lieu et place de son cahier et de son stylo, en solo.
Son naturel angoissé alimente ses "tocs" avant d’entrer sur scène. Mais le travail qui paye est là encore son médicament. "La meilleure façon de ne pas être stressé, c’est d’être bien préparé." Comme il est un peu tête en l’air, il pèche quand même parfois en organisation, façon Gaston Lagaffe : "Je me trompe souvent sur les horaires. Je suis arrivé à une soirée, hier, et il n’y avait personne."
Un lecteur l’interroge : va-t-il continuer dans la fiction, films ou séries ? Il ne dit pas non. "Mais ma vraie passion, mon vrai amour, c’est le stand-up. Il n’y a pas d’équivalent dans ce que ça procure." Un jeune homme, dans la salle, tente une question façon blague : "Comment on appelle un ascenseur à Montpellier ?" Comme la réponse ne vient pas, le même la donne : "On appuie sur le bouton". Ce que ne fait jamais Paul Mirabel. Il est claustrophobe.