Chronique transports - Le train est une force diplomatique, selon Claude Leblanc, spécialiste du ferroviaire
L'avenir de l'Afrique passera par le train pour le spécialiste du ferroviaire, Claude Leblanc, qui sillonne le monde à la rencontre des transporteurs. Son nouveau livre, La Géopolitique du train, nous apprend que derrière la Chine, d'autres pays comme l'Inde ou la Turquie s'investissent dans la construction de chemins de fer en Afrique. Édité aux éditions Presses universitaires de France, l'ouvrage nous montre qu'une voie ferrée est un transport qui favorise la cohésion d'un pays.
RFI : Vous parlez beaucoup du continent africain et de son avenir…
Claude Leblanc : Ce n’est pas moi qui le dis, mais je pense qu’on vit un deuxième âge d’or du ferroviaire aujourd’hui. Et en fait, les pays africains sont ceux qui sont engagés justement dans l’avenir du ferroviaire parce qu’ils ont compris que grâce au ferroviaire, ils pouvaient franchir une étape dans la transition écologique : plutôt que de construire des routes, construisons la voie ferrée.
Vous parlez des pays qui sont déjà très investis dans cette construction de voie ferrée en Afrique, de la Turquie, du Japon, de la Chine, des États-Unis…
Évidemment, parce qu’aujourd’hui, dans beaucoup de pays africains, il y a le souvenir de la colonisation qui fait qu’on a une certaine réticence à travailler, ou en tout cas à être en partenariat, avec les pays qui étaient les anciens colonisateurs. Et il y a une offre nouvelle de la part d’autres pays – alors, évidemment, il y a la Chine, un pays comme la Turquie, l’Inde – et il y a aussi l’expérience, j’allais dire pratique, de la construction de voies ferrées, parce qu’on ne construit pas une voie ferrée en claquant des doigts. Donc les Chinois ont gagné une certaine assurance en termes de construction. Ils sont capables de construire beaucoup moins cher et beaucoup plus rapidement que n’importe qui d’autre. Les Turcs suivent un peu la même voie. Et du coup, évidemment, ces pays-là, les pays africains qui en ont besoin, vont regarder vers ces offres. Parce que ce qui est intéressant aussi, ce n’est pas simplement de construire une voie ferrée dans un pays, mais c’est de faire que cette voie ferrée débouche… Par exemple, avec le Kenya, l’Angola, etc., il y a des interconnexions qui se mettent en place parce qu’il y a une communauté d’intérêts économiques qui se crée dans cette région. Et donc on a compris que le train était un excellent moyen de favoriser ces échanges.
Vous qui connaissez l’Afrique, vous qui connaissez le monde entier, quels sont les pays qui vous ont vraiment étonné, surpris en matière de vitesse, de rapidité de décision ?
Les pays d’Asie centrale sont ceux qui m’ont sans doute le plus frappé parce qu'en Ouzbékistan, par exemple, le pays travaille sur un projet qui paraît fou aujourd’hui, qui est la Trans Afghan, donc de faire passer une voie de chemin de fer vers l’océan, enfin la mer d’Arabie, l’océan Indien, pour avoir un débouché sur la mer. Ils peuvent bien sûr développer leur économie locale, mais aussi, derrière, amener leur influence. C’est ça, je dirais, la force du ferroviaire aujourd’hui. Parce qu’on se rend bien compte que dans nos pays, y compris en France, où on parle beaucoup de fracture sociale, etc., l’unité d’un pays, elle passe par le ferroviaire.
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