Le taux de mortalité dû à Ebola explose en RDC : "Un centre sans personnel qualifié ou expérimenté est tout aussi dangereux que de ne pas en avoir"

Déclarée officiellement le 15 mai dernier, mais avec plusieurs semaines de retard, cette 17e épidémie d'Ebola a engendré plus de 2300 décès sur 4945 cas confirmés, selon les autorités congolaises. Jusqu'à présent, l'épidémie de 2018-2020 détenait ce triste record avec 2299 morts pour 3381 cas confirmés.

Le bilan de cette nouvelle vague, annoncée il y a à peine trois mois, inquiète les acteurs de terrain. Cette épidémie "est la plus rapide jamais enregistrée" et "tue une personne toutes les 30 minutes", a averti Tom Fletcher, le chef des affaires humanitaires de l'Onu.

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"Il y a peut-être moins de confiance"

Le variant Bundibugyo, pour lequel il n'existe ni vaccin ni traitement, s'est rapidement répandu dans six provinces du nord-est de la RDC. Partie de l'Ituri, l'épidémie a ensuite gagné le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, la Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé. "Mais il y a d'importantes différences de taux de mortalité entre ces provinces, ce qui reflète bien la complexité de la situation", souligne Anna Halford, coordinatrice des urgences de Médecins sans frontières (MSF).

Par exemple, ce taux est beaucoup plus préoccupant au Nord-Kivu, qui souffre d'une situation sécuritaire tendue et d'une accessibilité restreinte. "À cela s'ajoute la mémoire de la dernière épidémie avec tous les problèmes qui ont suivi. Il y a peut-être moins de confiance de la part de la population dans certaines gouvernances qui sont mises en place", ajoute Anna Halford.

Pourtant, le virus Bundibugyo est généralement moins mortel que d'autres virus Ebola, rappelle MSF. Mais l'absence de vaccin et de traitement, associé à un contexte géopolitique instable et à un manque d'investissement dans les soins de santé participent à une propagation rapide et dangereuse de l'épidémie. "Nous n'avons pas autant d'outils pour combattre ce virus que pour le variant Zaïre, pour lequel nous avons développé depuis 2015 quelques habitudes afin de le contraindre plus facilement", explique Anna Halford.

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S'adapter à la réalité du terrain

Les efforts médicaux se concentrent donc davantage sur la détection rapide, l'isolement des malades, les soins de soutien, mais également la surveillance dans les zones à risque. Toutefois, cette détection rapide reste compliquée en raison du manque de tests disponibles et de laboratoires spécialisés nécessaires pour effectuer des analyses spécifiques, ainsi que des difficultés d'accès dans certaines régions. "Nous avons besoin que la riposte générale soit un peu plus décentralisée, compte tenu de la taille très importante de cette épidémie et de son étendue géographique. Voyager d'un endroit à un autre n'est pas nécessairement simple. De plus, la densité de la population varie énormément, donc les différentes techniques de surveillance dans un endroit très rural avec une faible densité de population ne peuvent pas être les mêmes que dans une ville où il y a plus de gens. Il est donc essentiel d'adapter la réponse à la réalité du terrain", insiste Anna Halford.

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Le manque d'investissement dans les structures de santé engendre également des difficultés dans la gestion de l'épidémie. "Il n'y a pas assez de gens qui connaissent ou qui sont habitués à traiter le variant Bundibugyo. Or, nous avons besoin d'un niveau de supervision très efficace, notamment pour limiter la transmission dans le corps médical, comme ce fut, par exemple, le cas au début de cette épidémie où beaucoup de soignants ont été infectés. Un centre sans personnel qualifié ou expérimenté est tout aussi dangereux que de ne pas en avoir, car il se transforme alors en centre de transmission", avertit Anna Halford.

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