« Le sol est comme une éponge toute sèche » : pour sortir de la sécheresse, ni les orages ni la pluie ne suffiront

Environnement 16/09/2026 06:30 Actualisé le 16/09/2026 08:12

À cause d’un été de chaleur record, une sécheresse remarquable s’est installée sur le pays. Pour en sortir, il faut espérer qu’il pleuve, mais pas seulement.

Cette photo montre un cours d’eau à sec à Machecoul, dans l’ouest de la France, le 3 septembre 2026.

LOIC VENANCE / AFP

Cette photo montre un cours d’eau à sec à Machecoul, dans l’ouest de la France, le 3 septembre 2026.

EN BREF
Après l’été caniculaire que la France a connu, la sécheresse s’est installée sur une grande partie du pays.
Les faibles précipitations de début septembre n’ont rien changé et les orages qui pourraient arriver ces prochaines semaines ne parviendront pas à inverser la donne.
Les spécialistes interrogés par Le HuffPost pointent la nécessité de pluies modérées et prolongées pour recharger les sols et les nappes et d’une adaptation de nos pratiques.

L’IA au HuffPost.

Des nappes phréatiques qui se vident, des fleuves à débit réduits, et un sol poussiéreux. Après un été record, marqué par des vagues de chaleur à répétition et seulement 15 à 20 jours de pluie, la sécheresse s’est installée partout sur l’hexagone. Ce mardi 15 septembre, encore 75 départements sont placés en situation de crise, le niveau le plus élevé.

Selon le BRGM, le service géologique national, 61 % des nappes phréatiques présentent un niveau en dessous des normales au 1er septembre. S’il est classique que ces réserves se vident en été, la situation est « préoccupante », indique l’organisme. Et du côté des sols et des cours d’eau, le constat fait auprès du HuffPost par l’hydrologue Charlène Descollonges est encore plus « extrême et historique ».

Quand va-t-on sortir de cette sécheresse généralisée ? Les quelques jours de pluie enregistrés en septembre « sont loin d’avoir résorbé la situation », explique Laurie Caillouet, hydrométéorologue et fondatrice d’une association de sensibilisation aux enjeux de l’eau baptisée Eau’Dyssée. Et malheureusement, le puissant anticyclone qui empêche les perturbations d’arriver sur l’hexagone doit se maintenir jusqu’à la fin du mois.

Un peu d’espoir du côté du mois d’octobre ? Que nenni. Les scénarios tablent sur un début d’automne très sec, prolongeant le manque de pluie qui dure depuis le mois de mai. Quelques averses pourront survenir ici et là, mais elles risquent de ne pas suffire pour sortir le pays de cette sécheresse historique.

Besoin de pluie, mais pas sous n’importe quelle forme

Car toutes les pluies ne se valent pas. Pour résorber cette forte sécheresse, les orages et les épisodes méditerranéens ne sont par exemple pas si bénéfiques. Les sols, très secs, ne pourront pas absorber une si grande quantité d’eau en peu de temps.

« C’est un peu comme lorsque vous laissez votre éponge pendant que vous partez en vacances. Quand vous rentrez, elle est toute dure et sèche. Si vous l’arrosez d’un coup avec un gros jet d’eau puissant, l’eau glisse à la surface sans pénétrer. Pour les sols, c’est exactement la même chose : ce n’est pas une pluie intense et brutale qui va réussir à les recharger en profondeur », illustre Charlène Descollonges.

Il nous faut donc de la pluie, mais pas n’importe laquelle. « Ce dont nous avons besoin, c’est de la pluie d’intensité moyenne, sur plusieurs heures et plusieurs jours consécutifs », indique Laurie Caillouet. Lorsque cela se produira, les sols seront les premiers à se remettre, relativement rapidement. Il faudra en revanche plusieurs semaines pour que les débits des rivières remontent.

Et pour les nappes, « des semaines, voire des mois ou des années » seront nécessaires, indique Charlène Descollonges. La recharge de ces dernières est d’autant plus cruciale que les nappes phréatiques fournissent 70 % de l’eau potable distribuée en France.

Espérer des précipitations au bon endroit

Si la sécheresse est généralisée sur l’Hexagone, elle est cependant plus prononcée dans certaines régions. Il faut donc espérer que la pluie, lorsqu’elle fera son retour, tombe sur ces secteurs.

Les nappes du Limousin, du Jura, du nord de l’Alsace et de la Bretagne figurent parmi les plus en souffrance. « L’avantage, c’est que ces zones sont aussi celles où les nappes réagissent très vite, précise David Ratheau, hydrogéologue responsable du bilan des nappes au BRGM. On peut espérer qu’observer des remontées relativement rapides dès que des perturbations vont finir par s’installer. »

À l’inverse, la Normandie et le pourtour Méditerranéen souffrent moins de la sécheresse. Mais après le second été le plus sec enregistré en France, « on a besoin de recharges partout », souligne David Ratheau.

Le thermomètre doit cesser de s’emballer (et ce n’est pas gagné)

La chaleur empêche aussi les nappes et les sols de sortir de la sécheresse. Le début du mois de septembre a été marqué par un nouvel épisode lors duquel le mercure a grimpé à 40,3 °C degré dans le Tarn. Il s’agit de la température la plus chaude jamais enregistrée en France en septembre.

Ce mardi 15 septembre, le thermomètre connaît aussi sursaut, dépassant les 30 °C sur les trois quarts du pays. Pour que l’eau rentre dans nos sols, il faut que ces températures redescendent. Sinon, l’eau de surface continuera de s’évaporer et le peu contenu dans les sols sera utilisé par la végétation assoiffée.

Tout ne dépend pas de météo

L’amélioration de la situation dépend donc grandement de la météo… Mais pas seulement. L’état d’avancée de la sécheresse relève aussi de nos usages de l’eau : « les prélèvements pour l’agriculture, pour les data centers, pour les consommations des particuliers… », rappelle Laurie Caillouet. Il dépend aussi de notre capacité à préserver des sols capables d’absorber l’eau, c’est-à-dire à protéger des écosystèmes et à trouver des alternatives à la bétonisation.

Ces enjeux sont d’autant plus importants que des épisodes de sécheresse plus longs et plus intenses sont amenés à se répéter sur l’hexagone dans les années à venir en raison du changement climatique. Par ailleurs, les précipitations et leur répartition vont aussi changer.

D’ici 2050, les nappes phréatiques du Sud-ouest et du Sud-est devraient avoir davantage de difficulté à se recharger l’hiver, selon l’étude Explore 2 réalisée par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et l’office international de l’Eau (OIEau). Dans le même temps, le nord de la France pourrait connaître davantage de précipitations et d’inondations.

Dès lors la question n’est plus seulement de savoir quand il va pleuvoir, mais comment partager, stocker et économiser l’eau, lorsqu’elle sera à nouveau disponible.