"Le sens de l'humour de Coluche a toujours été présent aux Restos du Cœur. Aujourd'hui, il a disparu"
En Belgique, 21 Restos du Cœur distribuent chaque jour des repas à des personnes en situation de précarité. Au total, environ 500 000 Belges ont recours à l'aide alimentaire. Un nombre en constante augmentation ces dernières années. En 2019, les Restos du Cœur de Belgique distribuaient environ 670 000 repas. En 2025, plus d'un million et demi de repas ont été distribués.
En parallèle, le financement de l'aide alimentaire diminue, alerte la fédération des Restos du Cœur de Belgique. Le budget fédéral alloué à l'achat de produits essentiels est passé de 27 millions d'euros en 2025 à 15 millions d'euros en 2026, détaille-t-elle encore. Face à cette situation de pression croissante sur l'aide apportée, le secteur de l'aide alimentaire manifeste ce samedi à Bruxelles. Une "file des assiettes vide" est prévue en matinée sur la place Poelaert, avec un message à l'attention du gouvernement fédéral.
Les Restos du Cœur bientôt fermés? "Une situation préoccupante"Résignation, fatigue, morosité
Patrick Dejace, directeur de la fédération des Restos du cœur de Belgique, désespère face à cette situation. "Les personnes responsables doivent gérer des budgets restreints avec des coûts en augmentation. Nous ne sommes plus en mesure de fournir des colis aussi remplis qu'avant, ce qui provoque parfois l'incompréhension, voire une certaine agressivité, chez nos bénéficiaires. Beaucoup de gestionnaires sont fatigués et résignés", explique-t-il.
La plupart des restos ont dû passer à une aide alimentaire "minimale". "Coluche, le fondateur des Restos du Cœur, avait un sens de l'humour qui a toujours été présent dans les restos. Aujourd'hui, ce sens de l'humour disparaît. Lors des réunions, la rigolade a disparu et l'ambiance devient terne, c'est difficile." En Belgique, les Restos du Cœur emploient une centaine de personnes et mobilisent environ 500 bénévoles.
"Plus d'un demi-million de personnes": l'aide alimentaire sous pression en BelgiqueLe directeur est formel : la mission des Restos du Cœur est aujourd'hui en danger. "Certains restos s'attendent à être contraints de fermer si les financements continuent à diminuer." Pourtant "un euro investi chez nous en rapporte sept", rappelle-t-il. "Jusqu'où cette situation va-t-elle aller ? La réforme des allocations de chômage a un impact bien au-delà de ce que nous avions prévu. La pression sur les CPAS augmente. Or, ceux-ci sont des partenaires importants, notamment en mettant à disposition des locaux." Par effet de cascade, cela renforce encore un peu plus la pression sur les Restos du Cœur, alerte en substance ce directeur. "Les décisions gouvernementales de ces derniers mois sont brutales, elles ne sont pas mises en œuvre de manière progressive, mais appliquées du jour au lendemain. Je pense que nous allons vers une crise majeure."
Patrick Dejace, portant la voix du secteur, lance un appel au gouvernement fédéral. "Certaines dépenses doivent être considérées comme incompressibles. L'aide alimentaire n'est pas un luxe." Les Restos du Cœur ont également un important rôle de levier social, rappelle-t-il. "Notre but est que les gens sortent de la pauvreté. Dans un monde idéal, les Restos du Cœur devraient disparaître."
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