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  • 2026-08-12 11:50:15 +0000 UTC

    Aug 12, 2026

    Le salaire réel des Italiens est en baisse depuis plus de trente ans: "Je travaille de nuit, je fais beaucoup de sacrifices"

    "Nous partons en vacances, une fois tous les deux ans, et cette année, ce sera vacances à la maison avec nos deux filles !" Comme 30 % des familles italiennes, Aldo, son épouse Marta et leurs deux enfants ne peuvent se permettre une semaine de vacances hors des murs de leur appartement d'Aprilia, à 55 km au sud de Rome.

    Aldo est agent de gardiennage, il gagne 1 400 euros net par mois, son épouse est institutrice. "Je suis dans l'enseignement depuis dix-sept ans, mais je n'ai été nommée que cette année, et donc finalement je suis passée de 1 400 à 1 800 euros", précise-t-elle. Entre les factures de gaz et d'électricité, le prêt hypothécaire, les mensualités de la voiture et les frais de garderie après l'école, il reste bien peu pour se permettre une activité de détente en famille, encore moins des vacances.

    "À la fin du mois, il suffit d'un rendez-vous médical imprévu et on doit retirer les quelques extras que nous offrons aux enfants", regrette Marta qui tient les comptes. "Sans oublier que ces derniers mois, le prix de l'essence nous a mis en crise", ajoute-t-elle.

    Aldo pousse un soupir de découragement : "Je travaille de nuit, je fais beaucoup de sacrifices, mais dans les années '90, un couple comme le nôtre pouvait se permettre d'aller manger une pizza chaque semaine et de partir en vacances. Nous, même la pizza du samedi on doit y renoncer !" La référence aux années nonante n'est pas anodine : la dernière décennie du XXe siècle est aussi celle où les Italiens ont connu un pouvoir d'achat croissant.

    Une comparaison dramatique avec les autres pays

    Il y a quelques jours, le rapport du bureau parlementaire du budget a fait l'effet d'une bombe. "Entre 1990 et 2024, les salaires réels dans les pays de l'OCDE ont connu une croissance moyenne de 35 %, alors qu'en Italie, la rétribution réelle a diminué de 1,6 %", cite le rapport écrit par trois experts de ce bureau indépendant chargé d'analyser les comptes de l'État pour le Parlement, de valider les projections du gouvernement et de contrôler les règles du budget. "La diminution des salaires bruts dans le secteur privé, entre 1990 et 2026, est de 6,6 %", affirme le rapport, "et dans les groupes plus modestes, cela peut même atteindre les 40,8 % en moins."

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    En Italie, le nombre de travailleurs pauvres est en augmentation constante. "D'un point de vue sectoriel, les salaires bruts réels ont augmenté de 16,5 % dans l'industrie et la construction mais ils ont diminué de 20,9 % dans le secteur des services."

    Le rapport offre l'image d'un pays qui n'a pas réussi à maintenir un niveau de vie satisfaisant et un pouvoir d'achat croissant à ses habitants. En Italie, le salaire annuel moyen était en 2025 de 36 594 euros bruts, selon l'OCDE, alors qu'il était de 45 964 euros en France, de 62 348 euros en Belgique et de 66 700 euros en Allemagne.

    Une productivité stagnante

    L'indexation automatique des salaires a été supprimée en 1992, d'abord pour freiner une spirale d'inflation qui obligeait l'Italie à régulièrement dévaluer la lire, ensuite pour augmenter la compétitivité des entreprises par rapport à d'autres pays manufacturiers. Mais il s'agissait surtout d'assainir les comptes publics et permettre au pays d'adopter l'euro.

    "Pour augmenter les salaires, il faut augmenter la productivité des entreprises ; si les salaires italiens sont bas, c'est parce que la productivité stagne depuis plus de vingt ans", expose l'économiste Carlo Cottarelli. "Ce n'est pas parce que les entreprises font des profits importants, même si certaines rétributions devraient être corrigées. La chose principale est de faire augmenter la productivité des entreprises mais cela demande du temps. Surtout, il faut utiliser les faibles ressources que nous possédons pour aider ceux qui ont les revenus les plus bas."

    Depuis dix ans, les gouvernements successifs ont promis des bonus fiscaux aux revenus les plus bas, augmentant ainsi la pression fiscale sur la classe moyenne qui se retrouve aujourd'hui en difficulté.

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    Davantage de salariés mais moins bien payés

    La bataille du salaire minimum, portée par les partis d'opposition mais rejetée par le gouvernement d'extrême droite et de droite dirigé par Giorgia Meloni, pourrait pourtant aider les travailleurs qui ne sont pas couverts par une convention collective. Sans salaire minimum, de nombreux employés sont exploités notamment dans les secteurs de service. Paradoxalement, le taux d'occupation n'a jamais été aussi élevé, il frôle les 63 %, mais les Italiens ont encore perdu près d'un pour cent de leur pouvoir d'achat cet été à cause du prix des carburants.

    Le 1er mai dernier, le gouvernement a introduit la norme dite "du juste salaire". Elle prévoit que le salaire d'un travailleur doit toujours être proportionnel à la typologie du travail, les entreprises qui sous-paient leurs ouvriers et employés risquent de perdre des aides d'État. Mais ce genre de menace ne porte pas ses fruits, les salaires restent dramatiquement bas. Résultat, les jeunes Italiens fuient leur pays par milliers, à la recherche d'un peu de dignité.

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