Le Royaume-Uni prêt à redevenir européen ? Burnham ouvre la porte, « Welcome back ! », répond Emmanuel Macron

Pour la première fois depuis le Brexit, un Premier ministre britannique a entrouvert la porte à un retour du Royaume-Uni dans l’Union européenne (UE). Le Premier ministre travailliste Andy Burnham a relancé l’idée ce mercredi 30 septembre lors du congrès de son parti. Une ouverture rapidement saluée d’un « Welcome back ! » par Emmanuel Macron.

Le Royaume-Uni avait quitté l’Union européenne en 2020 après le référendum du 23 juin 2016, mais le sujet, qui a profondément divisé la société britannique, reste politiquement sensible et aucun gouvernement n’avait souhaité rouvrir le débat jusqu’à présent. Et ce, malgré les effets négatifs largement reconnus du Brexit, notamment sur l’économie.

Vidéo

Rompant avec cette prudence, Andy Burnham, arrivé à Downing Street en juillet dernier après la démission de Keir Starmer, a déclaré ce mardi lors du congrès du Labour vouloir présenter « différentes options » pour les relations à long terme avec l’UE à l’occasion d’un sommet bilatéral prévu d’ici à la fin de l’année.

Lire aussi

Interrogé ce mercredi sur BBC radio 4, il a cité plusieurs scénarios : le statu quo, un retour dans l’union douanière, dans le marché unique, « ou bien aller jusqu’au bout », c’est-à-dire réintégrer l’UE. « Nous devons examiner ce qui est réalisable », a poursuivi le Premier ministre, jugeant qu’il n’était « pas satisfaisant de laisser cette question en suspens ».

Les législatives de 2029 en perspective

Le Labour est actuellement tenu par son programme électoral de 2024, sur la base duquel il a largement remporté les législatives. Celui-ci promettait un rapprochement avec l’UE mais excluait tout retour dans l’union douanière, le marché unique ou la libre circulation des personnes.

Lors d’une interview à la chaîne ITV, Andy Burnham a toutefois soutenu ce mercredi que si l’opinion publique « penchait » en faveur d’une réintégration dans l’UE, les travaillistes pourraient intégrer dans leurs promesses de campagne des prochaines législatives, prévues en 2029, l’organisation d’un nouveau référendum.

Lire aussi

Andy Burnham, qui avait fait campagne contre le Brexit en 2016, a estimé ce mardi que la sortie de l’UE avait « fait plus de mal que de bien » au Royaume-Uni. Début juin, avant d’entrer à Downing Street, il avait dit « espérer » que le Royaume-Uni retourne dans l’UE « de (son) vivant ».

« Opportunité historique »

Le président français a salué d’un « Welcome back ! » les propos d’Andy Burnham, estimant que « si les Britanniques veulent revenir et si le Premier ministre va dans ce sens (…), c’est une très bonne nouvelle ».

« Le Royaume-Uni est un partenaire proche et précieux de l’Union européenne. Il appartient au gouvernement britannique d’indiquer comment il souhaite développer à l’avenir sa relation avec l’UE », a déclaré un porte-parole de la Commission européenne, Balazs Ujvari.

Lire aussi

Le député européen Sandro Gozi, président d’une initiative parlementaire sur les relations bilatérales, a salué dans les propos d’Andy Burnham une « opportunité historique », au moment où l’UE cherche à développer des partenariats privilégiés avec d’autres pays, comme le Canada, face aux pressions et à la concurrence des États-Unis et de la Chine.

À l’inverse, les partisans du Brexit ont vivement critiqué une telle perspective. Richard Tice, numéro 2 du parti nationaliste Reform UK dirigé par le héraut du Brexit Nigel Farage, a dénoncé une « trahison ».

« Aider le commerce »

Dix ans après le référendum sur la sortie de l’UE, l’opinion britannique a évolué. Si un référendum devait avoir lieu, 55 % des électeurs opteraient pour un retour dans le bloc, selon une enquête de l’institut Survation publiée début juin. Ce serait « fantastique, ça va aider le commerce », s’est réjoui John Baker, retraité de 76 ans rencontré par l’AFP à Manchester. Dougie Brown, compositeur de 38 ans, craint, lui, le retour des « divisions », et estime qu'« il y a tant d’autres problèmes à régler ».

Si Andy Burnham n’appelle pas ouvertement à une réadhésion à ce stade, c’est « en raison des craintes que cela (…) ravive les déchirements du passé », souligne auprès de l’AFP David Henig, du cercle de réflexion European Centre for International Political Economy.

Nouveau partenariat stratégique depuis 2025

Après un premier sommet bilatéral en mai 2025, qui a abouti à un « nouveau partenariat stratégique », axé sur la défense et un assouplissement des relations commerciales, un nouveau sommet doit avoir lieu avant la fin de l’année. L’ambassadeur de l’UE à Londres, le Finlandais Jukka Salovaara, s’est dit mardi « confiant dans le fait qu'(il) se déroulera en novembre ».

Il y a une volonté « bien présente » de réussir ce sommet, a souligné à l’AFP une source officielle européenne, malgré des frictions sur la mobilité des jeunes et la politique européenne de soutien au « made in Europe ».

(Avec AFP)