Le projet pour les retraites d'Edouard Philippe
Hadrien Brachet, journaliste au magazine Le Point, apporte son éclairage sur une actualité politique.
Edouard Philippe a présenté mardi son projet pour les retraites. Une réforme « totémique » selon l’entourage du candidat, lui qui veut faire du sérieux budgétaire un point cardinal de sa campagne, quand beaucoup minimisent la gravité de la situation financière.
L’ancien Premier ministre a donc poli les moindres contours de ses annonces. D’un côté, départ reculé à 65 ans, durée de cotisation allongée à 45 ans, part de capitalisation. De l’autre, prise en compte de la pénibilité et accent mis sur l’emploi des seniors. Un plan pensé jusque dans les moindres détails.
Mais en quelques heures, la réforme Philippe a été éclipsée des plateaux TV par les révélations explosives de Mediapart sur Jordan Bardella ou la chorégraphie de Jean-Luc Mélenchon sur le volcan de la colère lycéenne.
Et ce n’est pas franchement rassurant pour le bloc central parce que cet épisode alimente une peur-panique au sein de la droite et du centre : celle d’une campagne monopolisée, en pleine polarisation, par le Rassemblement national et la France Insoumise. En privé, un prétendant du bloc central s’inquiète qu’aucun autre candidat que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon ne parvienne je cite, à « structurer le débat public autour de ses propositions ».
Résultat, Gabriel Attal ou Gérald Darmanin alertent désormais ouvertement sur le risque d’une élimination au premier tour. Une bombe pour un camp habitué à exercer le pouvoir.
Ceci dit, à sept mois de l’élection, est-ce vraiment le moment d’épiloguer ?
En effet, la campagne est encore longue et le bloc central a aussi de quoi se rassurer. Il n’a certes pas encore de candidat unique, pas de périmètre tout à fait arrêté mais il a des thèmes sur lesquels il est identifié : les retraites, l’Europe, la défense de l’entreprise. Et puis surtout, il demeure pour l’instant la principale alternative à un second tour RN-LFI, rejeté, selon les sondages, par une frange importante du corps électoral.
Seulement, attention à ne pas être qu’un choix par défaut. « On est au mieux une valeur refuge, au pire une tranche de jambon entre les pôles radicaux », soupire un ex ministre d’Emmanuel Macron. En fait, pour ce camp, pris en sandwich, l’enjeu est double : d’abord montrer sa capacité à tirer les leçons d’un macronisme qui n’a d’ailleurs lui-même pas soigné les comptes publics.
Et ensuite, bâtir un récit positif capable de court-circuiter à la fois la « Nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon et la « renaissance de la France » de Marine Le Pen, pour citer leurs mots d’ordre respectifs. Le défi n’est pas impossible mais il est vertigineux.