Le pipeline vers la côte Ouest désigné d’intérêt national

Le gouvernement fédéral a désigné l’oléoduc vers la Colombie-Britannique projeté par l'Alberta comme premier projet d’intérêt national. Cette mesure permettra d’accélérer les procédures d’autorisation et de contourner certaines lois environnementales.

Le premier ministre fédéral, Mark Carney, en a fait l’annonce en compagnie de la première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, jeudi à Fort McMurray, dans le nord de l’Alberta, centre névralgique de la production canadienne de pétrole.

C'est une véritable œuvre de construction nationale, et il faudra toute une nation pour l'édifier, a-t-il affirmé devant un mur de travailleurs pétroliers.

Mark Carney est au lutrin à côté de Danielle Smith et du PDG de Pembina Pipeline. Derrère eux, on voit des travailleurs pétroliers ainsi qu'un énorme camion qui sert à transporter les sables bitumineux.

Mark Carney estime que le projet de pipeline participe à l'ambition de superpuissance énergétique du Canada.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Selon le communiqué fédéral, le Canada et l’Alberta seront copropriétaires à parts égales de ce projet désormais appelé Pacific Link. Les communautés autochtones se verront offrir une participation minimale de 10 %. Le coût estimé de cet oléoduc se situe entre 35 et 44 milliards de dollars.

La désignation n’est pas une surprise, puisqu’un avis publié dans la Gazette du Canada annonçait déjà, le 1er août dernier, cette intention du gouvernement fédéral.

En préparation pour cette désignation, Mark Carney a lancé mardi de nouvelles mesures à hauteur de 1,2 milliard de dollars pour protéger les océans.

Danielle Smith sourit à pleines dents en saluant un parterre de personnes présentes à la conférence de presse à Fort McMurray.

Danielle Smith a ponctué la désignation du pipeline comme d'intérêt national d'un "oui" sonore lors de la conférence de presse à Fort McMurray.

Photo : Radio-Canada / Vincent McDermott

La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, se sert notamment de ce projet pour calmer les velléités séparatistes dans la province alors que les Albertains doivent se rendre aux urnes le 19 octobre pour se prononcer sur la place de la province au sein du Canada.

Mme Smith cite régulièrement le projet de pipeline comme exemple de relations renouvelées avec Ottawa après une décennie de tensions sous le gouvernement de Justin Trudeau.

Pendant trop longtemps, les Canadiens ont vu les investissements fuir, les projets stagner et les occasions leur filer entre les doigts. Aujourd’hui, nous tournons la page.

Accélérer et consulter?

Cette qualification d’intérêt national permet au projet de bénéficier d’un processus réglementaire accéléré.

Mark Carney a défendu cette nouvelle manière de procéder. Les investisseurs doivent savoir que lorsque les Canadiens veulent bâtir quelque chose, le Canada le fait construire, a-t-il déclaré, ajoutant que des consultations ont déjà commencé avec plus de 130 communautés autochtones sur le trajet du pipeline.

Le Bureau des grands projets a également reçu une centaine de soumissions écrites de Premières Nations, notamment celles qui seront aussi affectées par la croissance de la production de pétrole.

Le gouvernement fédéral fait toutefois valoir qu’il ne s’agit pas de la fin du travail pour les promoteurs du projet.

Des consultations et audiences auront lieu au cours de la prochaine année pour déterminer les conditions de construction du projet. Ottawa promet de continuer à accorder une place importante aux Premières Nations.

Le Bureau des grands projets prévoit avoir une liste de conditions dès le 1er septembre 2027 pour être en mesure de lancer la construction du pipeline.

Carte du tracé du futur pipeline qui relierait l'Alberta à la Colombie-Britannique.

Le pipeline projeté devrait suivre le même corridor que le pipeline Trans Mountain existant, mais aboutirait plus au sud.

Photo : Radio-Canada

S’il voit le jour, l’oléoduc proposé sillonnera un tracé de 1250 km partant de Bruderheim, au nord-est d’Edmonton, jusqu’au terminal Robert Bank, à proximité de Vancouver en Colombie-Britannique. Il devrait transporter 1 million de barils de pétrole par jour à destination des marchés asiatiques.

Ottawa insiste sur les retombées économiques du projet. Selon les calculs du gouvernement fédéral, il devrait créer 140 000 emplois et rapporter 100 milliards de dollars en revenus fiscaux d'ici 2060.

Il voit aussi dans ce pipeline une voie essentielle pour se départir de la dépendance commerciale avec les États-Unis, destination actuelle de la quasi-totalité des exportations canadiennes d’hydrocarbures.

L’environnement sacrifié?

Sur le environnemental, le gouvernement fédéral reconnaît que l’oléoduc n’aide pas le Canada à atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais il compte sur le projet de capture et de séquestration des gaz à effet de serre de l’Alliance des sables bitumineux pour en diminuer l’impact carbone.

Ce projet, appelé Pathways, devrait permettre de réduire 16 mégatonnes d’émissions. Il fait toutefois encore l'objet de négociations entre les gouvernements et l’industrie, avec un échéancier fixé au 15 novembre.

Des organisations environnementales estiment toutefois que, même si Pathways voit le jour, il ne permettrait pas de compenser la hausse des émissions due à l'augmentation de la production de pétrole des sables bitumineux.

Une orque sur la surface de l'eau, avec des îles et une montagne en arrière-plan.

Les organisations environnementales s'inquiètent des conséquences du trafic maritime supplémentaire sur l'écosystème au large de la Colombie-Britannique.

Photo : Soumise par Ryan Chilibeck

Leurs réactions n’ont d’ailleurs pas tardé. Les organismes Greenpeace et Équiterre ont tous deux décrié le soutien d’Ottawa à ce projet. Brûler au minimum 43 milliards de dollars de fonds publics pour faire plaisir à quelques entreprises déjà richissimes qui n’ont pas daigné investir un sou dans le projet alimente plutôt l’idée d’un Canada faible, a déclaré Charles-Édouard Têtu, analyste en politiques climatiques et énergétiques chez Équiterre, dans un communiqué.

En plus de s’inquiéter pour l’impact environnemental, notamment sur la population d’orques du Pacifique, Environmental Defence remet en question la rentabilité économique de ce projet.

Impact financier remis en question

Un seul investisseur privé, Pembina Pipeline, a manifesté son intérêt à détenir 10 % du projet avec une option pour accroître cet investissement de 10 % supplémentaires. L’entreprise va offrir son expertise à la société d’État Trans Mountain qui aura la responsabilité de réaliser le projet.

Le gouvernement fédéral prévoit sonder au printemps l’intérêt des pétrolières à souscrire des contrats de transport auprès de ce nouveau pipeline. Il estime que les droits de péage devraient garantir la rentabilité du projet.

Les contribuables canadiens vont gagner beaucoup d'argent grâce à ce pipeline.

Le gouvernement fédéral avait précédemment promis de ne pas investir d’argent public dans un projet d’oléoduc. Au coût de 34 milliards de dollars, le prolongement du pipeline Trans Mountain a largement dépassé les évaluations.

Ottawa clame qu’il est maintenant source de profits, même si certains critiques parlent plutôt d’effet de comptabilité. Environ 450 millions de dollars de dividendes ont été versés au gouvernement fédéral au premier trimestre 2026.