Le projet d’investisseurs privés à la Fifa provoque un tollé: “Pas touche à notre sport”
Mise à jour
La FIFA a dévoilé mardi un projet de création d’une société qui serait chargée de gérer ses activités commerciales, d’organiser la Coupe du monde et ses autres tournois et d’accroître “le financement alloué au développement du football”, le tout grâce à l’arrivée d’investisseurs extérieurs, confirmant ainsi des informations du Times parues plus tôt dans la journée.
M.BO.
Source: Belga, X
29 juillet 2026, 12:23Dernière mise à jour: 12:41
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“L’administration de la FIFA explore l’idée de réunir tous les droits commerciaux - couvrant la diffusion, le sponsoring, la billetterie et l’octroi de licences - avec la mise en oeuvre opérationnelle de ses tournois à travers la création de la FIFA Forward Enterprise (FFE)”, précise le communiqué de l’instance qui gère le foot mondial. “La FIFA invitera des tiers à réaliser des investissements minoritaires, et sans contrôle” au sein de cette société, ajoute-t-elle.
“La FIFA garderait le contrôle exclusif de la FFE à travers une représentation majoritaire au conseil d’administration”, précise le communiqué, ainsi que “l’autorité exclusive” sur la gouvernance du football, les compétitions, le calendrier, les décisions réglementaires...
Association à but non lucratif, la FIFA conserve une partie de ses revenus, notamment pour organiser ses compétitions et rémunérer ses salariés - dont Gianni Infantino, qui perçoit plusieurs millions de francs suisses annuels -, et affecte le reste à des programmes de développement, qui seront selon elle revalorisés grâce à la création de cette FFE. La FFE “lèverait 4,2 milliards de dollars” d’ici la fin de l’année, et “tous ses bénéfices nets seront réinvestis dans le football”, assure la FIFA, qui promet à ses membres des retombées économiques via un nouveau mécanisme de financement, le FIFA Fast Forward Programme (FFFP).
En intégrant l’ensemble des programmes de financement déjà existants, la FIFA espère dégager une enveloppe supérieure à 10 milliards de dollars sur les quatre prochaines années pour financer le développement du football. En l’état, la FIFA prévoyait de distribuer environ 2,7milliards de dollars à ses fédérations membres sur la période 2027-2030. Pour réaliser ce projet, qui doit encore être validé par le Conseil de la FIFA, l’instance mondiale explique travailler avec la banque d’affaires J.P. Morgan, et le fonds d’investissement Thrive Eternal qui “devrait prendre la tête du groupe d’investisseurs potentiels pour la FFE” (ce fonds d’investissement a été fondé par Joshua Kushner, le frère de Jared, gendre du président américain Donald Trump).
Une vague de protestions mondiale
L’UEFA a vivement réagi au projet de Gianni Infantino de céder une partie de la FIFA à des investisseurs privés. “Cela franchit une ligne que les institutions responsables du football ne devraient jamais dépasser. L’âme et la gouvernance du football ne sont pas des capitaux sur lesquels faire de la spéculation, surtout sans transparence sur la destination des bénéfices financiers. Aucun d’entre nous n’est le propriétaire du football. Ce n’est pas à la FIFA de le vendre”, a dénoncé l’instance européenne.
L’UEFA craint que des investisseurs privés cherchent avant tout à maximiser les profits, en poussant notamment pour une Coupe du monde organisée plus fréquemment que tous les quatre ans ou avec un nombre encore plus élevé de nations participantes. Plus de matches signifieraient davantage de recettes.
Selon l’instance, la dernière Coupe du monde des clubs a déjà illustré cette dérive commerciale, avec notamment les pauses d’hydratation à vocation publicitaire et les shows à la mi-temps. D’après Sky Sports, les fédérations européennes et l’UEFA envisageraient même de boycotter la prochaine Coupe du monde si Gianni Infantino poursuivait son projet de vendre une partie de la FIFA à des investisseurs privés.
“Pas touche à notre sport”, réagit l’UE
L’Union européenne a vivement dénoncé mercredi le projet de la Fifa d’ouvrir la porte aux investisseurs privés, estimant que “la commercialisation effrénée du football” était devenue “nocive”. “Ces propositions soulèvent d’importantes questions au regard du droit de la concurrence”, a estimé le commissaire européen Glenn Micallef. “Pas touche à notre sport”, a-t-il mis en garde dans une publication sur X. “Dans le cadre des compétences que lui confèrent les traités, la Commission européenne examinera ces propositions avec la plus grande attention”, a-t-il averti.
La Fédération internationale du football, association à but non lucratif, a provoqué la stupéfaction mardi en annonçant vouloir créer une société afin de gérer ses activités commerciales, promettant ainsi dégager une manne de 10 milliards de dollars. L’UEFA, qui regroupe les fédérations européennes du football, est immédiatement montée au créneau, estimant qu’une ligne rouge “avait été franchie”.
La Fédération belge temporise
Contactée par Het Laatste Nieuws, la Fédération belge de football (RBFA/KBVB) indique avoir bien reçu la proposition de la FIFA. “Nous avons reçu la proposition de la FIFA. Elle fait actuellement l’objet d’une analyse approfondie en interne. La Fédération belge mènera également des concertations avec d’autres fédérations et communiquera ultérieurement si nécessaire”, a-t-elle déclaré.
La fédération ne prend donc pas encore position publiquement, préférant examiner le dossier avant d’éventuellement réagir.
Les confédérations et fédérations se disent profondément “préoccupées”
De nombreux acteurs du football mondial ont condamné le projet de la fédération internationale (FIFA) de créer une société pour gérer ses activités commerciales et attirer des investisseurs extérieurs, regrettant surtout le manque de concertation entre les différents acteurs concernés avant que le projet ne soit dévoilé mardi. La Concacaf, la confédération d’Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes, s’est dite “profondément préoccupée” par ce projet. Elle partage “la déception de nombreux acteurs de notre région et du monde du football face au fait que ces détails aient été élaborés et rendus publics avant même qu’une discussion n’ait eu lieu avec les instances dirigeantes et les parties prenantes concernées.”
Mercredi, le président de la fédération française (FFF) Philippe Diallo a évoqué “un projet très important sur lequel nous n’avons aucun détail. Et qui soulève beaucoup d’interrogations sans que les membres que nous sommes, fédérations, n’aient pu être associés et ne disposent d’aucun élément particulier pour se prononcer sur des sujets qui sont, évidemment, fondamentaux pour l’avenir du football”.
La fédération néerlandaise (KNVB) a soulevé “une évolution très préoccupante pour le football international” tandis que son homologue anglaise (FA) s’est elle aussi dite “préoccupée”. “Lorsque la proposition sera communiquée de manière complète et transparente, comme la FIFA s’y est désormais engagée, nous ferons clairement connaître notre point de vue et nous nous exprimerons plus en détail”.