Le premier trio du Canadien en quête d’une étincelle

Le fantasque mathématicien Paul Erdös parlait souvent de l’importance de l’élégance dans la résolution d’un problème. Qu’au-delà de la réponse, la netteté du chemin vers la solution importait davantage.

L’élégance comme quintessence, comme valeur essentielle dans l’exécution. Élégance que l’on pourrait traduire, selon le contexte, par panache, audace, par swagger, mot utilisé par Martin St-Louis à l’entraînement vendredi midi.

Car, oui, c’est bien de cela qu’il est question, plus précisément du premier trio du Canadien qui, foi de l’entraîneur, n’affiche pas sa superbe habituelle. Non pas que le résultat, au bout du compte, soit erroné, mais la manière n’est pas à la hauteur de ce que cette unité peut offrir et a si souvent offert.

Je pense que ce qu’il manque au premier trio, c’est un petit peu de swagger.

Pour des joueurs comme ça, ça part beaucoup de l’avantage numérique. Aller chercher de la production en supériorité, ça aide la confiance à cinq contre cinq offensivement. J'ai confiance que ça va venir. Ce que j’aime, c’est l’engagement de leur jeu sur 200 pieds. On sait que le reste est là. Ils en veulent plus là, mais ils ne prennent pas de raccourcis, a proposé St-Louis.

Le résultat ou, si vous préférez, le décompte statistique n'est pas catastrophique, loin de là. Nick Suzuki totalise neuf points déjà, dont huit à cinq contre cinq. Cole Caufield a réussi trois buts en sept matchs, ce qui n’en fera pas un marqueur de 50 buts cette saison à ce rythme, mais ce n’est rien d’affolant.

C’est plus difficile pour Juraj Slafkovsky – par ailleurs absent de l’entraînement vendredi après avoir encaissé deux chocs coup sur coup à Washington –, il faut bien l’admettre. Le grand Slovaque semble parfois désorienté, parfois malhabile, même depuis qu’il a été réuni à ses deux complices au quatrième match de la saison contre Nashville. Slafkovsky n’a que deux points à forces égales, soit autant qu’Alexandre Carrier et Ivan Demidov, qui a disputé seulement deux rencontres.

Il n’en demeure pas moins que le trio de Suzuki tient encore la dragée haute aux meilleurs éléments adverses. Il semble simplement manquer ce petit quelque chose qui l’avait transformé en force de frappe à la grandeur de la Ligue nationale l’an dernier.

Caufield l’a aussi remarqué.

Il ne faut pas lâcher. J’aime bien le temps qu’on passe dans la zone offensive, mais c’est sûr qu’on pourrait générer un peu plus de chances. On n’est pas inquiets, ça devrait rentrer éventuellement. Ça prend des résultats et on doit être meilleurs, a laissé tomber le petit attaquant.

Un coup d’œil aux statistiques avancées n’offre guère de réponse plus satisfaisante. Le duo Suzuki-Caufield a joué les trois premiers matchs avec le nouveau venu Chris Kreider sans que l’association prospère. Ils ont obtenu moins de tirs au but que leurs rivaux, moins de chances de marquer, moins de qualité, en somme, mais ont marqué trois buts et n’en ont donné qu’un.

C’est exactement l’inverse avec Slafkovsky.

Tous les indicateurs, incluant les buts anticipés – un indice calculé en fonction de la qualité des chances obtenues, de la provenance des tirs, de la passe faite avant, etc. – favorisent largement le premier trio dans une proportion de près de deux pour un…sauf pour les buts, où il fait jeu égal, 1-1.

On comprend donc Caufield lorsqu’il assure qu’ils sont sur la bonne voie.

Il y a du bon et il y a de l’apprentissage, a dit le buteur de Stevens Point.

On aimerait ça être sur la feuille de pointage plus souvent, mettre en marche l’avantage numérique, mais j’aime quand même notre départ. Il faut juste trouver une façon d’aller chercher plus de buts.

Un problème auquel même les plus grands mathématiciens n’ont parfois pas la réponse.

Il y a bien eu ce but de Lane Hutson à cinq contre trois ou encore cette réussite en toute fin de match de Suzuki contre les Capitals, tandis que le CH attaquait à six contre quatre. Une maigre récolte tout de même.

Surtout que la première vague de l’attaque massive n’a toujours pas marqué un seul filet dans un format classique avec l’avantage d’un seul homme, et non de deux, et ce, en 23 tentatives. Pour prendre son envol, le Canadien, empêtré entre les bonnes prestations et les résultats décevants depuis quatre matchs, mise évidemment sur tout son personnel, mais il demeure que cette équipe ira aussi loin que la porteront Suzuki et ses ailiers.

Ça va venir, ça va venir, mais décourageons-nous pas, chantait La Bolduc, et non Zachary qui, comme on le sait depuis le match d’ouverture l’année dernière, préfère Sir Pathétik.

On a enquêté, mais on ne sait toujours pas si les tubes de Mary Travers ont trouvé leur chemin jusque dans le vestiaire du Canadien.

Ode à Josh Anderson

D’un pur point de vue statistique, Josh Anderson connaît le meilleur début de saison de sa carrière avec quatre buts et deux passes en sept rencontres. L’ailier de 32 ans est aussi l’attaquant qui a distribué le plus de mises en échec de l’équipe (15) jusqu’ici, malgré un temps de jeu encore en baisse.

En fait, sa moyenne de 13 min 34 s représente la plus faible de sa carrière depuis sa première année complète dans le circuit Bettman il y a 10 ans. Pourtant, le colosse ne s’en plaint pas. Il s’enorgueillit de ce A brodé sur son chandail, de son rôle de métronome, de la chance qu’il a, en l’absence de Demidov, de jouer avec Kreider et Alex Newhook.

Un joueur de hockey est félicité au banc par ses coéquipiers

Josh Anderson connaît un excellent début de saison.

Photo : Getty Images / Chris Tanouye

St-Louis a encensé son évolution. L’entraîneur a donné l’exemple de son but marqué contre les Sabres de Buffalo en fin de deuxième période mardi soir. Anderson a appliqué les freins en zone offensive, s’est décalé à reculons à la gauche du gardien et s’est fait oublier au point de mise au jeu pour décocher un tir à la réception.

St-Louis semblait particulièrement fier de dire qu’il avait appris à gérer sa vitesse, un concept qui lui est cher et qu’il a tenté d’incruster dans la tête d’attaquants portés sur le jeu linéaire en toutes circonstances.

Par le passé, il y a bien des situations où Josh aurait continué à patiner et n’aurait jamais eu ce lancer-là, a lancé le patron.

Anderson, actuellement, parvient à en faire plus avec moins. Ce qui tombe merveilleusement bien alors qu’il amorce la dernière année de son contrat.

En rafale

Mike Matheson et Juraj Slafkovsky ont tous les deux fait l’impasse sur la séance d’entraînement pour subir des traitements. Le Québécois souffre toujours d’une blessure au bas du corps et est évalué quotidiennement, tandis que le Slovaque sera à son poste samedi contre les Sabres, a affirmé l’entraîneur.

On ne sait pas encore si Oliver Kapanen, pour sa part, effectuera son retour au jeu samedi. Le Finlandais a retrouvé ses coéquipiers à l’entraînement et s’est entraîné sans gêne apparente ni restrictions. Kapanen n’a toujours pas pris part à un match cette saison.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey