Le port de Cap-d’Ail est-il l’un des plus riches en biodiversité de la région ? C’est ce que laisse entendre une étude récemment menée

Difficile d’affirmer avec certitude que le port de Cap-d’Ail est le plus riche en biodiversité de la région, mais une récente étude le met en lumière. « Quand j’ai fait mes recherches, j’ai été étonnée de voir qu’il y avait très peu d’études de ce style qui ont été réalisées dans les autres ports donc on a très peu d’informations pour comparer », regrette Emma Chapeyron, étudiante ingénieure agronome, stagiaire dans la société du port de Cap-d’Ail.

Toujours est-il que cette dernière a mené une étude cet été qui laisse penser que le site aux 260 postes d’amarrage figure parmi les meilleurs de la côte dans ce domaine. « Le port de Cap-d’Ail m’a contacté parce qu’il se doutait qu’il avait une riche biodiversité mais il n’avait pas de support pour le démontrer », retrace l’étudiante montpelliéraine.

« Depuis 2012, on mène des actions comme l’installation d’une cinquantaine de biohuts, ces nurseries pour poisson qui remplacent les refuges naturels disparus à cause de l’artificialisation de la côte, mais on n’était pas allés plus loin, explique Peter Murray-Kerr, directeur du port de Cap-d’Ail depuis bientôt deux ans. J’ai grandi autour de ce port dans les années 1980 où il n’y avait presque pas de bateaux et ce qui m’a marqué c’est qu’on voit qu’il y a plus de vie à la surface aujourd’hui qu’à l’époque. On n’avait pas le temps ni les connaissances scientifiques pour en savoir plus. C’était donc l’occasion pour trouver quelqu’un, Emma en l’occurrence, pour approfondir ce sujet. »

Partie des rapports de la compagnie qui a installé ces biohuts en 2018, la jeune femme a fait appel à un bureau d’études pour faire un recensement des espèces présentes. « Fin juillet, ils ont fait une investigation sous-marine sur une demi-journée avec des biologistes plongeurs professionnels. Ils m’ont envoyé un rapport avec la liste des espèces constatées puis j’ai fait une analyse sur les raisons de la présence de chacune des espèces. Pourquoi retrouve-t-on telle espèce à la surface ou dans telle zone du port ? J’en ai profité pour faire des fiches de communication sur chacune des espèces : sa description physique, son origine, son comportement dans le port, son rôle dans l’écosystème. »

Bilan du recensement ? La biodiversité du port de Cap-d’Ail est riche. « On a recensé 60 espèces de poisson et une quarantaine de variétés florales ou de crustacés. On a quatre espèces patrimoniales recensées dont le mérou royal, le mérou brun et le corb. On a aussi découvert une cladocore en touffe, un corail qui est une espèce endémique et protégée qui est bonne pour l’oxygénation des fonds marins. On a six colonies dans le port, ce qui est assez rare (*). C’est une excellente nouvelle qui est gage de la biodiversité. »

L’un des ports les plus profonds de la région

Si ces espèces sont présentes dans le port, c’est que l’eau y est de qualité, affirme Peter Murray-Kerr, qui l’explique par plusieurs raisons. « On a mis un protocole pour éviter la pollution dans le port. Il y a aussi une raison topographique qui est qu’on a un bassin versant assez réduit. Comme à Monaco, Cap-d’Ail est au pied de la Tête de chien. Ailleurs dans les Alpes-Maritimes, les montagnes sont un peu plus en retrait. Ici, lorsqu’il pleut, on n’a que la pollution terrestre de la Turbie. Parfois, les ports sont pollués parce qu’ils se trouvent à proximité de l’embouchure d’un fleuve, ce qui n’est pas notre cas. Il y a aussi le facteur profondeur, puisqu’on se trouve au bord d’une falaise sous-marine. Dès l’entrée du port, on a entre 20 et 30 mètres de profondeur. Il n’y a pas dans la région en France de port avec plus de profondeur. » Dernière explication, le courant circulaire du port. « On a une évacuation des eaux pluviales qui passe sous le chantier naval en plus de l’ouverture du port qui est de 68 mètres, ce qui est assez large. Ajouté à cela que le courant entre naturellement dans le port. »

Conséquence de cette étude, le port de Cap-d’Ail va afficher des pancartes dès le mois d’octobre tout le long du quai Est. L’objectif ? Informer le grand public sur l’écosystème présent dans le port. Autre conséquence, une vigilance accrue en cas de futurs travaux dans le port. « Il faudra qu’on fasse attention avec un protocole adapté pour préserver ces espèces. De toute manière, on prend toujours des dispositions dès qu’on entreprend des travaux au contact de l’eau. » Et maintenant que ce premier inventaire a été mené, d’autres devraient suivre pour constater l’évolution de l’écosystème marin. « On pourra peut-être en faire à différents moments de l’année. En tout cas, on en fera un tous les 4 ou 5 ans maximum. »

* Selon le Centre scientifique de Monaco, ce corail a également été retrouvé dans le port de la Rague à Mandelieu, ainsi qu’à Toulon.