Le point de vue. Sécheresse, canicule : « La réutilisation des eaux usées traitées parmi les solutions… »

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Julie Mendret est maître de conférences à l’Université de France et membre de l’Institut Universitaire de France

Le Dauphiné Libéré -

Aujourd’hui à 08:26

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Julie Mendret
Julie Mendret

« Cela fait très longtemps que le traitement des eaux usées est une étape incontournable. Mais la subtilité aujourd’hui est la possible réutilisation des eaux usées traitées.
Il faut rappeler que dans le passé, les eaux usées ont toujours été envoyées dans ce qu’on appelait des STEP, ces stations d’épuration devenues depuis les stations de traitement des eaux usées (STEU).
Jusqu’à très récemment même, elles sont rejetées dans le milieu naturel ou dans la mer, en bordure du littoral. Cela alors qu’on peut les réutiliser.
Cette réutilisation des eaux usées traitées, dite la REUT, consiste à leur donner une deuxième vie. Il y a dès lors plusieurs usages possibles, le plus fréquent est l’irrigation des cultures, que ce soit la vigne ou par exemple la pomme de terre de Noirmoutier, connue pour être une filière utilisant les eaux usées traitées.
On entend également de plus en plus parler d’usages urbains, pour nettoyer les voiries par exemple. Car il y a encore beaucoup d’endroits en France où on nettoie les rues à l’eau potable, ce qui constitue de la ressource en eau potable.
On peut aussi utiliser les eaux usées dans l’hydrocurage des réseaux, dans la lutte contre les incendies, dans l’arrosage des espaces verts. Il y a en effet plein d’usages qui ne nécessitent pas une qualité d’eau potable et pour lesquels on peut réutiliser des eaux usées traitées.
On peut rappeler qu’il s’agissait d’une des mesures phares du plan Eau, de passer de moins de 1 % des eaux réutilisées à 10 % en 2027.
On est en effet en retard par rapport à des pays comme l’Espagne qui se situe autour de 15 % et l’Italie, entre 8 et 10 %. La REUT fait donc partie des outils disponibles pour optimiser la gestion de la ressource en eau. Ce n’est pas la solution, mais elle fait partie d’un panel de solutions.
Le virage s’est amorcé après l’été 2022 mais il reste encore à changer les mentalités, car cela peut susciter des craintes voire du dégoût. Il faut également évoquer le modèle économique, car cette eau retraitée va forcément être plus chère que des ressources plus conventionnelles, mais en dépit de tout ça, on avance.
Parmi les autres solutions, il faut à tout prix travailler sur l’optimisation de l’usage de l’eau. Dans les circuits d’eau potable, on sait qu’il y a beaucoup de fuites. On perd en effet environ 20 % de l’eau acheminée vers les habitations. Il y a également tout ce qui est désimperméabilisation des sols afin de faciliter l’infiltration de l’eau pour alimenter les nappes. C’est le concept de ville éponge avec plus d’espaces verts.
Enfin, cet été on a aussi parlé du projet Jourdain, aux Sable d’Olonne. Un gros projet de réutilisation des eaux traitées, une première en Europe, puisqu’il s’agit d’un projet expérimental pour au final arriver à produire indirectement de l’eau potable à partir d’eau usée traitée.
Si l’été 2022 avait été un déclencheur, l’été que l’on vient de passer va peut-être éveiller un peu plus les consciences sur le problème de la raréfaction de la ressource en eau. »

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