Le phénomène El Niño aura encore une grosse conséquence en 2027
Environnement 21/08/2026 12:04 Actualisé le 21/08/2026 14:35
Alors qu’un épisode d’El Niño potentiellement historique est en cours, les climatologues redoutent déjà ses conséquences sur les températures mondiales en 2027.
Par Maëlle Roudaut avec AFP

GABRIEL BARATHIEU / Biosphoto via AFP
Le phénomène naturel El Niño induit un réchauffement marqué de la température des eaux de l’océan Pacifique équatorial. Photo d’illustration.
Le nouvel épisode d’El Niño qui a débuté en juin 2026 pourrait être « le plus intense » jamais observé depuis plus d’un siècle, a prévenu ce vendredi 21 août un expert de l’agence britannique de météorologie, le Met Office. Une déclaration qui vient confirmer les prédictions de la plupart des experts.
Ce phénomène temporaire et naturel, qui s’ajoute au réchauffement climatique d’origine humaine, réchauffe les températures de surface dans le centre et l’est de l’océan Pacifique équatorial. Il se produit environ tous les 2 à 7 ans et dure plusieurs mois. Le dernier épisode était intervenu à partir de l’été 2023 jusqu’au printemps 2024.
Concrètement, les vents d’est qui en temps normal poussent les eaux chaudes dans l’ouest du Pacifique faiblissent temporairement. Les eaux chaudes peuvent alors remonter à la surface et de se déplacer vers l’Est de l’océan Pacifique.
Or lorsque les températures en surface se maintiennent au-dessus de la normale pendant plusieurs mois, cela provoque davantage de tempêtes au-dessus de cette région, « ce qui a des répercussions sur toute l’atmosphère terrestre », explique à l’AFP Emily Becker, climatologue à l’université de Miami.
En conséquence, le climat devient plus chaud et sec dans certains endroits, et plus frais et humide dans d’autres.
Vers le plus important El Niño jamais connu ?
Selon les prévisions l’épisode El Niño en cours « sera parmi les plus intenses observés depuis 1950 », a indiqué Lauriane Batté, climatologue à Météo-France. Le phénomène pourrait même être le plus important jamais connu. La NOAA estime en effet qu’il y a 69 % de chances que le phénomène El Niño sera cette année le plus important depuis le début des relevés en 1950.
Les températures à la surface de la mer dans la « région Niño 3.4 », une zone de référence dans le Pacifique, sont actuellement de 2,6 °C au-dessus de la moyenne des trente dernières années selon le réputé tableau de bord Climate Brink, qui s’appuie sur les relevés de la NOAA. Le tableau de bord agglomère aussi les prévisions, selon lesquelles le phénomène pourrait atteindre en novembre un pic à 3,9 °C, bien au-dessus de l’anomalie de 3 °C relevée en 2015, année record.
L’année 2027 risque d’être la plus chaude jamais enregistrée
Si ces prévisions se concrétisent, cela devrait faire de 2027 l’année la plus chaude jamais enregistrée, l’impact d’El Niño étant principalement ressenti l’année après sa survenance.
Selon les calculs des climatologues Zeke Hausfather et Andrew Dessler, El Niño provoquerait une hausse moyenne des températures de 0,3 °C en 2027 à l’échelle mondiale. « C’est comme un aperçu du futur », explique à l’AFP Andrew Dessler, professeur à l’université A&M du Texas. Une telle hausse sur le long terme ne serait autrement attendue que pour 2037. Il précise toutefois que ce réchauffement se concentrera essentiellement dans le Pacifique équatorial.
Mike McPhaden, chercheur au Laboratoire environnemental marin du Pacifique de la NOAA, donne des estimations similaires : « Ce n’est pas inconcevable que 2027 puisse se situer 1,7 °C au-dessus des niveaux pré-industriels », assure-t-il à l’AFP.
Certains effets du phénomène sont déjà visibles : la période de sécheresse longue et intense que connaît l’Indonésie a favorisé la propagation des incendies qui ont brûlé des centaines de milliers d’hectares.
Un phénomène naturel, amplifié par le changement climatique
Les scientifiques s’accordent à dire que le changement climatique amplifie les effets d’El Niño. Notre atmosphère, réchauffée par les gaz à effet de serre, contient davantage d’humidité, ce qui peut rendre les pluies liées au phénomène plus extrêmes. À l’inverse, là où il provoque déjà la sécheresse, il peut assécher encore davantage les sols.
Il n’existe en revanche pas de consensus quant à savoir si le changement climatique renforce El Niño en lui-même, même si des preuves en ce sens commencent à émerger. D’après Mike McPhaden, le réchauffement des mers tropicales rend les vents qui alimentent El Niño plus sensibles, ce qui, par convection, peut accélérer le développement du phénomène.
Il s’appuie sur des indicateurs naturels des climats passés, des relevés météorologiques remontant jusqu’au XIXe siècle et des modèles climatiques pour étayer ses conclusions : sur le siècle dernier, les épisodes d’El Niño auraient augmenté d’environ 10 % en amplitude.